Paris, théâtre du Petit Saint-Martin
La Promesse de l’aube de Romain Gary
Pour l’amour d’une mère

Créé au théâtre de la Commune, le spectacle de Bruno Abraham-Kremer tiré du récit de Romain Gary, La Promesse de l’aube, a émigré au Petit Saint-Martin. Le livre est connu. Quel grand livre, bouleversant ! Gary y conte son enfance pauvre en Russie, au sein de l’amour étouffant de sa mère. Celle-ci sacrifie tout pour lui et lui demande de satisfaire ses deux rêves : que lui, son fils, devienne français et qu’il devienne un personnage célèbre, un écrivain ou un héros. A force d’énergie et d’intelligence, le jeune homme obtient la nationalité française et, rejoignant de Gaulle à Londres, il devient un aviateur glorieux qui publie parallèlement des livres aussitôt applaudis. La « promesse de l’aube » est tenue. Mais la mère n’en saura rien, ou très peu.
Bruno Abraham-Kremer a l’habitude des défis où il est seul en scène. Son précédent, La Vie, rien d’autre, d’Antoine Rault, était une réussite qui s’appuyait sur un texte écrit pour la scène. Avec Romain Gary, c’est un énorme morceau de littérature qu’il met sur ses épaules et c’est le plus beau solo qu’il ait jamais fait ! Dans un décor étrange et beau de Philippe Marioge, Abraham-Kremer ne se rallie pas à l’extrême sobriété cérébrale ou aux murmures quasi silencieux à la mode. Il dit le récit mais en le vivant de l’intérieur et de l’extérieur. Il bourlingue avec le texte et avec ses aventures, sans excès, mais avec une puissance qui chahute et transfigure l’émotion. C’est magnifique.
La Promesse de l’aube de Romain Gary, adaptation et mise en scène Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco -Théâtre de l’Invisible, décor de Philippe Marioge, avec Bruno Abraham-Kremer. Petit Saint-Martin, tél. : 01 42 02 32 82, 20 h 45. (Durée : 1 h 45).
Photo Pascal Gély



