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Critiques / Opéra & Classique

Madama Butterfly

par Jaime Estapà i Argemí

La petite japonaise bien aimée du Liceu

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Madama Butterfly est un opéra fétiche du Liceu de Barcelone : pendant la dictature, il fut joué d’innombrables fois - Wagner, Verdi et Puccini faisaient alors l’essentiel des saisons - et les grands artistes de la maison - Aragall, Carreras, Caballé - l’ont tous magistralement interprété dans ces murs. Accessoirement, ce fut lors d’un entracte que le ténor Bernabé Martínez - devenu Martí pour la scène, d’un coup de bistouri administratif qui lui coupa le nez - déguisé en Pinkerton, déclara sa flamme à Mlle Caballé, sa Butterfly de la soirée. La légende veut qu’elle la lui accordât dans sa loge tout juste après qu’elle se fût suicidée pour lui sur scène.
Après de nombreuses années d’absence, le Liceu a programmé pour cette fin de saison, 22 représentations de Butterfly avec quatre distributions différentes qui verront les suicides de Fiorenza Cedolins, Cristina Gallardo-Domas, Daniela Dessì et Liping Zhang. Le public du Liceu, l’ancien comme le nouveau, a accueilli l’initiative avec émotion et enthousiasme et le résultat, pour le moment, n’a pas déçu, ce qui ne veut pas dire que tout ait été parfait.

Apothéose jouissive et macabre

Lors de la représentation du 16 juin, Richard Leech - Pinkerton - a bien failli faire chavirer la soirée à cause de son vibrato incontrôlé dans tous les registres et toutes les intensités, mais son timbre agréable, son courage sur la scène et la relative brièveté du rôle lui ont sauvé la mise. A ses côtés, Fiorenza Cedolins a été royale. Certes la progression vocale et dramatique du personnage a joué un rôle primordial car l’artiste, davantage dramatique que lyrique, a pu mettre progressivement à contribution sa force et son endurance, tout en justifiant les quelques particularités de sa voix comme la pointe de dureté de son émission, ou le petit rien de métal de son timbre. S’appuyant alors sur une attitude dramatique bien travaillée, elle fit éclore à la fin de la pièce une Butterfly transfigurée, qui mit en scène son autodestruction en une sorte d’apothéose jouissive et macabre : la folie de Lucia était bien là, avec quelques milliers de volts en plus.

Une certaine poésie bon enfant

Carlos Alvarez a été un Sharpless de grand luxe. Le baryton andalou a dû faire quelques efforts pour ne pas trop écraser l’infortuné Richard Leech, mais il n’a pas renoncé à montrer toutes ses capacités lors des interventions en solo ou avec les autres personnages. Enkelejda Shkosa - Suzuki - s’est maintenue prudemment à l’écart, bien qu’elle se soit montrée au bon niveau lors des dialogues avec sa maîtresse au second acte. A signaler, parmi le reste de la distribution, l’excellente interprétation de Goro de Francisco Vas. Vasily Ladyuk - Yamadori - et Stanislav Shvets - le bonze - sont passés totalement inaperçus.
Yves Abel s’est limité à battre la mesure pour diriger l’Orchestre Symphonique du Liceu, ce qui est déjà très bien. On a beaucoup applaudi la mise en scène des Français Moshe Leiser et de Patrice Caurier, et le décor de Christian Fenouillat, qui se sont limités à montrer, avec une certaine poésie bon enfant, un sobre intérieur japonais et à multiplier des effets à l’aide de transparences ou d’accessoires légers, qui rendent l’histoire plus compréhensible, sans transpositions inopportunes, ni opacités pédantes.

Madama Butterfly, opéra en trois actes de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et de Luigi Illica, fondé sur la pièce homonyme de David Belasco, inspiré d’un conte de John Luther Long. Coproduction du Gran Teatre del Liceu, et le royal Opera House Covent Garden. Mise en scène de Moshe Leiser et Patrice Caurier dans un décor de Christian Fenouillat. Direction musicale d’Yves Abel. Chanteurs : Fiorenza Cedolins, Enkeleida Shkosa, Claudia Schneider, Richard Leech, Carlos Alvarez, Francisco Vas, Vasily Ladyuk, Stanislav Shvets, et autres. Gran Teatre del Liceu les 13, 16, 19, 22, 25 et 28 juin et le 3 juillet avec cette distribution. Les 14, 17, 18, 21, 26, 27 juin, et les 2, 4, 5, 10, 22, 25, 26, 28 , 29 dans les trois autres distributions.

Crédit photos : Antonio Bofill

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