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Portrait de Serge Bagdassarian qui incarne le Père Denis

par Marie-Laure Atinault

Un prêtre peu orthodoxe

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Serge Bagdassarian, 521éme Sociétaire de la Comédie Française, incarne le Père Denis, un prêtre peu orthodoxe dans le nouveau spectacle du Théâtre du Vieux Colombier, Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine.


Depuis son entrée en 2007 dans l’illustre maison, il s’est affirmé comme étant l’un des comédiens les plus doués de la maison. Du répertoire contemporain avec le fils dans La Festa de Spiro Scimone à Fontanet, l’homme qui fait regretter les mauvaises odeurs dans le Fil à la patte de Feydeau, il est l’une des figures familières de la troupe. Il a fait rougir les lambris de la salle Richelieu avec les Merdres retentissants du Père Ubu. Sous la houlette de Dan Jemmett, il était un petit marquis très bling-bling dans des Précieuse ridicules décoiffantes .Nous le rencontrons au théâtre du Vieux Colombier en pleine effervescence des répétitions d’Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine dans la mise en scène d’Éric Génovèse.


Dés le premier abord, l’homme plait par sa courtoisie et son caractère affable. D’une vraie modestie, il n’oublie jamais de citer ses partenaires.
Avec un brin de nostalgie nous évoquons ses origines nordistes. Né à Dunkerque d’un père d’origine arménienne et d’une mère dunkerquoise, il se sent à l’aise dans ses deux mondes. La nostalgie lui vient en cette période de Carnaval : « Vous savez c’est une vraie culture dans le nord. Les chansons sont enseignées à l’école. Le déguisement et toutes les intrigues que l’on développe pour ne pas être reconnu par les amis m’ont certainement donné le goût du théâtre. J’ai commencé très tôt le théâtre amateur. »


Le public a pu apprécier les capacités vocales de Serge Bagdassarian dans l’Opéra de quat’ sous mis en scène par Laurent Pelly, puisqu’il chantait la Ballade de Macky, ou dans les Cabarets de Philippe Meyer au Studio Théâtre. Depuis l’enfance, il a fait beaucoup de chant choral entre autres avec Les rossignolets du Val des roses.
Avec un diplôme d’Anglais en poche, Serge Bagdassarian enseigne la langue de Shakespeare, avant de savoir qu’il ferait partie de la distribution des Joyeuses Commères de Windsor à la Comédie Française. Mais il se sent tiraillé entre l’enseignement et le théâtre amateur qui prend de plus en plus de place. Après une année sabbatique, le théâtre l’emporte. Cette victoire de Thalie ne peut que nous réjouir !
Il rejoint l’équipe du Théâtre de La Licorne pour jouer Candide. IL travaille pendant 18 ans avec Claire Dancoisne. Sa rencontre avec Mario Gonzales, lui fait découvrir l’art du masque et de la Commedia dell’arte.
La vie est faite de rencontre et c’est grâce au chant que Serge Bagdassarian est aujourd’hui à la Comédie Française : « Je chantais sur certains spectacles et j’ai été appelé à la rescousse pour un spectacle au théâtre du Nord, La leçon de Monsieur Pantalone dans la mise en scène de Christophe Patty, pour être le maître à chanter de Muriel Mayette. »
C’est bien la première fois qu’un maître chanteur nous est sympathique.
Le titre de la pièce de Jean-René Lemoine est tout un poème mais qui est cette Erzuli Dahomey ?
« Erzuli Dahomey, est une déesse à Haïti. Fanta (Nicole Dogué) est envoûtée. Elle ne se remet pas de la mort de Lady Di. »  
Serge Bagdassarian interprète un prêtre peu orthodoxe : « Le Père Denis est un prêtre qui est prés de ses ouailles, très prés surtout des toutes les jeunes filles. Puis il se rend compte qu’il aime les messieurs. Il cherche la rédemption !! »
La pièce de Jean-René Lemoine aiguise notre curiosité. Les personnages semblent sortis d’un inventaire à la Prévert : Une veuve exaltée qui vit avec ses jumeaux de seize ans dont l’éducation est assurée par un précepteur, le Père Denis, une bonne qui pleure Lady Di, un fils qui vit au Mexique et meurt tragiquement, une sénégalaise qui cherche le corps de son fils et pour couronner le tout, un fantôme !


Le moins que l’on puise dire est que l’auteur brouille les codes, redistribue les cartes des genres en mélangeant mélodrame, tragi-comédie et fantastique !
Serge Bagdassarian nous confie sa joie de faire partie de la distribution. Faisant parti du Bureau des lecteurs, lorsque le texte fut présenté. Il avait été séduit par « cette langue qui vient de l’oralité, par le créole, par sa poésie. »


L’habit ecclésiastique va à merveille à ce comédien qui passe du Pasteur Kimball au Père Denis : « C’est un prêtre passif dans le dogme. Au début c’est un père la pudeur, mais ses certitudes sont bouleversées. Il est confronté à ses désirs, à l’hypocrisie. »
Marathonien comme tous les Comédiens Français, les applaudissements de la première représentation de Erzuli Dahomey, déesse de l’amour sont encore tous chauds que Serge Bagdassarian répète Peer Gynt.
Beaucoup de projets qui sont encore classé Top secret avant le dévoilement de la prochaine saison. A notre question : quel est le rôle que vous souhaiteriez interpréter ? Le regard de Serge Bagdassarian s’illumine : « Je dois avouer que j’ai un grand rêve, celui de jouer Le Bourgeois Gentilhomme. C’est un très grand rôle et je crois que l’on a souvent oublié qu’il est sincère et finalement profondément touchant. Il n’est pas que ridicule. Il veut s’élever, ce qui est parfaitement respectable. »

En attendant de voir ce comédien mélomane avec l’habit de Monsieur Jourdain, nous irons applaudir Le Père Denis en proie avec la déesse de l’amour. Tout un programme !


Erzuli Dahomey, déesse de l’amour
De Jean-René Lemoine mise en scène Éric Génovèse
Avec, Claude Mathieu, Françoise Gillard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Pierre Nimey, Nicole Dogué, Djibril Pavadé
Théâtre du Vieux Colombier à partir du 14 mars Tél : 01 44 39 87 00

Crédit : Brigitte Enguerand

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