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Critiques / Théâtre

Les derniers jours d’un condamné de Victor Hugo

par Jacky Viallon

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Grâce à l’allègement du texte libéré de sa pesanteur par le comédien adaptateur Dominique Péna et grâce aux subtiles esquisses proposées par le metteur en scène Roland Lagache, on entre vite dans le cauchemar de ce condamné à mort qui doit attendre plusieurs semaines l’heure de son exécution.
Loin de toute complaisance ou recherche d’artifice a projeté de l’émotionnel, on participe à l’angoisse du condamné et au fur et à mesure des mots et des moments, on ressent bien l’effet d’étau sur cet être mis à nu, agenouillé, jugé et humilié. L’ensemble de l’engrenage nous expose cette gravitation dans une horreur particulièrement silencieuse, glissée, voire esquissée. Ainsi propulsé sous la vigilance de l’objectif et de la didactique le spectateur restera dans son rôle d’observateur participant tout de même à la production de l’émotion et veille à l’embarquement immédiat du phénomène d’identification.
C’est ainsi que sans vouloir faire du Brecht à tout prix on pourrait dire que le spectacle fonctionne bien du côté distanciatoire : Le comédien étant toujours sur la réserve, il nous offre une certaine crédibilité dès les premières images. Son intelligence du plateau nous entraîne en toute confiance dans le sillage tragique de ce condamné à mort.
Mais voilà, nous, à l’instant présent, nous étions pratiquement sur le point de glisser dans notre énoncé le poncif habituel : « ce pauvre condamné à mort… » occultant ainsi que le condamné a quand même un statut de criminel. Et pour nous entretenir dans cette polémique qui nous est strictement personnelle selon notre attache à la critique et à la controverse Victor Hugo qui a toujours son « Hernani » sur le bout de la plume a eu la malignité de ne pas définir la nature du crime commis par le condamné. Ainsi, le jugement personnel s’éloigne de tout phénomène « cathartique » et l’éventail de la controverse se déploie dans notre esprit.
Voilà encore un trait de génie qui s’échappe du carquois de l’ auteur.
Tous ces éléments composent un spectacle très intéressant. Certes, le ton est relativement grave, mais on se doit intérieurement de ne pas édulcorer ou atténuer le registre de l’énoncé qui livre cette démonstration dramatique jetée en pâture sur le plateau.
Cette facture nous captive et nous éloigne du grand large et de ces spectacles fleuves qui roulent sur les vagues redondantes portant des flottes pharaoniques qui iront probablement s’échouer dans les criques stériles de la lente et menaçante acculturation qui nous entraîne déjà avec de multiples malaises pour nous faire disparaître dans les sables mouvants de notre abyssale ignorance.
Alors, il faudrait faire venir les élèves des lycées et des collèges en vue de leur donner cette matière propice à la réflexion pour balayer du littéraire à l’artistique sans s’entraver dans le social et le politique.
Au passage à signaler le travail original effectué sur la bande son qui est active avec sa propre identité, c’est à dire qu’elle n’est pas là pour illustrer ni pour sous-titrer mais pour raconter en parallèle. Cet accompagnement original est dû à Marc Behin et Edouardo Palacio.
Tout cet ensemble propose multiples pistes de réflexions. C’est peut-être là que l’on va trouver un moyen qui permettra d’échanger avec nos futurs spectateurs et lecteurs de demain.

Les derniers jours d’un condamné de Victor Hugo, mise en scène et directeur d’acteur Roland Lagache, adapté et interprété par Dominique Pena
Au Théâtre Darius Milhaud le vendredi à 21h contact : 01 48 72 82 89

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