Du 12 mai au 30 juin 2025, lundi et mardi 21h, jeudi 19h, au Théâtre Essaïon Paris- Et du 5 juillet au 26 juillet 2025 à 12h10, relâche le mercredi, au Théâtre Transversal Avignon.
Le Mythe de Sisyphe d’après l’oeuvre de Camus par Pierre Martot.
Vivre n’est jamais avouer quelque défaite mais plutôt le bonheur d’être.

Dans ses Carnets, le 21 février 1941, Camus note : « Terminé Sisyphe. Les trois Absurdes sont achevés / Commencement de la liberté. » Il semble que ce cycle sur l’absurde (L’Etranger, Caligula, Le Mythe de Sisyphe) a dû coûter beaucoup de peine et d’efforts à Camus, un cycle qu’il envisage assez tôt. Ses auteurs de prédilection - Malraux, Proust, Melville, Dostoïevski, Kafka…- lui ont certes inspiré une réflexion sur l’ « absurdité », à laquelle il projette en 1936 de consacrer une « Oeuvre philosophique ».
Approcher ainsi Le Mythe de Sisyphe, c’est pour le lecteur qui veut bien tenter cette expérience, prendre conscience que, quelle que soit la rigueur philosophique de l’ouvrage, ou bien son manque de rigueur, Camus ne travaille pas les concepts fondamentaux d’absurde, d’espoir, de suicide sur le seul plan strictement philosophique, mais aussi sur celui de la langue, et du régime de la métaphore. De même que pour Camus, « Tout l’art de Kafka est d’obliger le lecteur à relire », parce qu’« il y a une double possibilité d’interprétation », Le Mythe de Sisyphe gagne à être lu ou relu en considérant la dimension métaphorique de l’essai comme une clé de lecture.
Camus ne se limite pas « à l’idée que rien n’a de sens » et qui promeut de fait une « littérature désespérée » : les deux propositions sont des « contradictions dans les termes ». Mais la vraie question est celle de la « vérité » de l’écrivain ou celle de « son soleil enfoui » à rechercher sans en fixer le mouvement, en recourant au rapport d’analogie qu’établit Camus entre Eschyle et lui-même : « Eschyle est souvent désespérant ; pourtant il rayonne et réchauffe. Au centre de son univers, ce n’est pas le maigre non-sens que nous trouvons, mais l’énigme, c’est-à-dire un sens qu’on découvre mal parce qu’il éblouit. » Et « l’artiste est comme le dieu de Delphes : il ne montre ni ne cache, il signifie. »(Marie-Louise Audin, notice sur Le Mythe de Sisyphe, Oeuvres complètes, La Pléiade, éditions Gallimard).
L’acteur Pierre Martot porte à la scène avec brio et humilité la délicatesse d’une démarche existentielle, à la fois pleine de bon sens et de contradictions à identifier et à dénouer jusqu’à en saisir la clarté évidente, la simplicité éloquente. L’être prend conscience de la vanité de son destin - porteur de jours qui le mènent irréversiblement à la mort -, jouant et ménageant le Temps auquel il appartient, pieds et mains liés. Une conscience advenue qui le mène à la révolte contre sa condition, élan forcené qui le hisse jusqu’à la liberté, transcendant les obstacles pour mieux prendre à pleines mains le goût de la vie. Que le narrateur parle de théâtre - le héros de Hamlet de Shakespeare ou Sigismond de La vie est un songe de Calderon…- ou de roman ou d’art, chacun peut y reconnaître ses failles et incertitudes que la création transmue en cette beauté de la vie portée en soi - lumière et salut.
Aussi Sisyphe, pleinement conscient de son être-là au monde ne peut être qu’ébloui de bonheur par cette opportunité paradoxale de voir passer son Temps, quand bien même la mort l’attend sans nul doute au bout du chemin.
Pierre Martot explicite dans la simplicité la clarté d’un cheminement existentiel, se posant les questions dans lesquelles chacun se reconnaît, embrassant l’espace, tantôt dans l’ombre, tantôt dans la lumière, arpentant sans fin cette terre et portant son fardeau - la vie accordée - sur un dos courbé qui ne renonce jamais, montant et escaladant la côte avec ferveur jusqu’à sa re-tombée.
L’interprète convainc le public de ce feu ardent porté - la vie commune à tous.
Le Mythe de Sisyphe, adaptation et interprétation de Pierre Martot (Compagnie Pierre Martot - Théâtre de Sisyphe), collaboration artistique et lumières Jean-Claude Fall. Du 12 mai au 30 juin 2025, lundi et mardi 21h, jeudi 19h, au Théâtre Essaïon Paris, 6 rue Pierre au Lard 75004- Paris. Du 5 juillet au 26 juillet 2025 à 12h10, relâche le mercredi, au Théâtre Transversal Avignon 10-12 rue d’Amphoux 84000- Avignon.
Crédit photo : Marie-Hélène Le Ny.



