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Critiques / Théâtre

Le couloir des exilés

par Marie-Laure Atinault

Sauvage et beau, il est une nécessaire prise de conscience

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Le dernier spectacle de Marcel Bozonnet est crée à la Maison de la Culture d’Amiens d’après le texte de Michel Agier, anthropologue.

Le plateau est divisé en deux par un couloir délimité par des plots en béton qui tiennent des poteaux en métal supportant des lampes mais qui symbolisent les projecteurs à la lumière crue. Un plastique transparent est tendu entre les poteaux, plus loin des panneaux en béton. Dans un coin, derrière une bâche en plastique, un abri dérisoire qui semble fait d’un empilement de ballots. Au bout du couloir, au lointain, on aperçoit un peu de ciel, de soleil.

Un homme, vêtu d’un pantalon et d’un pull de couleur foncé erre. Il court, il court éperdument. Il court en traînant les pieds car il est épuisé. Un bonnet bleu est enfoncé sur son crâne comme si il en faisait parti. Son visage est bleu. Bien sûr, il nous évoque fugacement un petit personnage de BD. Mais n’est-il pas lui-même le personnage d’une « tragic strip », d’un drame quotidien qu’écrivent les politiques de tout bord. Il est bleu, comme on est bleu de froid, de peur. Il est bleu parce qu’il pourrait être blanc, noir, jaune ou rouge. Il est bleu car peu importe sa couleur puisque dans le couloir des exilés il n’aura pas la bonne couleur. Il représente tous ceux qui un jour, fuient leur pays et qui veulent passer la frontière, victime des passeurs, de loi, de l’indifférence, de la peur. Le spectacle pose des questions fondamentales sur la peur de l’autre « Pourquoi celui qui bouge dérange-t-il plus que celui qui reste ? »
Est-ce la peur d’un nomadisme forcé comme une malédiction ? Le souvenir ancestral de l’exode.

Marcel Bozonnet interprète cet homme, nous devrions dire ces hommes. Il est afghan, juif, espagnol, arménien, français. Les textes sont soit enregistrés, soit dit sur le ton de la confidence, de la confession et touchent terriblement au cœur et résonnent dans des consciences parfois endormies. Au gré d’une phrase, fulgurante comme un trait, on relève la tête et on se surprend à penser pourquoi.

« Comme si le déplacé pouvait me prendre ma place et faire de moi, à mon tour, un déplacé. »

Marcel Bozonnet réalise une performance, courant d’un bout à l’autre, comme un animal traqué. Il traîne des pieds car il n’en peut plus de buter contre des grillages, des murs. Il se saisit d’une palette qu’il porte sur son dos comme un fardeau antique comme ces portefaix étiques qui portent des poids énormes. Parfois il s’arrête puisant des trésors dérisoires d’un vieux caddie. Cette course éperdue est une danse vers un ailleurs meilleur, un ailleurs loin de la guerre et de la faim. Une course terriblement d’actualité. Sa voix, sa diction qui donne à chaque mot une profondeur, une résonance intime. Ni juge, ni donneur de leçon, mais agitateur de conscience le texte nous renvoie une réalité que l’on aimerait oublier. Grâce au texte de Michel Agier et à la performance de Marcel Bozonnet, nous ne regarderons plus pareil les exilés d’aujourd’hui.

Le spectacle est en création à la Maison de la culture d’Amiens. Il apparaît comme une nécessité qu’il soit vu.

Le Couloir des Exiles
Texte de Michel Agier et Catherine Portevin librement adapté de l’essai Le couloir des exilés, Être étranger dans un monde commun de Michel Agier (édition Le Croquant, 2011). Mise en scène Marcel Bozonnet Avec Marcel Bozonnet et les voix de Nawel Ben Kraiem, Atiq Rahimi, Marcel Bozonnet
Du 18 au 22 mars (matinées et soirées) Maison de la Culture d’Amiens tél 03 22 97 79 79
www.maisondelaculture-amiens.com

Crédit photo : DR Pascal Gély

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