Opéra national de Paris – Bastille – jusqu’au 10 mars 2013
La Walkyrie de Richard Wagner
Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre...
- Publié par
- 22 février 2013
- Critiques
- Opéra & Classique
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Deuxième escale, première journée, la reprise de la Tétralogie du Ring du Nibelung se poursuit à l’Opéra Bastille. L’Or du Rhin n’avait guère apporté de changement par rapport à la version d’origine (voir WT du 3 février 2013). Suite aux critiques assassines dont fut gratifiée la réalisation de La Walkyrie en juin 2010, (voir WT du 15 juin 2010) le metteur en scène Günter Krämer avait assuré qu’il reverrait sa copie. Il a partiellement tenu parole sans pour autant renoncer à ses obsessions.
Le changement le plus radical vient plutôt du public. Alors que la production avait engendré des rafales de huées il y a trois ans au soir de sa première, les spectateurs (habitués ? assagis ?) lui ont cette fois réservé un bon accueil avec des pointes d’enthousiasme pour le chef d’orchestre et les chanteurs.
Krämer fait partie de cette génération d’Allemands qui ont mal à l’Allemagne de leurs pères. Wagner, idole d’Hitler, appartiennent tous deux aux ombres qui hantent leur mémoire La honte se mêle au mépris. Pour Krämer, les héros de cette course au pouvoir sont des médiocres, des mafieux sans foi ni loi pour lesquels seul compte le profit. Sa mise en scène veut les mettre à nu, dans tous les sens du terme.
Beaucoup de détails superfétatoires ont été gommés, les tableaux gagnent en netteté, les éclairages plus raffinés en subliment souvent l’impact. La direction d’acteurs fouille davantage la psychologie attribuée aux personnages. Grands sentiments, vrais sentiments pour Siegmund et Sieglinde, les amants incestueux, cynisme glacé de Wotan, brutalité quasi bestiale pour Hundig, l’époux de Sieglinde, avec sa mèche baladeuse sur le front et l’ombre d’une moustache au-dessus des lèvres – le cousinage est criant ! -...
Les marottes de base toujours là
Mais les marottes de base sont toujours là, l’étalage des pommes qui roulent sur le sol, la crinoline rouge sang de Fricka et surtout les nus : dès l’ouverture, sur l’escalier monumental du futur Walhalla une meute de guerriers massacre une bande d’hommes à poils qui s’écroulent sur les marches dans des poses caravagesques. Au moment clé de la chevauchée des Walkyries, toujours dans une morgue mais cette fois sans brancards, les guerrières, toujours déguisées en infirmières chantent les exploits de leurs montures en astiquant à même le sol les cadavres nus de leurs héros, tandis qu’en fond de scène une foule de figurants en combinaisons blanches et masques à gaz rythme les cadences manu militari.
La musique fait oublier les images
La musique heureusement fait oublier les images. Philippe Jordan en a poli toutes les facettes, taillé les saillies, velouté les rondeurs. Du bel ouvrage très justement acclamé. Comme les chanteurs, avec en tête les frère et sœur Siegmund et Sieglinde qui ont trouvé en Stuart Skelton et Martina Serafin des doubles idéaux. Egils Silins campe un Wotan voyou opportuniste au timbre net, la Brünnhilde d’Alwyn Mellor lance ses aigus dans les cintres et écrase ses graves au sol.
La Walkyrie, première journée de l’Anneau du Nibelung, musique et livret de Richard Wagner orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, mise en scène Günter Krämer, décors Jürgen Bäckmann, costumes Falk Bauer, lumières Diego Leetz, mouvements chorégraphique Otto Pichler. Avec Stuart Skelton, Martina Serafin, Egils Silins, Alwyn Mellor, Günther Groissböck, Sophie Koch, Kelly God, Carola Höhn, Silvia Hablowetz, Barbara Morihien, Helene Ranada, Ann-Beth Solvang, Louise Callinan .
Opéra Bastille, les 20, 28 février et 6 mars à 18h, les 17, 24 février ; 3 et 10 mars à 14h
08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr
Photos : Elise Haberer






