La diversité est-elle...? de Amine Adjina, Gustave Akakpo et Métie Navajo

Tout être porte naturellement en soi le divers

La diversité est-elle...? de Amine Adjina, Gustave Akakpo et Métie Navajo

Sous le patronage du ministère de la Culture, de la Francophonie et de la Diversité, trois écrivains de théâtre, les actifs Amine Adjina, Gustave Akakpo et Métie Navajo, performent leur conférence : La diversité est-elle une variable d’ajustement pour un nouveau langage théâtral non genré multiple et unitaire ? Le titre contient tout. La dérision, la complexité et la légitimité d’une question dans une société où la norme est toujours l’homme blanc hétérosexuel.

Amine Adjina, Métie Navajo et Gustave Akakpo se sont rencontrés, lors d’un Festival dédié 
aux écritures contemporaines, où ils avaient été invités pour constituer une « brigade d’auteurs » chargée de parler de la diversité. Alors qu’ils devaient écrire ensemble un texte, ils ont commencé à imaginer cette conférence, amusés d’être réunis sur cette question : pour parler de diversité, il fallait donc en être issu, ce que chacun est apparemment.

Goût pour l’utilisation de l’humour et habitude de déplacer les situations pour en révéler l’absurdité : dans ce spectacle-conférence, Gustave Akakpo, auteur associé au TDB, Amine Adjina et Métie Navajo animent et participent au concours qui doit élire un représentant de la diversité, chargé de transformer le paysage culturel.

Avec clins d’oeil et recul, iels questionnent ce mot galvaudé - la diversité -, dénouent les clichés, les représentations politiques et artistiques du divers. Iels dénoncent les discriminations subies notamment dans le milieu du spectacle, car même quand on joue, c’est pour jouer l’autre. Iels oscillent entre sérieux et décalé, vrai et faux, projections internes et externes, la fiction et la réalité. L’écriture inclusive est évidemment un choix de l’équipe.

Gustave Akakpo est né dans un petit village du Togo dans une famille de onze enfants dont le père décède : il fait des études à l’Université de Lomé qui connaît maintes grèves dans l’opposition aux Militaires - maîtrise de Lettres Modernes, enseignement, puis écriture, en cumulant les petits boulots… Membre actif de la société civile, il porte un regard vigilant de veilleur sur la cité. Il fuit alors la guerre de ce « petit bout de terre » qu’est le Togo et via l’obtention d’un visa, il s’exile ici.

Si l’on est Amine Adjina, il lui faut à tout prix défendre l’image fabriquée d’un jeune musulman dont les parents algériens auraient fui le terrorisme islamique de leur pays et dont le fils aurait grandi en Seine-Saint-Denis, un rien délinquant et fort éloigné de la littérature, soit le cliché obligé d’un destin à admirer. Or, Amine a grandi dans le XVIIIè ou XIXè arrondissement, a fait de solides études de lettres, puis l’école de théâtre, pour enfin devenir auteur, metteur en scène et comédien.

Quant à Métie Navajo, née à Suresnes, elle est issue de métissages variés, entre Indiens d’Amérique et Malgaches, entre autres, disposant de la double nationalité, américaine et française. Après l’Agrégation de Lettres, quelques années de vagabondage libre, elle se consacre à l’enseignement des lettres et du théâtre dans les zones-pas-faciles de banlieue parisienne où elle se fait une idée concrète de la dite “mixité sociale“. A présent, elle écrit, liée à l’aventure collective.

« Nous voulons un destin. Pas une classique histoire de petit blanc, excusez-moi encore de parler ainsi. Nous avons besoin de nous dire, voilà, il s’en est sorti ! C’est un modèle de l’intégration à la française . » - Désolé de ne pas être cet homme-là, répond Amine, qui a un parcours distinct, bien à lui.

Soit faire apparaître le “vrai” visage de la société française, qui est divers, comme le vivant est divers. La diversité est là ; or sa reconnaissance politique, sociale et culturelle est un long chemin semé d’embûches.

Les trois ambassadeurs écrivains sont chargés de représenter cette diversité dans le milieu théâtral : le désir de jouer sur ce qu’ils représentent aux yeux des autres, trois visages rassurants de la diversité dans le théâtre français, plus que trois visages d’écrivains…

Dans une démarche participative, un questionnaire a été en amont soumis au public. Lors de la conférence sera élu·e un ou une représentant·e de la diversité, chargé·e de mettre en place les outils de transformation du paysage culturel français. L’écriture inclusive est un choix de l’équipe.

« Quand commence la représentation ? Vous sentez-vous représentés ? Par qui ? Dans quels lieux avez-vous l’impression de faire communauté ? Selon vous la langue a-t-elle un sexe, une religion, une couleur ? Et la vôtre ? »

Humour et dérision, la prise de parole sur scène se fait en nom et corps des locuteurs, et ces corps singuliers sur le plateau racontent autant que les mots. Le public donnera sa voix à celui des trois qui incarne le mieux la diversité - dérision de la démocratie représentative en Europe et en France : comment pourrait-on élire élire le meilleur représentant du divers ?

Les trois candidats contestent le principe de compétition- sélection au cœur de la démarche démocratique majoritairement adoptée. Le mot de « diversité » est souvent un piège. Être français d’origine étrangère ou étranger est une expérience en soi - couleur de peau, distinctions religieuses, sociales et culturelles-, et être ou avoir l’air étranger est une épreuve ardue de la minorité.

Dans le théâtre, on n’a jamais tant cherché d’acteurs noirs et de jeunes actrices d’origine maghrébine pour évoquer les banlieues, l’auteur africain - celui d’un continent non d’un pays - francophone « pour parler depuis l’endroit, forcément plus juste, des migrants... »

Aujourd’hui, des dispositifs ont été mis en place pour permettre à des personnes issues de la diversité des minorités d’accéder à la représentation pour un visage multicolore et vendeur de la société française ; on se dédouane ainsi de discriminations sociales et raciales persistantes.

Il ne faudrait pas troquer une assignation pour une autre, une assignation à l’invisibilité par une assignation à une place définie et close. Ne pas s’en tenir à être la figure de “l’autre”, “l’étranger” dont la société a besoin pour se regarder et se construire, celle normée de l’homme blanc et hétérosexuel car tous n’ont jamais tenu à avoir le monopole de l’altérité.

Tous ne sont que des corps qui interrogent à vie et sans fin l’être existentiel. Gustave Akakpo cite un petit poème, Miroir, où l’on regrette un temps ancien où tous étaient différents, alors que de nos jours on voudrait pouvoir ne plus observer une ride sur le lac, comme si l’homme était effacé de la terre.

Entre philosophie et facétie, le spectacle-conférence des trois écrivains porte la saveur d’un plaisir préparatoire à de belles promesses.

La Diversité est-elle une variable d’ajustement pour un nouveau langage théâtral non-genré, multiple et unitaire ?, conception, texte et jeu de Amine Adijna, Gustave Akakpo, auteur associé au TDB, et Métie Navajo. Collaboration artistique Emilie Prévosteau, création lumière Bruno Brinas, création sonore Fabien Aléa Nicol, scénographie et costumes, Cécile Trémolières. Festival Théâtre en mai à Dijon, du 19 au 29 mai 2022 - Théâtre Dijon Bourgogne, CDN. Du 26 au 28 mai 2022 au festival Théâtre en Mai, Dijon - Théâtre Dijon Bourgogne - CDN. (Côte d’Or). Résa : 03 80 30 12 12 TDB-CDN.COM . A partir de 14 ans. Le 11 juin 2022 à La Halle aux Grains, Scène nationale de Blois (Loir-et-Cher). Du 7 au 29 juillet 2022 (Festival d’Avignon Off) au 11 - Avignon (Vaucluse), 11 boulevard Raspail. Tél : 04 84 51 20 10 contact@11avignon.com
Crédit photo : Géraldine Aresteanu

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Véronique Hotte

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