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Critiques / Théâtre

Zoltan de Aziz Chouaki

par Jean Chollet

Faut pas rêver

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Après s’être longuement ancré dans sa relation avec sa terre natale, l’Algérie, le romancier, dramaturge et musicien, Aziz Chouaki, situe sa dernière pièce dans un pays imaginaire du coté des Balkans. Plus précisément, dans une zone rurale où bruissent les échos d’une guerre communautaire. Un bar à ciel ouvert sur une terre aride, tenu par une femme Jessie (Marina Tomé), où se croisent quelques clients marginaux à divers titres, Peg (Alexandra Castellon), Gabriel (Guillaume Durieux) et Tunis (Pierre Hiessler).

Venu de nulle part, arrive Zoltan (Patrick Mille) un mythomane amateur de foot qui s’honore de l’amitié de Woody Allen, de Zinedine Zidane ou de Elton John, et de relations avec Georges Bush. Pour rendre crédibles ses affirmations, ce bidouilleur des nouvelles technologies a enregistré les voix de ces personnalités sur son téléphone portable qu’il fait entendre à ses compagnons de rencontres.

Avec ses fantasmes, Zoltan s’est construit un système d’auto-défense en se réfugiant dans l’imaginaire pour évacuer les pressions du monde qui l’entoure. Un système élaboré qui va bientôt éclater et s’effondrer lorsqu’il tombe amoureux de Pluvia (Maud Le Grevellec), jeune femme ancrée dans la réalité. Son univers bascule, ses repères disparaissent et il plonge dans un déséquilibre destructeur.

A travers cette fable, née d’une commande d’écriture du Théâtre Nanterre – Amandiers, son auteur affleure à nouveau certaines des thématiques qui ont déjà nourri ses œuvres précédentes (Les Oranges, Une Virée, Les Coloniaux) mais s’attache surtout ici à la notion de liberté et de survie en interrogeant les moyens pour y parvenir. Face aux menaces et aux oppressions, la fuite dans un ailleurs imaginaire n’apparaît pas comme le meilleur remède de résistance. Zoltan, ce rêveur affabulateur en paie le prix.

Si on retrouve avec plaisir l’humour, l’originalité de l’écriture pétillante et rythmée de Chouaki, ses personnages (hormis le rôle–titre) manquent parfois de profondeur et altèrent la densité d’une dramaturgie qu’accompagne avec sobriété et rigueur la mise en scène de Véronique Bellegarde. Il aurait sans doute été nécessaire de faire souffler sur cette comédie un peu plus de folie dévastatrice en écho aux propos et situations évoqués.

© Philippe Delacroix

Zoltan de Aziz Chouaki, mise en scène Véronique Bellegarde, avec Alexandra Castellon, Guillaume Durieux, Pierre Hiessler, Maud Le Grevellec, Patrick Mille, Marina Tomé. Scénographie Véronique Bellegarde et Edouard Sautai, lumière Philippe Sazerat, costumes Laurianne Scimemi, son Philippe Cachia. Durée 1 h 30. Théâtre Nanterre Amandiers jusqu’au 12 février 2012.

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