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Critiques / Opéra & Classique

L’Or du Rhin de Richard Wagner

par Caroline Alexander

Retour du Ring à l’Opéra National de Paris pour la célébration de l’incontournable bicentenaire

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1813-2013 : Richard Wagner est né il y a tout juste deux siècles et, à l’unisson ou presque, les maisons d’opéras du monde s’apprêtent à célébrer son bicentenaire. L’enjeu coûte cher mais il rapporte gros. D’année en année le phénomène Wagner gagne du terrain. Et de toutes ses œuvres, c’est la plus monumentale qui attire le plus de monde. La Tétralogie, son Ring des Nibelungen – quatre soirées, 35 scènes, soit 15 à 16 heures de musique selon les cadences des chefs – agit comme un aimant. Aussitôt annoncé, aussitôt vendu. L’effet hypnose de la musique de Wagner agit toujours.

Alors que le Châtelet, par deux fois, avait programmé l’incontournable must wagnérien durant ces quinze dernières années (par Pierre Strosser puis par Robert Wilson), l’Opéra National de Paris l’avait ignoré depuis 1957. Arrivé à la tête de l’institution parisienne, Nicolas Joël décida aussitôt de combler cette lacune. Une nouvelle Tétralogie fut lancée au printemps 2010, s’étageant sur deux saisons (voir WT 2226, 2352, 2711,2352). Heureuse initiative, en prévision sans doute du jubilée 2013 où le prologue et les trois journées pourront se déguster à la suite, au cours d’un « festival » qui sera programmé du 18 au 26 juin prochain. Paris se parera d’un petit air de Bayreuth.

L'Or du Rhin de Wagner

En 2010, Philippe Jordan, alors tout jeune directeur musical de la maison, s’emparait du monstre avec une douceur proche de la réserve. Ses battues ont depuis gravi les échelons de la maturité et du succès, y compris dans le temple de Bayreuth où il vient de diriger un Parsifal qui remporta tous les suffrages.

Il y a deux ans, la mise en scène de Günter Krämer, à l’exception de l’Or du Rhin, fut très diversement accueillie, recueillant plus de huées et de broncas que d’enthousiasme. Pour les célébrations en cours, il a, nous promet-on, « réviser ses copies ».

Limpidité et rigueur de la direction de Philippe Jordan

L’Or du Rhin vient donc d’être repris à peu près à l’identique mais avec un nerf tout neuf fouetté par Jordan qui, à 37 ans, en a gommé les langueurs avec précision et grâce. Les 137 mesures de la mythique ouverture passent comme une caresse. Limpidité et rigueur sont de mise durant les deux heures de ce prologue qui va s’ouvrir sur la prédiction d’une humanité en déliquescence. L’orchestre et son chef en sont ici les vedettes.

G.E.R.M.A.N.I.A : Selon Krämer le palais du Walhalla que Wotan fait bâtir à sa gloire est devenu celui d’un empire germanique au destin politique récent. Les convulsions du dernier siècle vont y resurgirent sous diverses formes allégoriques où le choc des images se teinte souvent d’humour. Du haut de l’échelle qui le pose au sommet du globe terrestre, Wotan, incarnation des dieux, se révèle imposteur, menteur, profiteur. Un patron qui abuse qui travailleurs qu’il a engagé pour la construction de son château céleste, ouvriers zélés aux ordres des géants Fafner et Fasolt qui, en signe de révolte, brandissent des drapeaux rouges et jettent des tracts revendicateurs sur les spectateurs.

L'Or du Rhin de Wagner

Détourner vers toutes sortes d’actualités la saga islandaise des Eddas dont Wagner s’inspira pour édifier la forteresse de son Ring, n’est pas nouveau. A Bayreuth dans les années de l’après-guerre Wieland Wagner, petit-fils de Richard, la dota d’une imagerie stylisée sans lien avec une quelconque actualité. En 1976, année du centenaire de l’œuvre, Patrice Chéreau transposa la fable dans le 19ème siècle de Wagner. La production lancée sur un scandale devint peu à peu une référence absolue. Qui se propagea sur toutes les scènes lyriques (et théâtrales) du monde. Une mise en scène devait désormais se servir du présent pour évoquer le passé. Et le Ring, comme quantités d’autres œuvres, fut consommé aux sauces sociopolitiques les plus diverses. A l’exception de David McVicar qui en offrit à l’Opéra National du Rhin les visions enchanteresses d’un conte de fées (voir WT1502, 1079, 1090, 2705).

L'Or du Rhin de Wagner

L’imagination en roue libre de Günter Krämer

L’imagination de Krämer jaillit en roue libre. Il expédie ses idées par charretées avec des effets de miroirs, à l’endroit, à l’envers, de haut en bas et inversement, des filles du Rhin jaillies d’un music-hall glauque en robes pailletées sur lesquelles s’incrustent leur pubis et leurs nichons , des nains mineurs de fond au service d’un Alberich nabot hystérique, et Loge, le demi-dieu du feu métamorphosé en clown cradingue, nez rouge et maquillage blanc en signe de clin d’œil malicieux.

C’est lui d’ailleurs, toujours chanté par le très britannique ténor Kim Begley qui se taille la part du lion de cette reprise. Voix élastique, jeu espiègle, son personnage s’est affiné en bouffon narquois. Alberich (Peter Sidhom hystérique), Donner (Samuel Youn) Fafner (Günther Groissböck), Mime (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke), Fricka (l’élégante Sophie Koch) Erda (mystérieuse Qiu Lin Zhan) ont retrouvé les interprètes du cru 2010. Sans surprises. Nouveau venu, le baryton allemand Thomas Johannes Mayer a la tâche périlleuse de crédibiliser Wotan, chef cynique, séducteur et crapule qui fascine à la manière d’un Don Giovanni errant. Il en fait un dandy voyou indolent à la voix charmeuse mais à la projection est peu pâle. Dommage. Le baryton Egon Silins chante le rôle en alternance.

L’Or du Rhin musique et livret de Richard Wagner, orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, mise en scène Günter Krämer, Décors Jürgen Bäckmann, costumes Falk Bauer, lumières Diego Leetz, chorégraphie Otto Pichler. Avec Thomas Johannes Mayer (en alternance avec Egon Silins), Samuel Youn, Bernard Richter, Kim Begley, Peter Sidhom, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Lars Woldt, Günter Groissböck, Sophie Koch, Edith Haller, Qiu Lin Zhang, Caroline Stein, Louise Callinan, Wiebke Lehmkuhl.

Opéra Bastille, les 29 janvier, 1er, 4, 7, 12 février à 19h30, le 10 février à 14h30.

La Walkyrie : 20, 28 février, 6 mars à 18 h, 14,24 février, 3, 10 mars à 14h

Siegfried : 21, 25, 29 mars, 3, 11, 15 avril à 18h, le 7 avril à 14h

Le Crépuscule des dieux : 20, 25, 30 mai, 3, 7, 12 juin à 18h, le 16 juin à 14h


Festival de l’Anneau du Niebelung

L’Or du Rhin – mardi 18 juin à 19h30

La Walkyrie – mercredi 19 juin à 18h

Siegfried – dimanche 23 juin à 14h

Le Crépuscule des dieux : mercredi 26 juin à 18h

www.operadeparis.fr – 08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35

Photos : Elisa Haberer – Charles Duprat

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