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Critiques / Opéra & Classique

Le Domino noir de Daniel-François-Esprit Auber

par Caroline Alexander

Musical et hilarant

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Une rue et une station de métro à proximité du Palais Garnier en immortalisent le nom. Un nom de musicien transformé en nom pour piétons. Auber (1782-1871) fut pourtant l’un des compositeurs les plus joués de son vivant et son Domino noir comptabilisa 1195 représentations après sa création en 1837 à l’Opéra Comique.

Où il revient enfin après une bien longue absence qu’Olivier Mantei, le directeur maison a voulu interrompre. A juste raison. L’œuvre est savoureuse comme une friandise et pétillante comme un mousseux grand cru. Après une série de représentations à l’Opéra royal de Liège – coproducteur - le voilà sur le plateau de la sa maison-mère. En pleine forme, drôle et musical étalant ses réjouissances dans la fosse et sur la scène.

Maîtres d’œuvre de cette résurrection-réussite, Patrick Davin, dirigeant en sourire et souplesse les instrumentistes de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et, pour la mise en scène, Christian Hecq, sociétaire de la Comédie Française et la plasticienne Valérie Lesort, duettistes inattendus d’une réalisation débordante de trouvailles et d’astuces.

Leur domino n’est donc pas le jeton d’un jeu de société mais la longue pèlerine à capuche que portaient les moines au moyen-âge. Pour Auber, elle dissimule les traits d’une belle inconnue qui au cours d’un bal masqué allume la flamme d’un esprit romantique en errance amoureuse.

Laurent Peduzzi leur a confectionné des décors épousant joyeusement leurs délires. Une horloge géante au premier acte, calquée sur celle du Musée d’Orsay, dévoile en transparence les travestis d’un bal masqué, un arbre de Noël géant lui succède côté jardin pour que se jouent les parties de cache-cache, dans son plat, prêt à servir, un cochon rose prend vie donne son avis, puis, au final des statuettes coquines s’animent dans la salle blême d’un couvent. Les costumes rivalisent de saugrenu et d’inattendu.

Le burlesque est au rendez-vous avec ses échappées de poésie en dérision.
Les chanteurs jouent la comédie en vaudevillistes, la trépidante direction d’acteur combine à merveille le parlé et le chanté, marques distinctives de l’opéra comique.
Irrésistible de charme, d’à-propos, de présence Anne-Catherine Gillet fait fuser les aigus rieurs de son timbre de soprano, prenant un plaisir visible et audible à contrefaire sa voix pour lui faire jouer le rôle d’une vieille abbesse.

Reine incontestable de la production, elle réussit même à ne pas éclipser ses partenaires, Cyrille Dubois, ténor amoureux tout en légèreté de voix et de jeu, Marie Lenormand, servante lascive aux rondeurs absolues de costume et de voix. Antoinette Dennefeld, François Rougier complètent une distribution en parfait équilibre entre les mots et les notes. La comédienne Sylvia Bergé, sociétaire de la maison de Molière comme son co-metteur en scène, joue et chante fait la méchante abbesse avec délectation.

La soirée passe comme un éclat de rire. L’œil et l’oreille se régalent. Entre rires et sourires, le temps n’a plus de prise.

Le domino noir de Daniel François-Esprit Auber, livret d’Eugène Scribe, orchestre Philharmonique de Radio France direction Patrick Davin, chœur Accentus, mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, décors Laurent Peduzzi, costumes Vanessa Sannino, lumières Christian Pinaud, chorégraphie Ghislein Lefever. Avec Anne-Catherine Gillet, Cyrille Dubois, Antoinette Dennefeld, Marie Lenormand, François Rougier, Laurent Kubla, Sylvia Bergé, Laurent Montel, Valérie Rio, Olivier Déjean .

Opéra Comique, les 26, 28, 30 mars, 1er, 3 & 5 avril.

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

Photos Vincent Pontet

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