Le Mois Molière fête sa vingt-neuvième édition à Versailles.

Un évènement incontournable qui fait vibrer toute une ville, et même plus !

Le Mois Molière fête sa vingt-neuvième édition à Versailles.

Au mois de juin, toute la ville de Versailles vibre, respire et pense théâtre, ce qui est dans la tradition au pied du château du grand roi qui aimait tant les Arts. François de Mazières, maire de Versailles et créateur de ce beau mois de juin est sur tous les fronts, il programme, présente les spectacles. Il est passionné, et donne de sa personne.

Cette nouvelle édition nous réserve bien des surprises, des découvertes. Ce rendez-vous est devenu un peu le tremplin pour des spectacles qui présentent en avant-première leur création. Certaines productions se frottent au public averti des versaillais avant leur marathon avignonnais. D’ailleurs depuis l’année dernière le Mois Molière est au Festival d’Avignon dans l’ancien Carmel présentant des spectacles qui se sont « fais les dents » à Versailles. La réussite de l’édition de 2024 a poussé les propriétaires du Petit Louvre, lieu bien connu des festivaliers, de demander au dynamique François de Maziéres, d’assurer sa programmation.

Lieu emblématique du Mois Molière La Grande Ecurie affiche complet à toutes les séances. Rien ne rebute un public curieux ni le soleil, ni la pluie, ni le froid. Il est bon de signaler que la réussite doit beaucoup à une équipe de bénévoles dirigée avec fermeté et sourire à Chantal Lefevre que François De Maziéres remercie avec en chœur antique toute l’assistance.

Le Mois Molière a ses « sociétaires » Nicolas Rigas, Ronan Rivière, Anthony Magnier, Xavier Lemaire, etc…Quelle affiche.

Début en trompette et sous menace de la pluie avec une création Le chant des lions de Julien Delpech et Alexandre Foulon. L’organisation rapatrie au Théâtre Montansier la représentation, bravo aux équipes.

Le Chant des Lions nous plonge dans une histoire d’amour, de fidélité, de chansons et d’une vibrante histoire de notre Histoire. Les protagonistes sont Joseph Kessel, Maurice Druon, son neveu et Germaine Sablon. Kessel est un personnage de roman, baroudeur, journaliste, aventurier, aviateur, séducteur. Il rencontre la troublante Germaine Sablon, grande chanteuse (injustement oubliée, tout comme son frère Jean Sablon). Il tombe sous le charme. La guerre éclate et les amoureux se retrouvent à Londres, ils ont rejoint le Général de Gaule. Maurice Druon, le neveu de Jeff est là aussi. Tous les trois vont être les artisans du superbe Chant des partisans, l’hymne de la résistante française. La mise en scène inventive de Charlotte Matzneff ne laisse aucun répit aux spectateurs pour suivre cette aventure palpitante.

Germaine Sablon, qui fut comédienne et une vraie vedette revit grâce à l’extraordinaire Vanessa Cailhol dont l’étendue du talent nous bluffe à chaque nouvelle interprétation.

Les Dactylos de Murray Schisgal, est un peu un « best » des cours de théâtre. La pièce fut révélée en France par l’adaptation de Laurent Terzieff, en 1963. Souvent reprise par différentes troupes.
Nous sommes dans un petit bureau de publicité à New York en 1964. Sylvia fait son travail avec sérieux et application. Ses journées sont ponctuées par des habitudes qui virent au Toc. Dans son univers un nouveau venu Paul, qui est là en attendant un autre poste. Sylvia est sa chef. Leur journée se passent entre remplir des fiches d’annonces incongrues et de petits rituels. Le temps passe, les Dactylos demeurent…. Les deux comédiens sont formidables, ils donnent vie à leurs personnages médiocres et attachants englués dans une vie sans envergure, sans avenir. Valentine Revel-Mouroz est méconnaissable en Sylvia, qui est une victime de sa famille. Jérôme est un Paul si touchant. Les Dactylos ont rarement trouvé des interprètes aussi inventifs. Il serait injuste de ne pas nommer Éric Chandelauze pour sa mise en scène impeccable.

Les Mesguich Père et fils font une escale avec l’excellente pièce de Jean-Claude Brisville Pascal et Descartes, dont on ne se lasse pas.

La Belle Hélène et les Garçons d’après Jacques Offenbach, adaptation Martin Loizillon, mise en scène Nicolas Rigas, le Théâtre Le Petit Monde.

Nicolas Rigas est un sociétaire à part entière du Mois Molière. Les trois représentations de cette création affichent complet, bien avant le début du Mois Molière.
Entre Offenbach et Nicolas Rigas, il y a une vraie connivence. Martin Loizillon a adapté La Belle Hélène. Meilhac et Halévy, les librettistes de La Belle Hélène, n’en voudront pas à Martin Loizillon pour cette version moderne, les deux compères avaient l’habitude de vilipender et le pouvoir du Second Empire et de la société. Ici, nous assistons au tournage chaotique et compliqué de la 127 saison de la série télévisée de La Belle Hélène et les Garçons. Un nouveau réalisateur est engagé pour tourner cette nouvelle saison, le jeune Spielberg (non il n’est pas de la famille de Steven, il est alsacien) ne sait pas dans quel guêpier il s’est fourré. La mise en scène est truffée de trouvailles. Dire que nous rions est peu dire. Comme toujours dans les productions du Théâtre Le Petit Monde, la distribution est excellente. Les chanteurs rompus aux plus grands opéras nous ravissent. Salvatore Ingoglia est un Ménélas étonnant et inattendu. Un spectacle d’une merveilleuse et décapante invention. A revoir sans restrictions…

Trésor National de Sedef Ecer, mise en scène Victoire Berger-Perrin

Hülya vit en France depuis plusieurs années, elle n’aime pas trop qu’on lui parle de son passé, de la Turquie, de sa mère. Son passé la rattrape par un coup de téléphone de sa mère, Esra est une star iconique en Turquie. Elle demande à sa fille d’écrire un discours pour ses funérailles. Des funérailles grandioses pour celle qui fut érigée en « Trésor National ».

La pièce de Sedef Ecer est passionnante. L’auteur Franco turque nous livre toujours des récits différents qui nous plongent en Turquie. Un pays dont l’histoire ne s’est pas arrêtée avec Atatürk. Avec Hülya, nous sommes propulsées dans la Turquie des années 1960 à 1980.
Un parcours sensible, avec une femme amoureuse pleine de contradictions, de talent. Les personnages sont plongés dans une histoire qui les dépassent, ils sont à la fois détestables, courageux, étonnants. Les deux femmes se retrouvent pour régler leurs comptes et dire leur trop plein d’amour.

Nous avons assisté à une représentation exceptionnelle, Julie Cavanna dont le talent n’est plus à prouver, a jouée assisse étant blessée. Ses partenaires nous ont fait oublié cet handicap. Quelle joie de revoir Sinan Bertrand, sa composition est tellement intelligente. Très belle mise en scène de Victoire Berger-Perrin qui a su donner à ce beau texte toute sa fibre romanesque.

Cléopâtre La Reine Louve

Création d’Éric Bouvron
La reine d’Egypte est un personnage fabuleux voire mythique.
Cette jeune princesse qui a dû lutter très tôt pour rester en vie. D’une intelligence hors du commun, une lettrée, ayant une conscience politique et un charme fou. Reine, elle fera tout pour le destin de son pays. 8 comédiens et 3 musiciens jouent avec une belle détermination le texte d’Éric Bouvron et Benjamin Penamaria. Si nous reconnaissons bien le talent du metteur en scène Éric Bouvron pour les belles scènes de groupe, la saisissante mort de César, ou le camp de guerre, en sont l’illustration, nous sommes plus réservés sur le texte et la musique.
Mais le spectacle est acclamé par le public, et cela est le principal.

Un soupçon d’amitié

D’après « Un tout dernier Tango » de Philippe Froget, mise en scène Chloé Froget
Décembre 1961, il fait très chaud ; nous sommes en Argentine. Daniella et Louis sont français. Ce soir, leur meilleur ami vient diner avec eux, Joachim leur a permis de vite s’adapter. Il est généreux, charmant drôle et les trois amis aiment se retrouver pour bien manger et parler de leur vie. Un jour, Simon vient les voir. Sous sa politesse, avec ses questions, il les dérange dans leur confort. Il a des révélations à leur faire sur leur ami. Cette visite aussi intrusive que dérangeante va bouleverser le couple. Simon est très habile, il fait vaciller les convictions de Daniella et Louis. Qui est véritablement Joachim ?

Est-il vraiment un nazi réfugié en Argentine ?

Imprudemment ils ont donné leur parole à Simon, ne rien dire à Joachim, sur son enquête. Fidélité à leur ami, oui peut-être, mais les paroles de Simon sont comme un ver qui ronge cette belle pomme d’amour et d’amitié qui les unissait. Le soupçon sur Joachim les étouffe.
Un huis clos admirablement bien mené, qui nous pousse à nous interroger sur nous-même.
Un soupçon d’Amitié est l’un des plus beaux spectacles du Mois Molière.

Madeleine Béjart, une femme libre

De Pierre-Olivier Scotto, mise en scène Xavier Lemaire.

Isabelle Andréani et Xavier Lemaire sont également des Sociétaires à part entière du Mois Molière.
Madeleine Béjart sait que ses jours sont comptés. Elle se remémore sa vie. Derrière tout Grand Homme, il y a une femme. Sans elle, Molière ne serait certainement pas le grand patron du théâtre français.

Madeleine est une fille instruite, ce qui est rare à l’époque. Elle sait lire, écrire. Très tôt, elle est happée par le théâtre. Elle est une comédienne réputée, son rire, son allant, sa façon de se mouvoir sur scène selon qu’elle interprète une reine ou une paysanne plaisent au public et aux auteurs. Madeleine est touchée par le jeune Jean-Baptiste qui aime tant le théâtre. Elle lui apprend les rouages, les trucs du métier. Ils connaissent le succès, l’appui des grands puis leur désaffection, mais aussi les dettes, la ruine. Leur périple dans toute la France avant de revenir à Paris et d’avoir la protection du Roy. Elle est son inspiratrice, sa maitresse, son professeur de théâtre. Elle lui présentera ses amis auteurs. Madeleine a eu une vie avant Molière et elle a eu une petite fille qui a été élevé au couvent grâce à la pension du père de la petite Armande.

Madeleine voit avec rage sa fille et Molière tomber amoureux. Douleur viscérale, désespoir d’une amante répudiée, d’une comédienne qui doit rendre ses rôles pour une plus jeune.

Nous sommes dans une chambre chargée de souvenirs, la malle à costume, le buste du Grand Homme, ses livres. Au fur et à mesure du récit Madeleine quitte petit à petit ses atours, sa tournure, sa belle robe, ses artifices de perruque. Elle se prépare à sa dernière tournée. Elle s’est battue toute sa vie pour être une femme libre.

Un beau texte qui rend hommage à une femme hors du commun qui fut la cheville ouvrière de l’Illustre Théâtre. Pierre Olivier Scotto donne vie à celle que l’on a oublié un peu. Pour interpréter une grande comédienne, il fallait une merveilleuse comédienne Isabelle Andréani insuffle son immense talent à son personnage. Elle passe du rire aux larmes avec une palette de sentiments sensibles. La mise en scène de Xavier Lemaire est un écrin d’intelligence pour ce spectacle ovationné de longues minutes par un public happé par l’émotion.

Nous avons aimé aussi Le Cabaret Mythique et sa vision très personnelle et haute en couleurs de l’Olympe, Le Dindon de Feydeau mise en scène allégrement par Vincent Caire, Le Village de L’Allemand d’après le roman de Boualem Sansal. Les Nuits Blanches, la dernière création de Ronan Rivière. Un beau spectacle comme toujours avec ce grand metteur en scène, intelligent et inspiré.

La plupart des spectacles sera au Festival d’Avignon.

Cette vingt-neuvième Edition est un grand succès tant pour la qualité artistique que pour l’affluence du public, que ce soit au Conservatoire, dans la cour de la Grande Ecurie, au Potager du Roi sans oublier les spectacles de rue.

Rendez-vous est pris pour la trentième édition.

Le Mois Molière à Versailles www.moismoliere.com

Illustration : Le chant des Lions crédit Fabienne Rappeneau

A propos de l'auteur
Marie-Laure Atinault
Marie-Laure Atinault

Le début de sa vie fut compliqué ! Son vrai nom est Cosette, et son enfance ne fut pas facile ! Les Thénardier ne lui firent grâce de rien, théâtre, cinéma, musée, château. Un dur apprentissage. Une fois libérée à la majorité, elle se consacra...

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