Accueil > Série : Sacha Guitry tout azimuth

Reportages /

Série : Sacha Guitry tout azimuth

par Marie-Laure Atinault

Chapitre deux : Les pièces en un acte

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le répertoire du théâtre français a un petit trésor un peu laissé de côté, remisé, oublié ; Ce trésor est constitué de levers de rideau. Non, il ne s’agit pas de la collection d’un spectateur fétichiste qui a découpé un bout du rideau de tous les théâtres, mais de courtes pièces, l’équivalent des nouvelles pour la littérature et des courts métrages pour le cinématographe. Le lever de rideau est une petite pièce en un acte qui, comme son nom l’indique, débute la soirée. Pas question au XIX siècle de proposer une pièce de 60 minutes, il ne fallait pas que le spectateur regrette le prix de son billet !

Un acte, court et percutant, tout un art !

Sacha Guitry, curieux de tout s’est naturellement plié à cet exercice avec son brio habituel.
L’auteur doit faire court, mais la situation doit être exposée en quelques répliques, les personnages doivent prendre corps aussitôt, pas de scène pour se reposer, l’argument n’attends pas. Il faut être concis sans être rapide ou obscur, tout un art.

Pour rendre hommage au « Roi de Paris », Bernard Murat a choisit quatre pièces : Un type dans le genre de Napoléon écrite en 1917 créée par Charlotte Lysés, Une lettre bien tapée créée par Geneviève de Séreville, Une paire de gifles, créée la même année par la pétulante Elvire Popesco et en 1940, la moins connue L’Ecole du mensonge.
Guitry sait planter des situations où les protagonistes sont mis en porte-à-faux par leurs sentiments. Il orchestre en Maestro cette valse hésitation. La première pièce nous montre un homme qui vient chez son ex-maitresse. Il vient lui rendre des lettres qu’elle avait dissimulées et dont la lecture instructive est embarrassante. L’homme pense qu’il agit comme Napoléon avec les femmes. Une lettre bien tapée est un modèle de lever de rideau, très courte, drôle, elle est la chouchoute des cours d’Art Dramatique. On aime le marivaudage d’ Une paire de gifles où le futur cocu orchestre un différend entre sa femme et celui qui deviendra son amant. L’Ecole du mensonge est à mettre à part. Le héros est un auteur de théâtre importuné par des femmes qui veulent jouer dans ses pièces ! Elles sont persuadées de leur talent, qu’elles soient comédiennes sans emploi ou voisines oisives. Il imagine un stratagème dont il sera tout compte fait victime consentante ! Sacha Guitry a mis beaucoup de lui-même dans ce professeur ès-mensonge.

Un moment de bonheur dans un monde de rigueur !

Bernard Murat n’a pas cédé à la facilité d’une mise en scène linéaire dans un décor unique. Chaque pièce est traitée indépendamment avec son propre décor, son humeur, respectant les époques, et les costumes ravissants d’Emmanuelle Youchnovski concourent à notre bonheur. Bernard Murat connaît bien le théâtre de Sacha Guitry. Il sait en homme avisé que pour réussir une mise en scène des œuvres de Guitry, comme pour son ami Feydeau, il faut être humble, les respecter, ne pas jouer au plus fin avec ces maitres de la réplique percutante. La première tâche du metteur en scène est de trouver une bonne distribution. En l’occurrence, plus qu’une réussite, un vrai feu d’artifice ! On n’attendait pas Martin Lamotte dans ce répertoire, quelle erreur. Autoritaire, fringant, séduisant, drôle, il cueille le public en une réplique. Heureux homme, il est entouré par deux ravissantes comédiennes Florence Pernel et Chloé Lambert. Laquelle choisir ? La courtisane, la dactylo du dimanche, la jeune comédienne, elles sont toutes deux exquises. Sacha Guitry aurait été conquis par ces fines mouches .
A notre époque il faut savoir se ménager des moments de bonheur Un type dans le genre de Napoléon en fait partie. Pétillant, léger, raffiné, drôle, les spectateurs ressortent comblés, enivrés par tant d’esprit !

Mise en scène de Bernard Murat avec Martin Lamotte, Florence Pernel, Chloé Lambert, Laurent Gérard, Rose Thiéry
Théâtre Edouard VII à 19 heures

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.