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Critiques / Opéra & Classique

La Damnation de Faust d’Hector Berlioz

par Jaime Estapà i Argemí

UNe nuit de délire romantique

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Angers-Nantes Opéra, associé à l’Opéra de Rennes et à l’Orchestre de Bretagne à réussi à relever le défi que supposait la programmation de La Damnation de Faust, œuvre complexe qui demande une exécution sans faille, grâce à la qualité des solistes, mais aussi au travail de préparation acharné des chœurs de Nantes et de Rennes, à la solidité de l’Orchestre de Bretagne, et à la capacité de synthèse de son directeur musical.

Hector Berlioz (1803-1869) a réalisé une première version de l’œuvre à la fin des années 1820. Il a adapté une traduction de Gérard de Nerval aujourd’hui bien désuète, du Faust de Wolfgang von Goethe, dont la lecture lui avait causé une « étrange et profonde impression », ainsi qu’il l’a déclaré dans ses mémoires. Ce premier projet remanié 17 ans plus tard sera porté à son terme en 1846. L’œuvre, qualifiée de « légende dramatique » a été présentée à l’Opéra-Comique de Paris en version de concert sous la direction du compositeur, les 6 et 20 décembre 1846 sans aucun succès. Hector Berlioz, ruiné par cet échec, a présenté de nouveau la pièce l’année suivante à Moscou, à Saint Petersbourg et à Berlin, puis en 1848 à Londres.

La Damnation de Faust triompha seulement en 1877, huit ans après la mort du compositeur, au Théâtre du Châtelet à Paris grâce à l’initiative d’Edouard Colonne en particulier. Elle sera mise en scène pour la première fois à Monte-Carlo en 1893 et, à partir de ce moment là, elle connaîtra une double carrière prestigieuse, en version scénique et en version de concert.

L’orchestre de Bretagne ajoute un succès à son palmarès

Lors de la première de cette version de concert à Nantes le 22 janvier 2010 , l’estonien Olari Elts a fait briller l’Orchestre de Bretagne de mille éclats pendant les parties symphoniques de la pièce : la marche hongroise, le ballet des sylphes et le menuet des follets. Il a dirigé par ailleurs l’orchestre, les chœurs et les solistes d’une main de fer dans un gant de velours et très attentif au moindre détail de la partition, il n’a laissé aucune place à l’improvisation. Il a porté son attention en particulier aux pupitres des bois et des métaux dont il a tiré un grand nombre d’effets très appréciés du public à l’heure des applaudissements.

Le chœur, personnage fondamental de l’oeuvre

Le peuple - le chœur - est le personnage fondamental de l’histoire, que le compositeur a traité avec grand soin car il est la toile de fond, omniprésente, sans laquelle l’histoire n’aurait pu exister. L’espace de cette nuit, Xavier Ribes a fondu en un seul, les chœurs de Rennes et de Nantes, mêlant la minutie de l’orfèvre, à la détermination du matador et à l’endurance du coureur de fond. Chaque intervention des choristes, située sur un plan sonore bien détaché et complémentaire cependant de ceux de l’orchestre et des solistes, aura dévoilé une nuance originale, différente, issue de la longue liste d’inventions aussi inspirées que périlleuses, sorties de la plume féconde d’Hector Berlioz qui font de La Damnation de Faust l’œuvre de tous les dangers pour les masses chorales. C’est sans doute pour cela qu’elle était celle que le compositeur préférait parmi toutes les siennes.

Une palette de grandes voix

La présence de Jean-Luc Chaignaud en Méphistophélès a apporté sérénité et confiance à ses partenaires ; sa voix, qui n’a pas cessé de s’élargir, et sa maîtrise de la scène – dont la « version de concert » aurait pu le dispenser- ont été autant de points forts du succès de la nuit nantaise. Engagé à fond dans le personnage, sombre, cynique, machiavélique (si on ose dire) il a réussi cependant à prendre le recul nécessaire lors de son intervention légère et comique au sujet de la « puce gentille », sans perdre aucunement de son pouvoir maléfique ni son ascendant sur le couple protagoniste. Le canadien Luc Robert –Faust - a réussi à maintenir l’excellente qualité de sa diction tout au long de son rôle. Il a exprimé avec une égale conviction, de l’exaltation amoureuse à la tentation du suicide, les états d’âme du célèbre Docteur, catalogue complet des sentiments des héros de la période romantique.

C’est cependant lors de sa rencontre avec Marguerite qu’il a extériorisé, au comble de l’émotion, ses meilleures qualités de chanteur. Les deux interventions majeures de Anaïk Morel – Marguerite -, qui a tenu à chanter sans partition, ont été quelque peu déséquilibrées. En effet elle s’est montrée assez froide et même hésitante lors de sa première chanson (« Autrefois le roi de Thulé ») sans doute à cause de sa jeunesse, de son entrée très tardive sur scène et du sujet de la chanson, totalement extérieur à l’histoire principale. La chaleur et l’assurance de sa prestation sont arrivées cependant très vite avec le duo d’amour et surtout lors de son interprétation sensible, passionnée, sensuelle aussi de « D’amour ardente flamme » qui a fait vibrer la salle d’émotion et d’admiration. La divertissante chanson de Brander – Eric Martin-Bonnet très conscient de son apport - sur le « rat dans la cuisine » a été un moment délicieux qui a permis d’oublier pour un instant la gravité et la noirceur des sujets traités.

La Damnation de Faust , « légende dramatique » en quatre parties, livret d’Hector Berlioz et Almire Gandonnière d’après la traduction du « Faust » de Johan Wolfgang von Goethe par Gérard de Nerval. Coproduction Angers- Nantes Opéra, Opéra de Rennes, Orchestre de Bretagne. Direction musicale Olari Elts. Chef de Chœur Xavier Ribes. Chanteurs : Luc Robert, Jean-Luc Chaignaud, Anaïk Morel, Eric Martin-Bonnet.

Les 22, 24 et 26 au Théâtre Graslin à Nantes, le 2 février au Grand Théâtre à Lorient, les 4 et 6 février au Grand Théâtre d’Angers et les 9, 11 et 13 février au Théâtre National de Bretagne à Rennes.

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