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Portraits / Théâtre

Pierrette Dupoyet en trente-neuf personnages, un phénomène en scène

par Caroline Alexander

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Le 7 juillet prochain, elle abordera son 35ème festival d’Avignon avec la pêche, l’énergie et le trac de d’un tout premier, quand le « off » dont elle est devenue l’une des figures emblématiques comptait une quinzaine de spectacles. Il en affichera cette année plus de mille cinq cents éparpillés dans tous les coins et recoins de la cité des papes devenue, grâce à Jean Vilar qui créa le festival en 1947, la cité des théâtres du monde.

L’inusable, infatigable Pierrette Dupoyet, fidèle aux engagements qu’elle ne prend qu’avec elle-même présentera tous les jours trois spectacles casés en trois horaires dans trois lieux différents. Deux reprises – Dreyfus, l’Affaire… (au Théâtre Buffon) - Sand, prénommée George… (à l’Albatros) - et, en accord avec ses propres statuts, comme chaque année, une création spécialement conçue pour Avignon (sur la scène de la Luna) autour d’un personnage, le trente neuvième de son répertoire, qui battra les ailes d’une Jacqueline Auriol aviatrice dont elle ressuscitera le ciel interrompu .

Dupoyet Pierrette ! Mais qui est-elle cette drôle de fille avec ses longs cheveux dégringolés en cascade, son bonnet brodé tibétain, ses bijoux venus d’ailleurs, ses tenues post hippies dégageant une énergie qui rallumerait un volcan ? Elle pourrait se résumer en quelques repères. En chiffres : 67 ans, 67 étés rayonnants, 55 ans de passion théâtrale sans pause ni entracte, 39 créations, 35 festivals d’Avignon, 70 pays parcourus à travers les cinq continents du vaste monde. En choix : toutes ses créations sont consacrées à des hommes, à des femmes de notre Histoire, des êtres qui y ont creusé des sillons de poésie et d’humanisme. En méthode : la fabrication maison. Tout ce que cet oiselle rare entreprend, elle l’entreprend seule : l’écriture, la mise en scène, les décors, les costumes, l’interprétation, l’édition, l’administration, la promotion. La PME Dupoyet agit à la façon d’une boulangère-pâtissière pétrissant son pain avec des mots, garnissant ses tartelettes de la chantilly de son imagination. Et qui, en ultime finition, les place en vitrine et les vend.

Sa singulière aventure a démarré à Lyon, sa ville natale, quand, lycéenne de douze ans elle découvrait la magie du théâtre en spectatrice novice d’une pièce sur Maupassant. La voilà aussitôt embarquée dans des cours d’interprétation et toutes sortes d’écoles, et très vite lauréate de prix (dont celui de la création au Festival de Vichy, décerné par Vilar, comme une prémonition). Ses débuts sont traditionnels, la rencontre d’un auteur-metteur en scène qu’elle épouse et avec lequel elle fonde une jeune compagnie. Premiers pas à Lyon, puis à Paris. Le spectacle où elle joue seule en scène « La Jacassière » de Gilbert Léautier déclenche sa vocation définitive. Elle restera désormais seule en scène et écrira elle-même ses textes.

Sur qui ? Sur quoi ? Des gens qui ont compté, qui ont nourri ses espoirs humanistes, alimenté sa boulimie de fraternité. Des hommes – Jaurès, Camus, Dreyfus, Giono, Rimbaud... Des femmes – Joséphine Baker, Colette, Marie Curie, George Sand. Des personnages – Gelsomina -, des thèmes – l’Orchestre en sursis.

Barbe blanche et perruque poudrée pour Leonard de Vinci, casquette et moustache pour Alfred Dreyfus, tantôt femme, tantôt homme, elle joue les Fregoli, se glisse dans la peau et dans la tête de ceux et de celles qui ont façonné le cours de l’histoire. Elle part à leur recherche comme un explorateur, Sherlock Holmes pisteur de leurs secrets, elle fouille leurs vies, débusque ceux qui les ont connu, famille ou autres, les rencontre, les interroge, remonte avec eux le temps et l’espace. Puis, sur son bâton de pèlerin-écrivain, tente d’en reproduire les trajets. Le temps d’une écriture assortie de pérégrinations, elle s’approprie leurs repères, puis leur invente des passerelles. Pour « l’homme aux semelles de vent », ce Rimbaud qui conçut toute son œuvre poétique entre 10 et 19 ans, elle voulut connaître ce qui avait constitué le reste de son existence jusqu’à sa mort, 18 ans plus tard. Elle refit tous ses voyages de Charleville-Mézières au fin fond de l’Afrique, en passant par Chypre, l’Ethiopie…

Elle ne demande rien aux ministères en place – jamais la moindre demande de subvention ! -, mais les ministères la sollicitent. Celui de la justice escorte ses tournées dans les prisons de France où les voix humanistes de ceux qu’elle incarne apportent un peu de lumière et d’espoir. Celui des affaires étrangères, le Quai d’Orsay qui en fait l’ambassadrice de ses valeurs républicaines en la dépêchant dans plus de 70 états de notre globe, pays en paix ou en guerre, le Liban, le Bengladesh, l’Ethiopie, la Serbie, le Rwanda, Haïti… Elle y va quelles qu’en soient les circonstances ou les dangers, infatigable missionnaire de la tolérance, de la reconnaissance de l’autre.

Pour Jacqueline Auriol, sa dernière « recrue », elle retracera la trajectoire hors norme de cette jeune aviatrice, belle-fille d’un président de la République, qui n’avait peur de rien et qui fut victime à 32 ans d’un accident qui lui arracha le visage. Pour Pierrette Dupoyet, sa route est une leçon de vie, la preuve que l’on peut, si on le veut, par le courage et la ténacité, remonter du fond du plus insondable des puits. Elle a rencontré interrogé des femmes pilote de voltige, des chirurgiens spécialistes des greffes faciales. Elle s’est accroché des ailes pour planer dans cette vie détruite puis reconstruite. L’atterrissage aura lieu le 7 juillet au lendemain de l’ouverture du festival officiel. Voler pour vivre ou vivre pour voler ? C’est toute la question.

Festival d’Avignon, du 7 au 30 juillet 2017 –
11h35 : Dreyfus, l’Affaire – Théâtre Buffon
14h30 : Sand, prénommée George – Théâtre Albatros
18h05 : Jacqueline Auriol ou le ciel interrompu (Théâtre La Luna)

Réservations : 06 87 46 87 56

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