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Critiques / Opéra & Classique

Tosca de Giacomo Puccini

par Jaime Estapà i Argemí

La fin d’un mythe

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Patrice Caurier y Moshe Leiser viennent d’en finir avec un mythe qui aura vécu plus de cent ans depuis la création de “Tosca” en janvier 1900 ! Il aura donc été de bon ton, pendant un siècle, d’affirmer et de montrer que l’aria « Vissi d’arte » marque un temps d’arrêt aussi inévitable et long qu’intempestif au moment culminant de l’histoire : l’héroïne se voit forcée de se donner à un homme répulsif et abjecte afin de sauver la vie de son amant.

D’habitude on montre, en effet, le baron Scarpia en train de tourner en rond pendant que la diva de service chante le bel air, et il attend avec la plus grande tranquillité que les applaudissements adressés à la cantatrice cessent pour conclure sa prestation. Récemment même, un metteur en scène canadien très côté, manifestement dégoûté par les défauts supposés du libretto, s’est permis d’interrompre l’action : il a déguisé la soprano en Maria Callas de pacotille et lui a fait chanter l’aria sous un projecteur, comme dans un récital ! Or, Patrice Caurier y Moshe Leiser ont montré que l’inclusion de l’aria à ce moment précis de l’histoire, où le contrat charnel avec Scarpia vient d’être conclu, est indispensable à la continuité dramatique du conte.

Giacomo Puccini et ses librettistes savaient donc parfaitement ce qu’ils faisaient. Par l’analyse à la loupe du libretto et le découpage au scalpel de la partition, libérés du fardeau encombrant de la tradition, les deux metteurs en scène viennent de réussir à Nantes un tour de force qui restera dans les annales de l’histoire de «  Tosca ».

Des choix aussi inattendus que logiques

La justesse de la solution proposée ancre donc de façon irréversible des options, pour l’orchestre, les voix et les décors : elles sont certes originales, mais totalement évidentes et lisibles pour un spectateur attentif. A commencer par les choix aussi inattendus que logiques des lieux précis où se déroule l’action : le peintre travaille dans la réserve des tableaux de Sant Andrea della Valle -et non dans la nef principale de l’église-, Scarpia surveille ses interrogatoires depuis une pièce sans caractère particulier, attenante à la salle de tortures dans les combles du Palais Farnèse –et non depuis son bureau d’apparat-, et il fait exécuter sans jugement ses opposants dans un cachot fermé, sans vue sur l’extérieur et non sur la terrasse du Castel Santangelo. Un grand bravo aux décors de Christian Fenouillat.

Un Scarpia qui fera référence

Le jour de la première, Claudio Otelli –Scarpia- s’est montré coléreux et brutal, aussi bien vis à vis de ses ennemis que de ses subordonnés –le pauvre Spoletta (Emmanuele Giannino, excellent) tremblait physiquement pendant qu’il rendait compte de sa visite infructueuse à la villa du peintre-, mais aussi capable de maîtriser sa colère par moments, par exemple lorsqu’il mangeait d’un air absent, avec des gestes très précis et quelque peu sophistiqués ; sa voix puissante, son émission parfaite du haut de son 1m95 et ses agressions physiques imprévisibles et fulgurantes, rarement vues sur une scène d’opéra, lui ont permis d’attirer tout particulièrement l’attention du public depuis la fin du premier acte (« Va, Tosca ! ») jusqu’à l’heure de son trépas. Claudio Otelli a créé un Scarpia qui fera référence. Nicola Beller Carbone –Floria- s’est montrée très amoureuse de Mario, et jalouse uniquement parce que, depuis son entrée à l’église (« Mario !, Mario !, Mario ! ») jusqu’à sa visite nocturne à la villa de son homme -entre les deux premiers actes-, elle pouvait avoir des raisons de l’être. Elle a interprété « Vissi d’arte » avec sensibilité et conviction, d’une voix retenue, évitant le coté clinquant de l’aria.

Le ténor Giancarlo Monsalve, autre belle surprise de la soirée

Le public, totalement paralysé par la montée de la tension dramatique à ce moment précis, a été physiquement incapable de l’applaudir et la chanson s’est terminée dans un froid glacial. La situation sur la scène n’était absolument pas propice à la rupture du fil dramatique pour féliciter la cantatrice. Lors du dernier dialogue avec Mario au 3ème acte Nicola Beller Carbone a été un modèle de présence dramatique et de justesse vocale. Le très jeune ténor chilien Giancarlo Monsalve, une autre belle surprise de la soirée, a été particulièrement élégant et crédible dans le rôle de Mario. Le public a été enchanté par son émission nette et généreuse et son grand dynamisme. Il a su exprimer aussi une certaine naïveté, bien normale pour un nouvel arrivant dans une Rome instable et dangereuse : il est obligé de tenir tête à des personnages –Angelotti, Scarpia et Floria- importants et bien ancrés dans la réalité romaine du moment. (La Rome de juin 1800 opportunément transposée cette fois-ci en juin 1944).

Le reste de la distribution s’est montré à la hauteur des circonstances ; la brève et très puissante intervention des chœurs –Xavier Ribes- était bien en ligne avec les exigences de Patrice Caurier y Moshe Leiser.

Jean-Yves Ossonce à la barre de l’orchestre National des Pays de la Loire, a appuyé les options des régisseurs, a respecté les acteurs sur la scène ainsi que le moindre détail des indications de la partition.

« Tosca » Opéra en trois actes, livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d’après la pièce de Victorien Sardou « La Tosca ». Production de Nantes-Angers Opéra. Mise en scène de Patrice Caurier y Moshe Leiser. Décors de Christian Fenouillat. Direction musicale Jean-Yves Ossonce. Chanteurs : Nicola Beller-Carbone, Giancarlo Monsalve, Claudio Otelli, Frédéric Caton, Emmanuele Giannino, Guy-Etienne Giot, Eric Vrain. Emmanuelle de Negri.

Les 23, 25,28 et 30 septembre et 2 octobre au Théâtre Graslin de Nantes et les 10 et 12 octobre 2008 au Quai à Angers.

Crédit photo : Jef Rabillon

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