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Critiques / Théâtre

Evita, le destin fou d’Eva Peron de Stephan Druet

par Corinne Denailles

Une icône populaire éternelle

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Destin fulgurant, dont l’intensité est inversement proportionnelle à la brièveté de sa vie. Il n’aura fallu que 33 ans pour que la petite Eva issu d’un milieu modeste, devenue comédienne, forge toute seule Evita, l’immense icône populaire qu’elle deviendra avant même d’épouser le président d’Argentine Juan Peron qu’elle a su manipuler à sa guise. Cette personnalité hors du commun, d’une ambition folle, a fabriqué sa propre légende. Féministe, elle a obtenu le droit de vote pour les femmes, défenseur des « descamisados », elle a lutté pour les droits sociaux des travailleurs Eva voulait sincèrement contribuer au bonheur de tous et en même temps elle a été complice de la dictature militaire, censitaire, violente. Sentimentale et intraitable tout à la fois, elle fermait les yeux sur les soupçons de nazisme pesant sur Peron. Le dramaturge argentin Copi en a brossé un portrait au vitriol, s’attachant à la mascarade du pouvoir aux derniers jours de sa vie. Le point de vue de Stéphan Druet, qui a lui-même écrit l’histoire d’Eva Peron, est différent. Il dresse un portrait contrasté qui révèle la complexité de ce personnage hors normes passionnant, qui a usé de la carte populiste sans arrière-pensée et a gagné en six ans le cœur des Argentins.
Le comédien danseur argentin Sebastián Galeota apparaît enfermé dans une monumentale robe de mariée comme Eva Peron s’était elle-même enfermée dans son image. Cette stupéfiante et magnifique robe (costume de Denis Evrard) raconte aussi les liens entre cette femme et son pays qu’elle a épousé et qu’elle a dominé de sa haute stature symbolique. La large jupe fera office d’écran de projections d’images d’archives. Les scènes courtes se succèdent, parfois entrecoupées de chansons populaires argentines. Le comédien ne joue pas Evita, il est son coiffeur, son plus proche confident, qui à force d’intimité a fini par se prendre pour elle comme ses fans qui se confondent avec leurs idoles.
Sebastián Galeota et Stephan Druet sont des complices de longues dates. Ce spectacle est une reprise de Evita, amour, gloire, etc. (2016). Dans un tout autre genre, ils nous avaient offert un bel hommage à Michel Legrand, toujours à l’affiche du Poche. De la comédie musicale entraînante à la traversée immobile de la vie d’Eva Peron, ils font preuve d’une créativité sans cesse renouvelée. Sans bouger un petit doigt ou presque, Sebastián Galeota donne vie au texte, développe une palette nuancée d’expressions et de sentiments, épaulé par les jeux de lumières de François Loiseau ; il nous embarque dès les premières minutes dans le sillage de cette femme fascinante dont on ne saura jamais quelle folie géniale l’a poussée à se faire l’actrice de sa propre destinée. Seule la maladie pouvait abattre en plein essor une telle nature.

Evita, le destin fou d’Eva Peron, écrit et mis en scène par Stephan Druet, avec Sebastián Galeota. Costume, Denis Evrard ; lumières, François Loiseau. Au théâtre Poche-Montparnasse, mardi, mercredi, jeudi à 21h. Durée : 1h10.

© projection David Chabert

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