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Critiques / Théâtre

La Grande Magie d’Eduardo de Filippo

par Corinne Denailles

A chacun sa vérité

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Otto, un magicien débarque dans un grand hôtel napolitain où les clients se prélassent au bord de la piscine. Il y a là, entre autres, un couple mal assorti, une séduisante jeune femme et un sombre mari jaloux, et aussi un père avec sa fille atteinte d’une mystérieuse maladie incurable qui sont des comparses du magicien (Daniel Martin), artiste raté, type louche au regard fuyant mais redoutable bonimenteur. C’est ainsi que la belle Marta enfermée dans un sarcophage disparaîtra pour de bon par le fond de la boîte pour rejoindre son amant. Il avait été convenu que l’escapade ne durerait qu’un quart d’heure mais les amants en ont profité pour s’enfuir à Venise. Le magicien va embobiner Calogero (Georges Bigot), le pauvre mari, lui faisant croire qu’il l’a hypnotisé, que le temps ne passe pas comme il le croit et que rien de tout cela n’est arrivé. Complètement déstabilisé, Calogero peu à peu perd la tête, pris de vertige jusqu’à la folie. Et quand Marta réapparaîtra, il refusera le miroir de la réalité qu’elle lui tend pour préférer l’ombre de l’illusion et attendre la femme fidèle.

Le pouvoir des mots

On retrouve dans cette pièce d’Eduardo de Filippo des thèmes chers à Pirandello tel que le rapport entre réel et illusion, entre réalité et imaginaire. De quelle vérité parle-t-on ? Il est question du pouvoir des mots et de la création. Laurent Laffargue mène la danse d’une main sûre, entre comédie italienne et mélodrame expressionniste au rythme des instruments de Jo Doherty et Thomas Fiancette. Le ton enlevé ne gomme en rien la gravité du propos. Georges Bigot interprète magnifiquement la décrépitude de Calogero qui se défait de minute en minute, anéanti par les mots du magicien aussi bien que par les effets d’un poison mortel. Daniel Martin joue sur plusieurs registres. C’est un pauvre type, truand à la petite semaine, prêt à tous les larcins pour une poignée de billets, mais c’est aussi un maître du discours, doué d’un pouvoir diabolique qui le grise. Quel est le plus fou des deux ? le manipulateur ou le manipulé ? Quand une lueur méphistophélique passe fugitivement dans son regard, on pense aux ravages très concrets auxquels les discours peuvent conduire quand ils parviennent à galvaniser les foules. Ainsi, sous ces faux airs de comédie, la pièce dévoile dans ses tiroirs secrets des doubles-fonds inattendus.

La Grande Magie Eduardo de Filippo mise en scène Laurent Laffargue avec Nelly Antignac, Georges Bigot, Patrice Bornand, Eric Bougnon, Dominique Charpentier, Anne Cressent, Maury Deschamps, Eric Frey, Arthur Igual, Daniel Martin, Annabelle Simon, Pascal Vannson. Au Théâtre de l’ouest parisien jusqu’au 28 janvier 2009 du mardi au samedi à 20h30, dimanche 16h. Tél. 01 46 03 60 44.
www.top-bb.fr

crédits photo/ Phannara Bun

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