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Critiques / Théâtre

La Fabbrica d’Ascanio Celestini

par Corinne Denailles

Superbe oratorio

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Charles Tordjman met en scène un texte de l’Italien Ascanio Celestini, écrivain engagé de 37 ans, dont la spécialité est le théâtre-récit. La Fabbrica est un texte incroyable qui retrace la vie quotidienne à l’usine dont le cœur battant est le haut fourneau qui les tue les uns après les autres. La narration se fait sur le mode de la correspondance ; un ouvrier, Fausto, écrit à sa mère en 1949 pour lui dire qu’on vient de l’embaucher à l’usine mais que tout le monde s’en étonne car la tendance est plutôt au licenciement ; ils ont même licencié la sirène qui annonçait le début et la fin du travail. Le récit, devenu flashback, plonge dans le passé, à l’époque où le grand-père Fausto et tous les ouvriers étaient des géants, et où la belle Assunta « au visage de madone sculpté dans la pierre » faisait tourner la tête au patron comme aux ouvriers qu’elle faisait disparaître pour qu’ils ne révèlent pas son secret. De génération en génération, les prénoms se transmettent pour que les vivants fassent vivre les morts. Le texte, très visuel, mêle les registres différents avec une grande maîtrise, on est tout à la fois dans le récit réaliste, le conte populaire, tragique, tendre et drôle à la fois, sur un ton typiquement italien qui évoque discrètement un certain cinéma des années 1960. Par-dessus tout, Ascani gagne le pari audacieux de raconter un siècle d’industrialisation en Italie à travers les destinées d’une poignée d’ouvriers. Outre le mérite de nous faire découvrir cet écrivain peu ordinaire, Tordjman a lié le récit à la musique en invitant la grande Giovanna Marini, chanteuse et ethnomusicologue, spécialiste de la musique populaire italienne, qui a travaillé avec Fellini et Pippo Delbono, et est ici accompagnée de trois chanteurs, Sandra Mangini, Germana Mastropasqua et Xavier Rebut. L’ensemble musical rythme le spectacle en reprenant, comme un chœur populaire, les actions principales racontées alternativement par Serge Maggiani et Agnès Sourdillon. Les deux acteurs, aux personnalités si singulières, se font ici récitants hors pair ; ils se fondent dans le cœur des mots sans incarner les personnages qu’ils nous donnent pourtant si clairement à voir. Les voix singulières aussi, chantées et parlées, les chansons, écrites spécialement pour le spectacle par Giovanna Marini, constituent un oratorio d’une magnifique simplicité comme une épitaphe en hommage à un monde disparu.

La Fabbrica, d’Ascanio Celestini, traduction Olivier Favier. Mise en scène Charles Tordjman. Avec Serge Maggiani, Agnès Sourdillon et les chanteurs Sandra Mangini, Xavier Rebut, Giovanna Marini, Germana Mastropasqua. Théâtre Marigny. Tél. : 0892 222 333. Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16h. Durée : 1 h 40.

www.theatredelaville-paris.com

crédit photographique : Mario del Curto

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