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La Disparition du paysage de Jean-Philippe Toussaint

par Michel Voiturier

Une solitude d’après l’enfer

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Un homme seul. Dans un fauteuil roulant derrière une fenêtre qui laisse voir la mer par-delà les toits. Il cherche à comprendre ce qui lui est arrivé.

Sa réclusion en appartement dure depuis des mois. Son aide-soignante ne parle pas sa langue. Les yeux fixés sur le paysage d’Ostende perçu depuis le 6e étage de l’immeuble où il est cantonné, il tente de retrouver le souvenir de ce qui l’a contraint à se trouver là, immobile, immobilisé.

Il conserve seulement la possibilité du regard. Tandis qu’il s’efforce de voir clair dans ses souvenirs, symboliquement, un mur s’élève jour après jour rendant la clarté de l’extérieur de plus en plus ténue. Englué dans un présent qui ne donne sens qu’à « l’instant visible », il s’efforce de retrouver une « scène en devenir  » de son existence antérieure.

On songe inévitablement à la fameuse madeleine de Proust avec sa minutieuse description du fonctionnement erratique de la mémoire lorsqu’elle s’aventure dans les méandres du mental où « se joue quelque chose d’irréversible ». Des bribes de passé surgissent, précises et incertaines.

Celles d’un Bruxelles en proie à un attentat terroriste. Des actions, des comportements, des lieux fragmentaires resurgissent. La solitude se fait de plus en plus dense. L’incertitude se cristallise sur l’idée d’une vie absente, terminée, installée au centre d’un tombeau justifiant l’enfermement, l’occultation de plus en plus permanente.

Toussaint explore ici la difficulté essentielle d’une victime d’un drame qui l’a dépassé, dépossédé de sa mémoire. Il développe en filigrane la perception mentale d’un être en état de coma, de celui que visitent ses intimes en se demandant ce qu’il perçoit encore, ce qu’il détient encore ou non de possibilité de choix entre existence et disparition sans obtenir le moindre signe de sa part.

Ce texte bref que l’écrivain a offert au comédien Denis Podalydès amène les publics d’un théâtre à passer de l’autre côté du visible d’un fait divers tragique et de percevoir les « images mentales angoissantes  » engendrées par une réalité impensable mais réellement vécue. L’enfermement d’un enfer.

Créé par Denis Podalydès, mis en scène par Aurélien Bory le 12 janvier 2021

En tournée :
23-25 mars 2022 La Coursive La Rochelle
08 avril Théâtre Chelles
19 avril Théâtre Luxembourg Meaux
11-12 mai Bonlieu Annecy

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