1h22 avant la fin de Matthieu Delaporte

Avant l’heure c’est pas l’heure

1h22 avant la fin de Matthieu Delaporte

Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière avait fait un tabac avec Le Prénom, un grand succès théâtral puis un film très réussi avec Patrick Bruel (2012). Ils sont actuellement à l’affiche dans deux théâtres parisiens qui se font face boulevard de Strasbourg, le Théâtre libre et la Scala.
A la Scala, 1h22 avant la fin de Delaporte (qui cosigne la mise en scène avec de la Patellière) est une comédie qui surfe sur l’absurde pour parler d’un sujet dramatique, le suicide. La précision horaire du titre est un indice à double-détente, durée du spectacle qui s’achèvera sur une mort annoncée.
Un type (Kyan Kojandi) passablement déprimé semble décidé à mettre fin à ses jours. Alors qu’il s’apprête à enjamber la fenêtre, on sonne à la porte. Sur le seuil, un homme (Eric Elmosnino), guère plus enjoué, un pistolet à la main, un assassin venu de nulle part pour tuer un candidat au suicide par pur désoeuvrement. Elmosnino est impeccable dans le rôle de l’inconnu. Il joue nonchalamment avec sa victime comme le chat avec la souris qu’il sait condamnée. Il l’effraie, a des exigences bizarres, un sourire désabusé au coin des lèvres. On ne sait pas si on a affaire à un dingue, un psychopathe, dangereux tueur en série jusqu’à ce qu’il lève le voile sur son identité funeste. On est un peu des taxis dit-il (dans Orphée de Cocteau, la mort est escortée par deux motocyclistes, mais c’est une autre histoire).
Le mystérieux visiteur reçoit des appels de son chef de service très en colère car son subalterne, qui en est à sa première mission, est venu trop tôt et s’est trompé d’étage si bien que malgré une chute de plusieurs mètres le futur suicidé est toujours vivant et la Grande Faucheuse bien embarrassée.
La situation incongrue imaginée par Delaporte intrigue et amuse. L’absurde y fait la loi. Les réparties sont souvent drôles, du tac au tac. Delaporte a de la plume et parfois la référence à Raymond Devos surgit, ou les dialogues étourdissants des Frères ennemis. Malheureusement l’auteur ne tient pas la distance et le résultat est très inégal. Les saillies réussies accusent les passages qui s’étirent en longueur et la fin déçoit. Les choix scénographiques et la musique ne font pas toujours dans la nuance, mais on se régale avec le jeu d’Eric Elmosnino, tout en faux semblants, airs mystérieux et mines entendues.

1h22 avant la fin de Matthieu Delaporte. Mise en scène de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. Avec Eric Elmosnino, Kyan Kojandi et Adèle Simphal. Décors, Marie Cheminal. Lumières, Laurent Béal. Costumes, Anne Schotte. Musique originale, Jérôme Rebotier. A Paris, à La Scala jusqu’au 31 mars 2022.
Réservations : 01 40 03 44 30 - www.lascala-paris.com

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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