Dans le cadre Les Zébrures d’automne, Festival des écritures et des créations théâtrales à Limoges - Nouvelle Aquitaine, du 23 septembre au 3 octobre 2026.
Chemin forgeant, création- France - Martinique, République du Congo, texte Bernard Gaëtan Lagier, mise en scène Abdon Fortuné Koumbha, avec Sorel Boulingui.
Se former politiquement et résister aux clans pour le bien-être collectif.

Quoi de plus beau qu’un homme qui s’interroge et cherche à comprendre le monde qui l’entoure, le regard ouvert à la fois sur la vie quotidienne et l’idéal ?
Chemin forgeant est le récit d’une construction intime et politique, où se mêlent les souvenirs d’enfance, les héritages familiaux et les secousses du monde. De la Caraïbe au Congo, une conscience s’éveille, apprend à lire la réalité, à la contrecarrer, et à inventer une place à soi autre et universelle.
Porté par une musique aux accents de blues et de jazz de résonances caribéennes, le récit engagé fait loi. Dans un face-à-face direct, la parole percutante frappe, révélant la violence éprouvée, les luttes et le désir d’être soi. L’homme sur la scène est en fuite - apprend-on -, entre souvenirs familiaux et événements évocateurs d’une époque qui ont marqué ses jours. Il n’oublie pas non plus son amour pour Mimi qu’il associe à Angela Davis.
Chemin forgeant explore la lente et patiente construction idéologique, intellectuelle et politique d’un jeune garçon des années 1970. Entre les références aux grands événements internationaux historiques qui résonnent encore (guerre du Vietnam, révolution Cubaine, assassinat de Lumumba, ...) et l’éducation traditionnelle, se forge - chemin faisant - une subjectivité consciente, attentive au raisonnement sage qui apprend à décoder le monde.
L’existence que mène le narrateur éloquent sur le plateau de théâtre est vive et enjouée, suivant à la trace les habitudes d’un garçonnet puis celles d’un adolescent, partagé entre les contraintes d’obéissance exigées par sa mère, et la passion paternelle pour la boxe qu’on écoute à la radio et pour les documentaires historiques et sociologiques des hommes et événements révolutionnaires, sur un précieux magnétophone délogeant le transistor initial.
"Muhammad Ali n’a pas fui la guerre du Viêt Nam ! Il n’a pas voulu y aller ! Non pas par lâcheté, mais pour défendre une cause et bien marquer sa contestation !" Muhammad Ali - alias Cassius Clay - subjugue père et fils. Les violences familiales, symbolisées par les raclées maternelles et les matchs de boxe qu’écoute son père, servent de toile de fond à la réflexion, portée par les grandes luttes mondiales. Ces souvenirs s’entrelacent avec son présent, nourrissant sa fuite tant physique qu’intellectuelle, n’oubliant pas l’apport symbolique des présences référentielles du père et du grand-père..
"Ce n’est pas le bled que je fuis, c’est la guerre !
Aujourd’hui… Une guerre sans arme, mais qui fait autant de victimes. Un lieu où les règles de la guerre interdisent les armes ! Un lieu où c’est faire acte de trahison que de ne pas pratiquer le clanisme. Un lieu où, dans ton clan, tu dois avoir aussi des ennemis jurés, mais que tu dois tuer encore plus sournoisement. Je suis un citoyen du monde, je ne fuis pas ! Je me déplace ! Je me réfugie... ailleurs !
Je ne céderai pas à ceux qui me font l’injonction de rejoindre leur clan ! "
Non seulement le verbe de l’auteur de Chemin forgeant, Bernard Gaëtan Lagier, résonne d’une détermination bien frappée et scandée dans l’évidence familière des références à une époque caractéristique des grands débats et mouvements dénonciateurs des oppressions et des colonisations, mais le comédien Sorel Boulingui est admirable d’élocution et d’incarnation, prêtant vie à l’icône de la boxe, jouant des coups de gants, des impacts mimés et d’une respiration contrôlée.
L’interprète apporte à la scène sa dimension d’acteur pleinement vivant, ménageant ses silences, se mouvant d’un lieu à l’autre, faisant une pause ou accélérant sa course, invitant les spectateurs à suivre au plus près sa marche endiablée, tonique et vivifiante, puis, telle une ponctuation paisible entre les chapitres de son histoire, il se met à danser.
Un corps sensible au souffle de l’existence, sportif et habité par la lutte, le combat, la résistance, et par le désir d’honorer au mieux cette posture de quête humaniste d’ordre privé et politique - une revendication au long cours.
Chemin forgeant, création- France - Martinique, République du Congo, texte Bernard Gaëtan Lagier, mise en scène Abdon Fortuné Koumbha, avec Sorel Boulingui, création lumière Anne-Catherine Simard-Deraspe, création sonore Jeff Baillard, (Compagnie Kalinawax & Co). Dans le cadre Les Zébrures d’automne, Festival des écritures et des créations théâtrales à Limoges - Nouvelle Aquitaine, du 23 septembre au 3 octobre 2026. Saison 2026-2027:Tropiques Atrium scène Nationale de Martinique. CCR les Coulisses ville du Saint-Esprit Martinique. SCIN Korzémo l’Envol Ducos Martinique. l’Artchipel scène national de Guadeloupe. CEDAC Guadeloupe. Saison 2027 2028 : Festival Afrique en création, Prague et Brno. Et Guyane.
Crédit photo : Linda Mitram



