Du 10 au 18 mars à 20h, le samedi à 18h, au Théâtre de La Bastille, 76 rue de La Roquette 75011 Paris

Silence, ça tourne, écriture et jeu de Chrystèle Khodr, mise en scène Nadim Deaibes et Chrystèle Khodr.

L’éveil à une mémoire qui se répète face aux massacres mis au silence.

Silence, ça tourne, écriture et jeu de Chrystèle Khodr, mise en scène Nadim Deaibes et Chrystèle Khodr.

Dans Silence, ça tourne, Chrystèle Khodr, l’auteure, co-metteuse en scène avec Nadim Deaibes, et comédienne sur scène, témoigne avec pudeur d’un cheminement mémoriel collectif libanais, en retraçant la tragédie du camp de réfugiés palestiniens de Tel al-Zaatar où les habitants furent assiégés et massacrés en 1976 par les milices de la droite phalangiste chrétienne.

Suivirent les massacres de Sabra et Chatila en 1982, et d’autres, jusqu’à notre présent immédiat qui voit le Sud de Beyrouth pilonné par les forces israéliennes voulant en finir avec le Hezbollah, groupe paramilitaire islamiste chiite libanais, et avec l’Iran des Mollahs, ici au côté des forces américaines.

Sur scène, un radio-transistor à cassettes et des bandes magnétiques diffusent l’atmosphère du siège, mêlant archives sonores et réminiscences. Dominent les témoignages de survivants, dont celui d’Eva Ståhl, infirmière suédoise à la parole enregistrée par Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes.

Les faits remontent à une cinquantaine d’années, mais sont encore ceux d’aujourd’hui, selon les histoires personnelles, dévoilant l’engagement d’une militante communiste, mutilée par la guerre, perdant compagnon et enfant mort-né. Soit l’éveil à une mémoire qui se répète face aux massacres tus.

A l’été 1976 en guerre civile libanaise, le camp de Tel el-Zaatar de Beyrouth 30 000 réfugiés palestiniens depuis la Nakba de 1948, est assiégé par des milliers de miliciens chrétiens maronites, membres des Phalangistes, et du groupe antipalestinien des Gardiens du Cèdre, et du mouvement Marada.

Leur coalition, forte d’un armement sans précédent, est soutenue par la Syrie de Hafez al-Assad, intervenue déjà en 1976 contre la coalition MNL / OLP [Mouvement National Libanais de gauche / Organisation de Libération de la Palestine], combattant le gouvernement libanais et sa droite chrétienne.


L’armée libanaise et des conseillers de l’État d’Israël aident les miliciens. Le camp est défendu par les fédayins, fortifié de tunnels souterrains creusés pour la protection des civils et le stockage de munitions. Deux mois avant la reddition du camp, le siège s’est resserré avec l’aide de l’armée syrienne ; eau et électricité coupés, non-approvisionnement, on y meurt de faim.


Le 11 août, les Palestiniens du camp se rendent, suite à un accord qui prévoyait l’évacuation par la Croix-Rouge Internationale de l’ensemble des habitants y compris les combattants. Or le lendemain, le 12 août, les milices chrétiennes entrent dans Tel el-Zaatar et massacrent les habitants du camp, par balles, armes blanches, explosion de grenades - carnage et viols.


Les milices de droite éliminent, selon elles, un repère de fédayins, un « État dans l’État » dont le contrôle échappe aux autorités. La chute du camp de Tel-el-Zaatar consacre la division de Beyrouth en deux secteurs, l’un sous
le contrôle des chrétiens, l’autre sous celui des musulmans. Les coupables du massacre de Tel el-Zaatar et de la famine organisée ne sont pas punis.

Sur scène, un dispositif sonore continu, bruits de fond et restes de vies enregistrés forment une nappe propice à l’écoute de cette tragédie, dans le vide d’un plateau sombre que le noir entoure, illuminé de temps à autre par les bandes magnétiques que l’actrice utilise en éléments scénographiques, dessinant le siège de Tel el-Zaatar à l’aide de ces fils dorés scintillants qui soulignent l’enfermement tout en signifiant le potentiel de vie qui émane de ses habitants, les enfants d’abord en très grand nombre et leur goût vorace pour la vie, les personnes âgées ou handicapées, les femmes au travail …

Une représentation particulièrement intense, dont l’authenticité des faits racontés aiguise encore l’écoute grave d’un public tendu et mis au respect qui boit les paroles de Chrystèle Khodr, comédienne lucide et clairvoyante, en responsabilité avec son propos, pour la mémoire des victimes, des blessés et des disparus. Afin que chacun sache de quoi l’être humain est capable.
L’émotion est telle que le public n’applaudit qu’après un temps de récupération, lui-même ayant « joué » : Silence, ça tourne.

Silence, ça tourne, écriture et jeu de Chrystèle Khodr, mise en scène Nadim Deaibes et Chrystèle Khodr, scénographie et lumière Nadim Deaibes, son Zlad Moukarzel. Spectacle en arabe sur-titré en français. Du 10 au 18 mars à 20h, le samedi à 18h, au Théâtre de La Bastille, 76 rue de La Roquette 75011 Paris.
Crédit photo:Jean-Louis Fernandez.-

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Véronique Hotte

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