La mort de Jean-Louis Bauer

Un rire si doux

La mort de Jean-Louis Bauer

L’auteur et acteur Jean-Louis Bauer est mort à Paris le 30 septembre. Il était né dans la même ville en 1952. C’était l’une des personnalités les plus attachantes et les plus bienveillantes du théâtre français. Ce qui n’exclut pas le talent : on lui doit une cinquantaine de pièces, jouées dans les lieux les plus connus comme les plus discrets. Il fut aussi un professeur très précieux, à l’Ensatt autrefois comme au Conservatoire de la Ville de Paris ces dernières années. Au départ, il s’orienta vers l’ethnologie mais il bifurqua en entrant à l’école de la rue Blanche. Désormais, il ne se consacrerait plus qu’au théâtre ainsi qu’au cinéma et à la télévision (surtout comme comédien pour ces deux derniers arts).
Sa vie d’auteur peut être contée comme une succession de rencontres. Il disait qu’il écrivait parce qu’on ne lui donnait pas de rôles, mais il joua peu ses propres textes (de ce point de vue-là Dix Jours ensemble qu’il interpréta avec sa femme Bernadette Le Saché à la Madeleine en 2006 fut une parenthèse et un événement). Tout commença vraiment avec le grand Roger Blin, le metteur en scène de Beckett et Genet, qui crut en ce jeune inconnu, lui donna confiance et monta au TEP en 1975 M’appelle Isabelle Landrenier. Ensuite, s’ouvrirent les portes du Petit-Odéon qui dépendait de la Comédie-Française. Jean-Luc Boutté y monta Edith Détresses, Yves Gasc mit en scène L’Homme assis que jouait Laurent Terzieff…
Peu après, c’est Antoine Campo qui se passionne pour ses textes et donne un vrai retentissement à Le Novice et la Vertu. Pierre Santini joue avec succès sa pièce – fort drôle - sur la maladie d’Alzheimer, Page 27. Plus tard il obtient un triomphe avec Le Roman d’un trader que monte Daniel Benoin et qu’interprète Lorànt Deutsch : la pièce, qui s’inspire de l’affaire Kerviel, sera même retransmise à la télévision et fera l’objet d’un film au cinéma réalisé par Christophe Barratier.
Bauer, qui se situait jusqu’alors dans les périphéries de l’absurde, se rapproche de l’actualité et de la réalité. Il prend Nicolas Sarkozy comme cible dans La Vie de château (en collaboration avec Michel Couvelard) et écrit une pièce sur l’affaire Volkswagen (les détecteurs de pollution truqués). Mais ces deux pièces ne trouvent pas preneur. Heureusement, Philippe Adrien se met à collaborer avec lui, jugeant qu’il a en Bauer un « alter ego ». Ils font ensemble une série de pièces corrosives sur DSK (L’Affaire) et d’autres phénomènes de société (La Grande Nouvelle, Bug !). Enfin, Bauer écrit du côté du théâtre scientifique (Le Paradoxe des jumeaux) à l’instigation d’Elisabeth Bouchaud, directrice du théâtre de la Reine blanche.
Peu de domaines ont échappé à Jean-Louis Bauer, qui a écrit pour la radio, le cinéma, la télévision, le jeune public, le théâtre musical (souvent pour Piotr Moss). Il avait un regard un peu psychanalytique sur l’être humain, dont il aimait débusquer les failles avec son humour si agile. Il avait joué Arlequin et il y avait de l’arlequin jusque dans son écriture, qui préférait le rire à la tragédie, même quand il s’aventurait dans l’étrange et le fantastique. Dans la vie, il se montrait sans cesse disponible envers les jeunes acteurs et les jeunes auteurs. Cette tendresse ne le quittait pas même quand il allait jusqu’au pamphlet et à la satire. Tout en pensant à son épouse Bernadette Le Saché et à sa famille, nous saluons ce personnage si doué dont l’âme et l’œuvre révélaient un altruisme sans éclipses. Il avait un rire si doux…

Ses pièces : Le Paradoxe des jumeaux (2017) Bug ! (2012) ; L’Affaire (2012) ; Adoss (2011) ; La Grande Nouvelle (2010) ; Le prince de Clèves(2009) ; Le roman d’un trader (2008 - 2009) ; Une vie de château (2008) ; Dix jours ensemble (2006) ; Les Bienvenus (2001) ; Rien ne sera plus jamais comme avant (2001) ; De L’amour (2001) ; Cirkopéra (2000 - 2001) ; Petit Coq et Le Maïs bleu (1999) ; La Mémoire de l’eau (1997) ; La Novice et la vertu (1997) ; Interdit axu moins de 16 ans (1996) ; Quel farceur, mon neveu : L’Ascenseur (1995) ; Quel farceur mon neveu : La Chambre à coucher (1995) ; Quel farceur mon neveu : Le Garde-manger (1995) ; Quel farceur mon neveu : La Salle de bains (1995) ; Quel farceur mon neveu : La Cuisine (1995) ; Quel Farceur mon neveu : Le Salon(1995) ; La Vie continue (1994) ; La Mise au monstre d’un nouveau monde (1994) ; Page 27 (1994) ; Pourquoi aujourd’hui ? (1993) ; Jules et Lise (1992) ; Mazel Tov (1992) ; L’Homme assis (1990) ; Tabac(1990) ; Puzzle (1989) ; Gérard Gibraltar (1989) ; L’Amour en godasses (1988) ; La Diva d’Auschwitz (1988) ; Le Jour où tu t’en vas (1987) ; L’Amour, les murs (1986) ; Macadam Quichotte (1985) ; Costume Raccord (1985) ; Le Secret de Télémax (1984) ; La Dynastie des malpropres (1981) ; Jeanne et la voie lactée (1981) ; Mythes et Termites de Jeanne Poimaure (1977) ; Le Minotaure, veau des villes en trois chants (1977) ; Edith Détresses (1976) ; Le Diable, Isabelle et le paysan ou Comment gruger le Crédit Agricole (1976) ; M’appelle Isabelle Langrenier (1975) ; Jenifer ; Une Journée d’enfer. Ces textes ont paru chez de nombreux éditeurs, dont L’Avant-Scène Théâtre.

Photo DR.

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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2 Messages

  • La mort de Jean-Louis Bauer 3 octobre 12:07, par Rebecca B.

    Merci pour cet article !
    Jean Louis étais un homme d’une grande gentillesse et d’une bienveillance inégalable !

    Il avait l’écriture en lui et, je pense, il n’aurait pas pu faire autre chose de sa vie que d’écrire des pièces de théâtre / scénario.
    En espérant que ses pièces lui survivent, surtout La chair et l’algorithme, que j’avais tant aimé !

    Une grande pensée à Bernadette, ainsi qu’à ses trois enfants

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  • La mort de Jean-Louis Bauer 4 octobre 18:10, par Antoine Campo

    Merci, cher Gilles Costaz, pour ce vibrant hommage à Jean-Louis Bauer ! Un tendre ami, une plume singulière et un merveilleux compagnon de théâtre s’en vont, sa mémoire reste en nous. Antoine Campo

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