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Laurent Terzieff, seul avec tous

par Corinne Denailles

Un être rare

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La voix de Laurent Terzieff s’est tue pour toujours le 2 juillet 2010. Il n’aura pas eu le temps de voir la publication de cet ouvrage autobiographique écrit en complicité avec Marie-Noëlle Tranchant. Construit un peu à la manière des florilèges de poésie que Terzieff se plaisait à composer, le livre est le fruit d’entretiens dont la matière est présentée de manière thématique. Une sorte de portrait chinois de l’artiste, une brassée de notations et d’impressions qui, réunies, donnent une idée simple et juste de la personnalité de cet immense artiste. De très courts chapitres qui parlent de l’enfance, de la solitude, de ses rapports à la politique, à la poésie, au théâtre, au cinéma.
Il dit le traumatisme que fut pour lui la guerre d’Algérie. Comment il a été communiste pour l’avènement d’un monde meilleur, trotskyste pour dénoncer les abus du stalinisme, et puis le désenchantement est venu.
On retrouve les emportements indignés contre tout ce qui pervertit l’art et la pensée, les admirations absolues : pour Milosz et Rilke, « deux poètes qui m’ont sauvé de l’étouffement suicidaire de l’adolescence », pour Tchékhov, « pour moi c’est une thérapeutique… Il suffit de quelques phrases pour vous réconcilier avec l’humanité » ; pour Roger Blin, « je lui dois tout ». Sa mise en scène de La Sonate des spectres de Strindberg a été une révélation de l’essence du théâtre : « un monde arraché à l’invisible ». On reconnaît cette passion entière pour la poésie et le théâtre auquel il a donné toute sa vie avec dévouement ; concevant sa vocation comme une mystique, il faisait presque vœu de pauvreté, gage de vraie liberté. En fin d’ouvrage, des notes et le texte d’un manifeste pour le théâtre. En contre point deux portraits écrits par Pierre Marcabru et Claude Roy et une préface de Fabrice Lucchini qui souligne son « hallucinante recherche intellectuelle » et dit de lui : « Il voulait faire de la vie insupportable une œuvre d’amour » et parlant de son charme : « Personne ne pouvait résister à cette présence poétique qui par son intelligence, par sa voix, par ses yeux, t’entraînait au compagnonnage ».

Cet ouvrage nous invite sans esbroufe et avec beaucoup de pudeur à pénétrer un peu de l’intimité de cet artiste incomparable qui voulait croire en la vertu du théâtre « tout ça pour nourrir notre réflexion et notre conscience des choses. Pour unir nos solitudes. Pour la joie, pour la peine, pour la poésie. Et pourquoi pas pour en rire ».

Laurent Terzieff, seul avec tous. Avec Marie-Noëlle Tranchant. Presse de la Renaissance, 2010. Collection Chemin faisant.18 €

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