Paris, théâtre La Bruyère
Ma Marseillaise de et avec Darina Al Joundi
Un chant de résistance lucide et émouvant

En 2007, cette jeune femme née à Beyrouth signait avec la complicité de l’écrivain algérien Mohamed Kacimi un texte évoquant la situation politique, sociale et religieuse au Liban à travers la condition de la femme, sous le titre Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter (voir article webthea). Un récit bouleversant amorcé au décès de son père en 2001, écrit sous la forme d’un témoignage issu de son expérience de vie sur sa terre natale qui, avant son édition (Actes Sud 2008), a fait l’objet d’une mise en scène de Alain Timar, ouvrant sur un succès largement mérité durant quatre ans sur de nombreuses scènes françaises et étrangères.
Darina Al Joundi, revient aujourd’hui sous le même personnage de Noun dans un tout autre contexte. Ce jour-là, elle a un ultime rendez-vous pour obtenir sa naturalisation sur sa terre d’élection et de liberté : la France. “Je suis l’immigration choisie” dit-elle. Elle se prépare à cet examen de passage en chantant La Marseillaise qui figure dans les tests imposés, mais se souvient aussi du passé. De sa vie antérieure et des épreuves qui l’ont traversée, des souvenirs des femmes lui ayant apporté leur soutien et contribué à son départ du Liban pour le Canada et les Etats-Unis. Autant d’expériences qui lui ont forgé analyses et réflexions avec un caractère bien trempé.
Avant de devenir française, elle s’interroge aussi avec un humour acide sur la terminologie de son intégration : “ Naturalisation, qu’est-ce que ça veux dire “naturalisation ” ? Acclimatation naturelle des plantes et des animaux dans un lieu éloigné de leur région d’origine. Je dois donc bourgeonner ici comme une plante pour être naturalisée ?” Mais elle s’inquiète aussi plus sérieusement des menaces qui pèsent sur la laïcité de son futur pays. Dans la réalité, peu de temps avant la création de Ma Marseillaise, Darina Al Joundi, s’est vu refuser sa demande de naturalisation. Motif invoqué : “Insertion professionnelle incomplète”. Si ce rejet a modifié la fin du spectacle, il n’a en rien sapé son énergie et sa volonté de se battre jusqu’au bout, quoiqu’il lui en coûte, pour obtenir la réalisation de son souhait le plus cher.
Sur la scène, Darina porte son écriture – à laquelle elle intègre quelques citations de Taslima Nasreen, Caroline Fourest et Djemila Benhabib – en variant l’expression nuancée des sentiments qui la traverse. Dans sa robe bleue, environnée de cinq paravents blancs de papier symboliques conçus par Alain Timar, auteur de la mise en scène, elle est tour à tour enjouée, mutine, pleine d’espoir, meurtrie ou révoltée. Mais toujours combattante avec un amour tonique de la vie et de la liberté. Avec aussi une humanité qui touche au cœur et provoque l’empathie. Un spectacle attachant et sensible à plusieurs titres, qui vaut bien de nombreux discours politiques en évitant la langue de bois.
Ma Marseillaise, texte et interprétation Darina Al Joundi, mise en scène et scénographie Alain Timar. Durée : 1 heure 25. Au théâtre La Bruyère, du mardi au samedi à 21h. Matinée samedi à 17h. Rés. 01 48 74 76 99.



