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Critiques / Théâtre

Illusion conjugale d’Eric Assous

par Corinne Denailles

Le jeu de la vérité

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Encore une histoire de mari, d’épouse, de maîtresse et d’amant allez-vous dire. Certes, Courteline, Feydeau, Sacha Guitry et les autres le savaient bien, c’est un sujet de comédie en or. Mais ils savaient aussi que le propos court le risque de tomber facilement dans l’ornière du vulgaire et du graveleux et que donc l’exercice est périlleux. Eric Assous (Molière 2010 de l’auteur francophone pour cette pièce), en auteur avisé, réussit à trousser une comédie douce-amère où les portes ne claquent pas et où le mari n’est pas dans le placard. Il n’a pas choisi le registre de la gaudriole. On ne hurle pas de rire mais on sourit souvent en reconnaissant la médiocrité ou la roublardise de comportements familiers. Si l’histoire est a priori simple, elle révèle la complexité des relations. On ne racontera pas comment le meilleur ami de Maxime se retrouve piégé à déjeuner pour être soumis aux questions du mari jaloux ; ni comment Jeanne, la femme de Maxime, manœuvre habilement pour faire avouer à son époux la liste de ses maîtresses, enfin une partie seulement. Faut-il tout se dire, comme on le croyait après 68, ou ménager le fameux jardin secret, garant du couple ? Qu’y a-t-il de pire : avouer une dizaine de maîtresses, dont l’identité et l’importance « se diluent » dans le nombre, ou une seule liaison qui dure plusieurs mois et suppose autre chose que la fusion des corps ? Tout pardonner à son ami au nom des liens d’amitié ou au contraire ne pardonner aucune trahison pour les mêmes raisons ? Le jeu se joue d’abord à deux, entre époux, puis à trois, avec prise d’otage. Jean-Luc Moreau, qui met en scène le spectacle, interprète un mari fanfaron, passablement macho, définitivement de mauvaise foi, dont le narcissisme tient lieu de morale. Isabelle Gélinas est Jeanne ; séduisante, féminine, faussement désinvolte, elle prend la pose avec ironie, joue à l’écervelée, manipule la situation et tire les ficelles. José Paul est Claude, le troisième larron, le contrepoint de Maxime ; il a la fragilité de l’adolescent pas fini dont il joue pour charmer son monde. Dans un décor minimaliste d’une blancheur aveuglante, sur fond de ciel bleu électrique, on se pousse dans les retranchements, on joue avec le feu, on fourbit ses armes, on esquive l’assaut pour mieux attaquer. Personne ne sortira indemne du jeu de la vérité. Créée au théâtre de L’Œuvre, la pièce a été reprise au théâtre Tristan Bernard et la voici revenue à L’Œuvre.

Illusion conjugale d’Eric Assous mise en scène Jean-Luc Moreau, avec Isabelle Gélinas, José Paul et Jean-Luc Moreau.

Au théâtre de L’Œuvre, du mardi au samedi à 21h ; matinée samedi 18h30, dimanche 15h30, jusqu’au 31 mai 2011. Durée : 1h45. Téléphone : 01 44 53 88 88

© Eric Devert

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