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Critiques / Opéra & Classique

SALOME de Richard Strauss

par Jaime Estapà i Argemí

Magnifique prise de rôle de Nina Stemme

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L’opéra Salome reprend l’épisode biblique de l’exécution de Jean le Baptiste par le tétrarque Hérode Antipas, homme de paille des romains, qui ocupaient la Palestine, à l’aube de notre ère. Jean le Baptiste, figure historiquement attestée, était un leader religieux en rupture de ban avec l’establishment qui siégeait à Jérusalem.

Il prêchait sur les rives du Jourdain et pratiquait le baptême par l’eau. Le Nouveau Testament le fait cousin charnel et mentor de Jésus-Christ. Jean le Baptiste était une sorte de prophète très respecté non seulement par ses disciples, mais aussi par le peuple juif tout entier. Il fut emprisonné par le roi Hérode pour avoir critiqué violemment sa liaison avec Hérodiade, la femme de son frère. Pour cette raison le roi ne pouvait pas lui rendre la liberté mais, il respectait la vie de ce saint homme de peur d’éventuelles représailles de ses disciples. Ce fut Salomé, la fille d’Hérodiade, qui débloqua la situation. Lors d’un festin au palais, le roi lui demanda de danser devant lui et lui promis qu’il lui donnerait en échange ce qu’elle lui demanderait. Poussée par sa mère elle exigea du roi la tête du saint homme. Le roi tint parole et ordonna de décapiter Jean.

Le dramaturge anglais Oscar Wilde, fit de ce passage biblique une pièce de théâtre en 1891. Richard Strauss reprit les textes d’Oscar Wilde, les raccourcit sans les modifier, et en fit un opéra d’un acte, ce qui concentra l’action.

L’intensité juste et nécessaire de Nina Stemme

La représentation du 25 juin au Liceu s’est centrée, comme il se devait, sur le personnage de Salomé, interprétée par Nina Stemme. C’était d’ailleurs la prise de rôle de la soprano suédoise. Elle a donné à Salomé l’intensité juste et nécessaire afin de faire sentir au public l’évolution émotionnelle de la fille d’Hérodiade – Herodias dans l’opéra de Richard Strauss - depuis sa curiosité pour découvrir le personnage incarcéré dans le cachot de la forteresse de son beau-père jusqu’au monologue final où, seule face à la tête tranchée de Jean le Baptiste – Jochanaan à l’opéra - elle lui déclare son amour et baise ses lèvres, geste que le saint lui avait refusé à plusieurs reprises auparavant. Si Nina Stemme a quelque peu peiné dans les parties graves de la partition et a montré une certaine fatigue, bien compréhensible, lors de son épuisante intervention finale, ces quelques défauts ont paradoxalement, ajoutés à l’immensité des moments lumineux et parfaitement réussis, contribué à donner du personnage une vision achevée.

Un orchestre au service des voix.

Nina Stemme aurait dû cependant partager davantage son succès, très mérité, avec le chef Michael Boder qui, aux moments les plus ardus de la soirée a retenu l’orchestre pour permettre à la diva de briller de tous son éclat. Par ailleurs, il a arrondi les angles de la partition et en a radouci bien des aspérités jusqu’à insuffler à la musique de Richard Strauss un caractère fort mais raffiné, amer mais sucré, très viennois. L’orchestre du Liceu s’et plié à ses exigences avec tact et savoir-faire.

Le reste de la distribution s’est monté à la hauteur sans exception. Robert Brubaker – déguisé en Karl Lagersfeld, qui sait pourquoi ? - a été un Hérode violent, couard, méprisable, et, sans défaut vocal ; il a mis son timbre ingrat au service de la caractérisation de son personnage qui ne l’était pas moins. Sa compagne Herodias, magistralement interprétée par Jane Henschel, sans doute la meilleure composition dramatique pour un second rôle vue au Liceu depuis longtemps, a complété le trio infernal de l’histoire. Mark Delavan – Jochanaan - n’a pas été la voix terrifiante comme on en entend habituellement dans ce rôle, mais il a lancé ses apostrophes sur un ton ferme et suave à la fois, tout comme ont été nuancées et lyriques, mais là de façon attendue, les déclarations de Narraboth –Stefan Heilbach- l’amoureux éconduit de la princesse Salomé. Alors pourrait-on continuer à applaudir sans fin les nombreux participants à cette somptueuse nuit vocale.

Des îlots de bonnes idées dans un océan de bêtises

La mise en scène de Guy Joosten, pudibonde - à faire sortir de ses gonds Calixto Bieito -, fut composée de quelques îlots réussis – comme par exemple la traduction scénique de la présence obsédante du Baptiste dans la forteresse - perdus dans un immense océan de banalités, sottises et autres inepties dont on ne dressera pas la liste ici, tellement elle serait longue.

Salomé « Musikdrama » en un acte de Richard Strauss, livret basé sur la traduction allemande de Hedwig Lachmann de la pièce d’Oscar Wilde. Production du Gran Teatre del Liceu et du Théâtre Royal de la Monnaie. Mise en scène de Guy Joosten. Décors de Martin Zehetgruber. Direction musicale de Michael Boder. Chanteurs : Ninna Stemme, Mark Delavan, Robert Brubaker, Jane Henschel, Stefan Heibach, Anna Tobella, Josep Miquel Ribot, Clemens Löschmann et autres.

Gran Teatre del Liceu les 19, 20, 22, 25, 28, 29, juin et les 1, 2, 4, 5, 7 juillet 2009.

Crédit photographique : Bofill

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