Paris, Théâtre Darius-Milhaud
L’Indien cherche le Bronx d’Israël Horovitz
Bus stop révélateur

Auteur d’une soixantaine de pièces, pour la plus part traduites et représentées dans de nombreux pays, le dramaturge et scénariste américain Israël Horowitz compte parmi les grandes figures du théâtre contemporain.
Influencée par Beckett et Ionesco, son œuvre est colorée par le réalisme du théâtre américain des années cinquante, en allant de la fable à la parabole pour une transposition du réel. Cette pièce qui lui a été inspiré par un fait divers dont il a été témoin à Londres, compte parmi ses plus célèbres. En vadrouille à New-York, deux jeunes potes, Murph et Joe, glandent et souhaitent faire la fête pour oublier leur univers où “tout le monde s’en fout ”. Ils croisent un homme solitaire d’origine indienne, attendant un bus pour se rendre – comme on l’apprendra plus tard - dans le Bronx, quartier au nord de la ville longtemps réputé pour son insécurité et ses trafics. A partir de cette situation s’engage un jeu d’abord puéril, puis le ton monte pour devenir cruel et violent. Tentatives de dialogue rendu impossible par la barrière linguistique et les différences culturelles et sociales, élans contrecarrés par la peur de l’étranger devenu exutoire des frustrations et des manques existentiels des deux jeunes issus d’un milieu populaire. La pièce dresse, sans manichéisme, le constat d’un racisme ordinaire et des ressorts qui y conduisent dans un monde déshumanisé.
Cette thématique a probablement attiré le jeune metteur en scène havrais Judicaël Vattier (21 ans) pour sa première création avec la Compagnie J’y vais, en procédant à un rajeunissement de cette pièce datée de 1967, pour lui conférer une résonnance plus proche du temps présent. Elle le doit en grande partie aux interprètes. Josef Mlekuz (Murph) et Constantin Vidal (Joey), tous deux âgés de seize ans, qui apportent avec une belle vitalité et un talent prometteur une consistance aux personnages, qui trouvent un écho adapté et signifiant dans la prestation du danseur et chorégraphe Jean Baptiste Alfonsi (l’Indien). Dans son rythme soutenu et son humour noir, la représentation manque parfois de nuances et de distanciation dans la lisibilité de l’évolution des sentiments qui animent les protagonistes. Mais ces réserves devraient trouver remèdes au fil de l’évolution d’un spectacle encore en devenir, mais déjà attachant par la spontanéité et tonicité de sa réalisation. Venu assister à l’une des premières représentations, Horowitz – aujourd’hui septuagénaire - ne s’est pas senti trahi par cette nouvelle version de son œuvre. Au contact de ses jeunes créateurs, il a sans doute retrouvé auprès d’eux, l’esprit et la fraîcheur qui l’animaient lorsqu’il a écrit sa première pièce … à l’âge de dix-sept ans.
L’Indien cherche le Bronx d’Israël Horovitz, traduction Denise Péron (Editions Théâtrales), mise en scène Judicaël Vattier, avec Jean- Baptiste Alfonsi, Josef Mlekuz et Constantin Vidal, décor Stéphane Quevalier. Durée 1 h 15. Théâtre Darius Milhaud – Paris jusqu’au 21 juin 2013. Festival Avignon off, Théâtre l’Albatros du 8 au 31 juillet 2013



