Jusqu’au 23 juillet, 22h30 (relâche 10 et 17 juillet), Le .11, 11 boulevard Raspail, Avignon, Festival Off.
Les Glaces, de Rébecca Déraspe (Les éditions de ta mère), mise en scène Sophie Langevin.
Anatomie d’un viol.

Rébecca Déraspe est une autrice québécoise active depuis 2010 et déjà maintes fois jouée et récompensée. Son engagement féministe est affirmé. Sa prédilection pour les sujets qui touchent l’être au plus près, que ce soit la construction de soi, l’amour, le vieillissement, sa vitalité à dénoncer les non-dits sociétaux, retiennent l’attention.
Les Glaces analyse au scalpel les mécanismes du viol quand il est commis par des proches. Dans ce cas d’espèce, la première scène montre une mère qui refuse d’accepter que son propre fils soit l’auteur d’un viol. Mais confrontée à cette situation, cette mère, Noémie (Amandine Truffy) revit le viol qu’elle-même a subi au même âge par deux copains lors d’une soirée festive, que le traumatisme avait enfoui au fond d’elle.
Vingt cinq après, un déclic se produit, elle va confronter ses deux agresseurs : Vincent (Thomas Gourdy), devenu père d’un jeune enfant et Sébastien (Bryan Polach) qui s’apprête à épouser l’amour de sa vie. Elle leur écrit. Marianne, la femme de Vincent, prend fait et cause pour Noémie et expulse Vincent du domicile conjugal alors que Noémie essaie de convaincre Jeanne la victime de son fils de porter plainte.
On le voit, la pièce est démonstrative, construite pour affirmer la solidarité féminine contre le pouvoir de domination masculin, au détriment même des sentiments maternels ou conjugaux en cas d’agression. La notion de consentement est au centre de la revendication. Pédagogique aussi pour dénoncer le patriarcat, à travers le refus de culpabilité des hommes ou leur aveuglement volontaire : le père de Vincent, brave type semble-t-il, a vu la scène d’agression et n’ en a jamais parlé.
Tonalité sombre, scènes d’affrontement bien campées, le travail de mise en place comme celui des comédiens est efficace et répond totalement à l’objectif de sensibilisation voulu. La contre-partie est évidemment celle d’une certaine froideur, pas de place pour les sentiments quand le but est d’extirper le mal du mâle.
On ne peut reprocher à Sophie Langevin ce parti-pris en phase avec celui de l’autrice. La progression de l’action, le dialogue fort entre Noémie et ses deux agresseurs, donnent une dimension tragique qui fait théâtre et requiert une écoute attentive.
Les Glaces porte bien son titre, pour Rébecca Déraspe, « la pièce raconte l’histoire d’un dégel », celui de la prise de conscience et d’arme de Noémie. C’est aussi une métaphore, qu’est-ce qui se cache sous la glace ? En tous cas, c’est une leçon bien menée, tranchante, glaçante.
Les Glaces, de Rébecca Déraspe (Les éditions de ta mère), mise en scène Sophie Langevin, scénographie et costumes Peggy Wurth, création sonore Rozenn Lièvre, lumières Jef Metten avec Thomas Gourdy, Lydia Indjova, Francesco Mormino, Juliette Moro, Renelde Pierlot, Bryan Polach, Amandine Truffy. Jusqu’au 23 juillet, 22h30 (relâche 10 et 17 juillet), Le .11, 11 boulevard Raspail, Avignon, Festival Off, Tél : 04 84 51 20 10, www.11avignon.com



