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La culture française au Mexique avec l’Afaa

par Géraldine Oury

Gérard Saurin, Directeur culturel des alliances françaises au Mexique

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Webthea : Gérard Saurin vous êtes directeur culturel des alliances françaises au Mexique. Pourriez vous nous présenter votre structure et ses missions ?

Gérard Saurin : L’Alliance Française, c’est avant tout un réseau d’associations linguistiques et culturelles qui compte parmi les plus importants au monde. Elle est présente sur les cinq continents à travers plus de 700 relais et 380 000 étudiants. Au Mexique, notre réseau est particulièrement important et dynamique puisqu’il réunit cinq Alliances Françaises à Mexico et une soixantaine, en incluant les Centres associés, à l’intérieur du pays.

La vocation des Alliances s’articule autour de deux grands objectifs. Le premier est bien sûr la diffusion de la langue française, avec différents niveaux d’apprentissage et types d’examens proposés, tous reconnus par le gouvernement français. Je pense par exemple au DELF, au DALF ou encore aux examens de la Chambre de Commerce de Paris.

Le deuxième objectif, indissociable du premier, est la diffusion de la culture française. En ce qui me concerne, je suis chargé de dynamiser l’image et la visibilité culturelle de la France au Mexique, en assurant la coordination de toutes les opérations culturelles de notre grand réseau.

Pour vous donner une idée sur un plan quantitatif, nous avons accueilli en 2002 vingt deux compagnies et artistes français, lesquels, par le biais des tournées en province, ont donné pas moins de 87 spectacles. Sans être exhaustif, nous avons notamment reçu Olivier Debré, Jean-Michel Othoniel et Hervé Di Rosa pour les Arts visuels, Délices Dada et Non Nova pour les Arts de la Rue et du cirque, le Chef d’orchestre Olivier Grangean, Jean-François Heisser et Ars Antiqua de Paris pour la Musique classique, Sergent Garçia pour les musiques actuelles et bien d’autres encore...

Webthea : Quel est votre public ? Quelles sont ses caractéristiques et ses spécificités ?

Gérard Saurin : Notre public est avant tout très diversifié, et c’est une donnée que nous cherchons vraiment à préserver et à développer à travers une offre culturelle multiple. Nous voulons favoriser le dialogue interculturel, tous champs artistiques confondus.Nous organisons aussi bien des expos, que des concerts de musique classique, de jazz, des spectacles de danse ... en partenariat avec diverses institutions.

Le coût d’entrée est toujours très raisonnable (la billeterie étant intégralement gérée par les lieux d’accueil, théâtre où salles spécialisées) et nous proposons aussi des concerts gratuits en extérieur qui drainent de véritables foules. Les derniers en date étaient ceux de Rachid Taha, réalisés en collaboration avec le Festival du Centre Historique, qui s’est produit le samedi 20 mars au Théâtre de la Ville lors d’un concert payant, avec un public issu des classes moyennes ou aisées, et le lendemain sur la place du Zocalo de Mexico, qui a réuni 50 000 spectateurs, avec un public souvent absent des manifestations culturelles, de milieu plus défavorisé, comme les jeunes et moins jeunes des banlieues ....

Nous arrivons généralement à intéresser et à satisfaire aussi bien les étudiants pour lesquels nos partenaires proposent des tarifs spécifiques, les intellectuels, les “spécialistes” vraiment francophiles, que les populations plus défavorisées qui ont moins souvent accès à la culture.
Par exemple, en septembre dernier, nous avons proposé une résidence de photographes français, appartenant au Collectif Lumen d’Orléans, qui ont exposé à la fois au Centre National de l’image et au Centre Culturel du Faro de Oriente (Centre culturel situé dans une zone limitrophe de Mexico, peuplée de 5 millions d’habitants, où il n’y a ni cinéma, ni bibliothèque ... en un mot aucune structure culturelle). Ils ont réalisé un travail remarquable avec les jeunes de ce district.
Nous sommes présents sur tous les champs de la création artistique : arts visuels, arts plastiques, photographie, danse, musique, théâtre, cirque... Nous sommes ouverts à toutes les disciplines artistiques et à toutes les formes de créativité. Nous cherchons avant tout des propositions novatrices qui témoignent d’une certaine originalité pour le public mexicain, sans pour cela négliger l’aspect patrimonial de notre culture, comme en musique classique par exemple.

Webthea : On imagine que vous êtes quand même limités dans vos choix par la barrière de la langue...

Gérard saurin : Effectivement, si on nous propose un spectacle intégralement en français, cela pose évidemment un problème de compréhension, et nos partenaires qui participent au montage financier hésitent souvent à promouvoir de tels spectacles, par crainte de déficit tant au niveau du public que financier.
Même si nous avons 35 000 étudiants sur le réseau des Alliances Françaises au Mexique, montrer un spectacle théâtral essentiellement en français dans un pays qui compte 100 millions d’habitants reste assez difficile et risqué. D’autant plus que le texte théâtral n’est pas un texte facile.

De ce fait, même s’ ils parlent le français, les gens se heurtent souvent à des problèmes de compréhension. On peut comprendre que tout cela fasse hésiter les diffuseurs et les programmateurs locaux.

Vous me direz qu’il est toujours possible de surtitrer, mais cela sous-entendrait des dépenses importantes de traduction et d’appareillage, et donc un coût et un risque financier supplémentaire à prendre. Le théâtre joué en français est donc vraiment le parent pauvre de notre programmation. Nous rencontrons d’ailleurs les mêmes difficultés avec la chanson française. Nous sommes très sollicités par des artistes français qui nous proposent de venir chanter Brel, Brassens, Piaf et bien d’autres... Ce sont des propositions souvent très intéressantes, mais, là aussi, il s’agit de textes à caractère poétique dont la compréhension est loin d’être aisée.

Mais malgré cette barrière de la langue, il nous reste quand même de nombreuses possibilités. L’an dernier par exemple, nous avons accueilli la compagnie de cirque baroque Triple Trap. Le succès a été énorme à chaque étape de leur tournée. C’était extraordinaire parce que leur spectacle est très visuel, poétique, sans texte, et mêle la danse, les arts plastiques, la musique... Le public était évidemment ravi. En plus c’est un spectacle tout public, qui se partage en famille et a séduit aussi bien les enfants que les adolescents et les adultes. Je crois que dans ce domaine il y a énormément à faire.

Pour résumer, nous essayons d’être à l’écoute de tout projet, de toute recherche artistique, tout en ayant à l’esprit la satisfaction du public mexicain, les contraintes financières et budgétaires de nos partenaires ...

Webthea : Justement, comment les projets artistiques vous arrivent-ils ? Avez-vous parfois le sentiment qu’en étant si loin, vous êtes un peu dépendants de ce que vous proposent les institutions ?

Gérard Saurin : Non, je n’ai vraiment pas l’impression que nos sources d’information sont insuffisantes. D’abord, Internet a été une révolution pour nous. Nous avons maintenant accès très facilement à presque toute la presse française. Nous sommes aussi abonnés à toute une palette de revues culturelles professionnelles et spécialisées.

D’autre part, nous avons effectivement des relais en France à travers l’Alliance Française de Paris et l’AFAA (Association Française d’Action Artistique, qui dépend du Ministère des Affaires étrangères), qui nous transmettent des infos, des dossiers, des propositions qui leur semblent intéressantes pour le Mexique. Mais nous sommes aussi très sollicités directement par toutes sortes d’artistes et de compagnies.

Nous sommes une quinzaine de directeurs français au Mexique, ce qui nous permet aussi, au gré des voyages des uns et des autres, de trouver de nouvelles idées et de prendre des contacts...
Par ailleurs, en tant qu’ association franco-mexicaine, nous soutenons aussi autant que faire se peut, des artistes mexicains, que ce soit en arts visuels par l’organisation d’expositions, ou en arts du spectacle, à travers un appui à la diffusion ou en mettant en place des coproductions.

Pour résumer, notre principale difficulté pour travailler est vraiment d’ordre budgétaire. Faire venir des artistes depuis la France, c’est très cher et compliqué. D’autant plus que nos budgets, comme ceux de nos partenaires mexicains, sont en baisse...

Webthea : A quoi ces contraintes budgétaires sont-elles généralement liées ? Comment les contournez-vous ? Etes-vous aidés et par qui ?

Gérard Saurin : La gestion d’un budget, c’est toujours un ensemble de paramètres. Vu de l’extérieur, les gens ne voient souvent que le montant du cachet, mais quand on y ajoute les voyages internationaux et nationaux, l’hébergement des artistes, les défraiements, l’eventuelle location de matériel ou le fret ...la fiche financière se retrouve souvent multipliée par deux ou même par trois.

Notre premier poste de dépense, c’est évidemment celui des frais de transport, qui conditionnent ou influencent de manière importante nos choix de programmation. En fonction des projets, nous sommes parfois aidés par l’AFAA ou par la Spedidam, par des institutions publiques comme les Conseils généraux ou régionaux voire privées comme certaines fondations avec lesquelles les artistes sont en contact, et qui prennent souvent en charge les billets d’avion. Pour le reste, nous sollicitons aussi des sponsors, des partenaires privés, je pense par exemple à l’association des Entreprises Françaises au Mexique (EFM),qui nous a beaucoup aidés l’an passé.

Une fois que nous réussissons à résoudre le problème du financement du transport international, nos partenaires mexicains prennent le relais en assumant la mise à disposition d’un lieu adéquat et professionnel, les frais de cachets, d’hébergement, de défraiement, de location de matériel... et la gestion de la billeterie, en espérant récupérer tout ou partie de leur investissement, car nous-mêmes ne percevons aucun pourcentage sur les entrées. C’est donc un véritable travail de coopération, avec un apport réparti équitablement entre chacune des deux parties.

En même temps, nous essayons aussi de démultiplier au maximum les événements que nous organisons en nous appuyant sur notre réseau qui quadrille le pays. Prenons la tournée de Rachid Taha par exemple. Le projet a été proposé par la Délégation Générale des Alliances Françaises, en collaboration avec le Festival du Centre Historique, avec Universal France et Universal Mexique (puisque Rachid Taha est distribué au Mexique), et avec l’Ambassade de France...

Nous avons monté ce projet sur la base de deux concerts à Mexico et quatre en province. Le premier s’est déroulé samedi dernier au Théâtre de la Ville en présence de 1300 spectateurs, soit une salle comble. Le second concert, dont je vous parlais tout à l’heure, a eu lieu sur la place Zocalo devant 50 000 presonnes. Dès le lendemain, Rachid Taha partait toute la semaine en tournée en province, tournée que nous avons pu monter grâce à la collaboration des directeurs des Alliances, qui sont les relais de notre action à Mexico. Ces directeurs ont travaillé de leur côté en étroite collaboration avec les dirigeants des institutions les plus performantes de leurs villes : les offices de la culture, les festivals etc.
Enfin, pour développer nos diverses activités dans tous les secteurs artistiques, nous pouvons compter sur l’appui de diverses institutions mexicaines avec lesquelles nous entretenons d’excellents rapports : Conaculta (Ministère de la Culture), la Secretaría de Cultura (direction des Affaires culturelles de la Ville de Mexico), l’INBA (Institut National des Beaux-Arts), la UNAM (direction culturelle de l’Université Autonome de Mexico) ...

Webthea : Au delà de cet exemple, parvenez-vous néanmoins à financer et à organiser la venue d’artistes moins connus ?

Gérard Saurin : En fait, les possibilités des différentes Alliances Françaises du Mexique sont très diverses. A Monterrey par exemple, qui est une ville très industrielle, financière, il y a énormément de moyens et de possibilités d’accueil. Mais si on prend par exemple des villes plus petites comme Oaxaca, Aguascalientes ou San Luis Potosi, les moyens sont inférieurs et les disponibilités sont nettement plus problématiques.
C’est aussi pour ces petites villes et d’autres que nous proposons des artistes qui ont un peu moins de notoriété, un cachet et des coûts de diffusion moindres, mais en ayant toujours à l’esprit le souci qualitatif. Nous faisons le maximum pour aider ceux qui ont le moins de moyens. Nous avons mis en place une aide au cachet pour permettre à ces Alliances de pouvoir concrétiser telle ou telle opération, à la limite d’être bouclée financièrement mais à laquelle il manquerait un coup de pouce. Cette aide, minime au regard du coût global, mais conçue dans un esprit de solidarité, a permis cependant à de nombreux collègues de concrétiser divers événements culturels.

En mai dernier par exemple, nous avons organisé une semaine française à Mexico, avec la compagnie Triple Trap dont je parlais précédemment, qui avait été la révélation au festival d’Avignon 2001, et en même temps on avait un groupe musical originaire d’Annecy, “Taxi Mauve”, moins connu. Les cachets respectivement demandés n’étaient pas comparables. Cette compagnie et ce groupe ont ensuite fait une tournée de sept ou huit étapes chacun dans des villes différentes. Tout celà pour vous dire que chaque Alliance peut se positionner sur un événement donné, parmi la quarantaine qui sont proposés tous les ans, et arriver à présenter un spectacle de qualité dans la région où elle se trouve.
J’ajouterais que pour le mois de juin nous sommes en train de travailler avec la compagnie de danse Hip Hop Olympic Starz, qui vient en résidence à Mérida et Monterrey. Nous aimerions les faire travailler dans un quartier défavorisé de Mexico, car notre souci est d’aller aussi à la rencontre de ce public qui est habituellement exclu de tous les circuits culturels pour des raisons de coût, de situation ou de précarité sociale etc. des lieux prestigieux et officiels, nous avons vraiment le souci de permettre à des gens qui habituellement ne fréquentent pas les lieux culturels de découvrir des artistes, et, aux artistes qui l’acceptent, d’ aller à la rencontre de ce public un peu particulier.

Plus d’informations sur www.alianzafrancesa.org.mx

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