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Critiques / Autres Scènes

L’arracheuse de temps de Fred Pellerin

par Corinne Denailles

Un jaseux à la belle parlure

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Depuis Félix Leclerc et Gilles Vigneault, on sait chez nous en France que les Québécois sont des grands raconteurs d’histoires ; une tradition orale bien enracinée dans les mentalités qui n’a rien à voir avec le folklore comme pourraient le penser certains qui considèrent avec condescendance l’accent rocailleux et la parlure des rives du Saint Laurent. On pourrait croire qu’à l’ère des nouvelles technologies, cette tradition du conte se perde. Et bien pas du tout ; Fred Pellerin est là qui perpétue le genre. Il défend avec ténacité le bonheur de raconter et d’écouter, de faire de son petit village de Saint Elie en Caxton, en Mauricie, un centre du conte universel où toutes les histoires sont un peu les nôtres, c’est « une terre de légendes. Un patrimoine bâti sur cette ressource surnaturelle qui nourrit l’industrie du jasage et les moulins à paroles. » Ce n’est pas que nous n’avons pas de conteurs ici. Nous en avons même de fort bons et parmi eux Yannick Jaulin participe à cette même démarche en faisant de son village de Pougne Hérisson le célèbre Nombril du monde. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si on trouve ce même Jaulin dans les spectacles d’un autre Québécois d’envergure, Wajdi Mouawad, un sacré grand raconteur d’histoires.

Une seconde nature

Fred Pellerin a commencé à raconter des anecdotes aux touristes auxquels ils faisaient visiter son village, installés dans la remorque d’un tracteur, pendant ses vacances d’étudiant. Comme Vigneault, Pellerin sait parler des gens de son pays. L’oreille formée depuis l’enfance par sa grand-mère, il est passé maître dans l’art d’écouter, qualité cardinale du conteur associée au goût de la langue et de la poésie. Il nous ramène à ces précieux plaisirs d’enfance car, au fond, on ne renonce jamais vraiment aux princesses, aux dragons et aux sorcières. Il repousse la frontière du réel aux confins du rêve jusqu’à la langue, pourtant, au naturel, pittoresque et colorée, qu’il triture et sculpte selon son bon plaisir créant ainsi des télescopages jubilatoires et des impressions inédites. Ainsi, par la fantaisie et le talent de son imagination, Fred Pellerin offre aux habitants de son petit village un destin de légende. On y rencontre Méo, le « décoiffeur du village, le barbier de sévices. Qui dégradait jusque dans les sourcils ». Et la Stroop, qui passe pour une sorcière capable de terrasser la mort elle-même, « c’était l’étrangère du lac aux sangsues. Une femme qui s’était installée dans nos frontières quelques mois plus tôt, exilée de nulle part. Une immigrante sans provenance. Elle était apparue comme ça, d’une existence spontanée. Comme si elle était contenue dans un grain de blé d’Inde qui aurait chauffé. Pouf ! Elle n’était pas là, et l’instant d’après elle y était. » Et aussi Toussaint le brodeur, le vendeur de bière qui vendait de tout : « dans une seule pièce de sa maison, il avait réussi à faire tenir une grande surface. » Sans parler de l’inénarrable famille Gélinas « une armée extra-utérine ».
Ce petit jeune homme à l’air bien sage, avec sa tête bouclée et ses lunettes rondes d’Harry Potter porte en lui tout un monde d’anecdotes extravagantes, pleines de poésie et d’humour. Conteur mais aussi chanteur, il compose et s’accompagne à la guitare avec la même simple évidence qu’il raconte ses histoires.

L’arracheuse de temps de Fred Pellerin, à partir du 10 novembre à l’Européen.

Livre-CD publié aux éditions Sarrazine
Fred Pellerin a enregistré un disque de chansons : Silence, CD, Disques Tempête

www.fredpellerin.com

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