Du 30 septembre au 8 octobre 2026, à La Comédie – CDN de Reims.
Fanfare, Tout a une fin sauf la saucisse qui en a deux, un projet d’Anne-Lise Heimburger, mise en scène Samuel Achache.
Des larmes au rire avec une fanfare consolatrice.

La fanfare en goguette - un quintette de cuivres -, habituée des mariages autant que des commémorations, friande d’un répertoire classique comme d’airs folkloriques bon enfant, s’essaye à la cérémonie scénique, à la marche funèbre, au théâtre. Avec Fanfare, Tout a une fin sauf la saucisse qui en a deux, Anne-Lise Heimburger (comédienne, artiste associée à la Comédie de Reims), s’entoure de cinq instrumentistes à vent de haut vol - Samuel Achache (saxhorn alto), Hélène Escriva (euphonium, trompette basse), Florent Hubert (clarinette et saxophone), Olivier Laisney (trompette), Abel Rohrbach (tuba), soit un ensemble vif de bruits éloquents et éclatants.
La création de théâtre musical, Fanfare, Tout a une fin sauf la saucisse…, mêle le grand répertoire musical et littéraire au folklore populaire. C’est que la fanfare, telle une bande-son de la vie, selon la conceptrice, accompagne sans bruit (!) notre personne, de la naissance à la mort en passant par les mariages, les carnavals, les fêtes ou les défaites nationales, tel un orchestre du dehors — banda, bagad ou harmonie — produisant en même temps la bande son de l’Histoire. Fanfare, Tout a une fin sauf la saucisse qui en a deux est une tragicomédie : la vie avec ses échecs, ses ratages, ses succès.
Du coup, l’entrée du spectacle propose une comédie inattendue de jour de marché, justifiant son titre loufoque. La commerçante devant son étal de charcuterie installé avec un assistant quelque peu rêveur est une Alsacienne déterminée à l’accent bien frappé, costume noir et ample de rigueur avec sa coiffe aux larges ailes de corbeau déployées : elle ne cesse de rabrouer ou de bousculer son acolyte maladroit. La figure féminine populaire mène la danse, selon ses engouements, mobile et agitée, allant et venant, clamant ses faits et gestes, interpelant la salle, ayant un mot pour tel quidam. La langue bien pendue, elle expose ses saucissons, et prend par-ci par-là en cachette une petite goulée de schnaps pour se donner du courage, à elle et son numéro.
Puis, inopinément, le spectacle bascule, bien moins guilleret et plus sombre : l’Alsacienne, au centre d’un petit promontoire sur le plateau, s’affaisse sur l’ex-étal devenu civière de défunt, pour s’étendre de son long sur le ventre avant qu’on ne la retourne, la tête côté public. Les musiciens et servants de scène la dévêtent de ses atours, suspendus sur un piquet dans les hauteurs.
Qui est le ou la gisant(e) ? La commerçante éprouvée ou son époux ? La figure réapparaît dignement vêtue pour les obsèques, veuve éplorée auprès de celui qui fut un être exceptionnel et dont le cercueil n’est pas « standard » mais « hors-cote » - remarque décalée et pleine d’humour -, car, si tous les hommes meurent, certains de-meurent. La musique éclatante de sonorités claires se fait plus grave et mélancolique, majestueuse, quand le vent de la tempête gronde sur le plateau et soulève les voiles romantiques de la scène.
On retrouve la femme de théâtre en deuil qui répète en tenue quotidienne une pièce aux accents shakespeariens : une tombe est creusée dans la fosse, et deux planches de bois articulées simulent la stature verticale du disparu avec laquelle la comédienne converse quand celui-ci se manifeste.
Celle qui souffre semble avoir retrouvé la paix et la tranquillité intérieure, décidée à vivre le plus pleinement qu’il soit tant que l’existence est accordée. Et d’entamer le poème magnifique de Charlotte Delbo : « …apprenez à marcher et à rire/ parce que ce serait trop bête/ à la fin/ que tant soient morts/ et que vous viviez/sans rien faire de votre vie. » (Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants de Charlotte Delbo, éditions de Minuit)
Un spectacle sémillant - vivacité, tonicité et effervescence -, apte à transcender les peines des mortels incités à bien vivre - grâce au théâtre.
Fanfare, Tout a une fin sauf la saucisse qui en a deux, un projet d’Anne-Lise Heimburger, mise en scène Samuel Achache, direction musicale Florent Hubert. Avec Samuel Achache (saxhorn alto), Hélène Escriva (euphonium, trompette basse), Anne-Lise Heimburger (comédienne, artiste associée), Florent Hubert (clarinette et saxophone), Olivier Laisney (trompette), Abel Rohrbach (tuba). Le poème de Charlotte Delbo, Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants, collaboration dramaturgique Sarah Le Picard et Chloé Kobuta, scénographie et régie plateau Jean-Baptiste Bellon, création costumes Pauline Kieffer, création lumières Kélig Le Bars, création sonore Maxime Landais. Du 30 septembre au 8 octobre 2026, à La Comédie – CDN de Reims. Du 18 au 27 mars 2027, au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris. Le 14 octobre 2026 Théâtre Brétigny, Salle Pablo Picasso, La Norville. Du 18 au 27 mars 2027, au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris. Du 31 mars au 10 avril 2027, au Théâtre national de Strasbourg. Les 15 et 16 avril 2027, La Comédie de Colmar.
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez



