Rumba de Celestini et Murgia

Noël marginal sur parking désert

Rumba de Celestini et Murgia

Impossible de compter les étoiles du ciel tant elles sont nombreuses, confie Murgia en voix off le comédien narrateur. Impossible de comptabiliser les mots contés par le même sur le plateau tant ce qui est raconté dans son théâtre narratif a l’allure d’une énumération logorrhéenne dépourvue d’action, de rebondissements, d’intrigue. Non seulement les vocables pullulent, mais l’interprète performeur les distribue avec une célérité de marathonien pressé de passer la ligne d’arrivée sans néanmoins raccourcir le parcours.

Sur une scène quasi vide (un piano, un petit portique agrémenté du rideau rouge traditionnel qui s’ouvrira pour dévoiler la projection d’une sorte de ‘cabinet de curiosités’), il incarne un comédien pas très doué qui rêve de jouer Noël sur le parking désert d’un hypermarché lorsque des cars auront débarqué une flopée de pèlerins, au milieu de poubelles et d’un entrepôt géant. Pour patienter, il dresse une véritable galerie de portraits de ceux qui pourraient apparaître dans cette représentation. Il s’agit de de paumés ordinaires, ceux que la société a marginalisés tant par son fonctionnement économique inéquitable que par ses exigences de rentabilité impitoyable.

Défilent les jobistes non déclarés et mal payés, les éclopés de pas de santé ou d’addictions diverses, les clandestins en désespérance de papiers officiels, les analphabètes corvéables à merci, les naufragés des restructurations de multinationales, un duo familial acharné de fascisme et de racisme, les sans abri exclus du minimum vivable, un Africain fossoyeur … Le narrateur insère en contrepoint une silhouette récurrente de dépouillement volontaire qui a laissé dans l’Histoire l’image d’une réussite spirituelle l’ayant mené jusqu’à la sainteté : François d’Assise.

Le personnage est exemplaire. Fils d’une famille très aisée de la fin du XIIe siècle, il commence par une jeunesse dissolue, se convertit à vivre volontairement dans la pauvreté la plus totale afin d’être proche des démunis et de la nature. Fondateur des Franciscains, il finit sa vie marqué par les stigmates qui inscrivent en son corps les plaies infligées au Christ par les clous qui l’attachent à la croix de son supplice final.
On sort du spectacle un peu étourdi par le déluge des mots qui a déferlé sans autre respiration que les musiques jouées en direct au clavier et à l’accordéon par Philippe Orivel, musicien discret et efficace. Pas sûr que cette utopie du destin de François résolve le problème des invisibles de notre société consommatrice.

Du moins nous aura-t-elle rappelé que l’invisibilité de certains de nos contemporains perdure d’abord parce que nous ne voulons pas les voir. Nous sommes impressionnés par la performance de David Murgia. Sommes-nous convaincus de changer quelque chose à notre statut de public culturel privilégié après avoir entendu un inventaire des exclusions sociales générées par notre société inégalitaire ?

(Cet article a été rédigé sans recourir à l’IA)
Durée :1h30
Dès 15 ans

04>06.12.2025 Manège

Réalisation : Ascanio Celestini, David Murgia. ; texte, mise en scène : Ascanio Celestini ; jeu : David Murgia, Philippe Orivel (accordéon, piano) ; traduction : Patrick Bebi ; adaptation : David Murgia. ; régie générale : Philippe Kariger ; production : Kukaracha ASBL ; coproduction : Théâtre National Wallonie-Bruxelles, Théâtre des Célestins (Lyon), Théâtre Joliette (Marseille), Théâtre (Namur), Centre culturel (Verviers) ; photo © Théâtre National Bruxelles.

En tournée :
16>20.12. 2025 Théâtre Liège (Be)
08>10.01 /2026 La Vénerie Watermael-Boitsfort (Be)
13>17.01. 2026 Théâtre Joliette Marseille
21>25. 01.2026 Théâtre royal Namur (Be)
06 .02.2026 Arrêt 59 Péruwelz (Be)
12 .02 / 2026 Centre culturel Verviers (Be)
13.02.2026 Centre culturel Seraing (Be)
17 >21.02.2026 Maison des Métallos Paris
12 .03.2026 Salle Baudouin IV Braine-le-Comte (Be)
13>03.2026 Salle de spectacle Marche-en-Famenne (Be)

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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