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Critiques / Opéra & Classique

LES HUGUENOTS de Giacomo MEYERBEER

par Charles Rosenbaum

La Gloire du Bel Canto français

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C’est un coup de force sanglant qui a amené à la Nuit de la saint Barthélemy, le 24 août 1572. C’est un coup de force remarquablement réussi, celui là, qui a permis à l’Opéra Royal de Wallonie de proposer un pari impossible : la production de Les Huguenots, de Giacomo Meyerbeer (1794-1864). Meyerbeer avait coutume de prendre ses eaux à Spa, fameuse station thermale proche de Liège. L’Opéra Royal lui a ainsi rendu un vibrant hommage en offrant un ouvrage que l’Opéra de Paris a trop longtemps délaissé.
On ne peut imaginer le succès des Huguenots. Triomphe plutôt que succès, puisque depuis la création jusqu’à fin du XIXème siècle, l’Opéra de Meyerbeer peut figurer dans le livre Guiness des Records, avec plus de 1 000 représentations. Sergio Segalini, intendant de la Fenice de Venise et critique musical de renom, voue une grande admiration, sinon de la vénération à Meyerbeer et à ses Huguenots. C’est parce que cet ouvrage, écrit-il, « a servi de base à l’opéra romantique du XIXème siècle et c’est le meilleur « manuel lyrique » auquel on se réfère sans cesse ».

Meyerbeer, dont le nom exact était Jakob Liebmann Beer, était sans doute le plus indiqué pour composer cet opéra sur un livret de Scribe d’après la Chronique de la vie de Charles IX, de Prosper Mérimée. Malgré ces cautions intellectuelles, les faits historiques sont allègrement contournés. Il n’en demeure pas moins que d’après les souvenirs des Guerres de Religions et de la saint Barthélemy, au milieu du XIXème siècle, les « papistes » étaient toujours aussi mal disposés envers les « réformés » et réciproquement. On peut aisément penser que Meyerbeer était le seul qui pouvait écrire sur ce sujet, car il était juif.

A cette histoire politico-religieuse, ourdie par la diabolique Marguerite de Valois et le roi Charles IX, s’ajoute une intrigue amoureuse, façon Roméo et Juliette. Le scénario qui plaisait tant au XIXème, était d’une complexité dramatique formidable, les moyens proposés par le metteur en scène français Robert Fortune ont été considérables. Les effets spéciaux, les mouvements de foule ont été très applaudis. Et son grand mérite a été de ramener l’œuvre à mois de cinq heures.
Meyerbeer était un merveilleux découvreur de talents , il avait le génie des techniques vocales et connaissait parfaitement les timbres. C’est à lui qu’on doit une voix nouvelle, de sopranos dramatiques, aux accents très graves, c’était la « soprano Falcon » , du nom de Cornelie Falcon qui inaugura le rôle de Valentine, la catholique amoureuse de Raoul de Nangis. A Liège, ce rôle était tenu par le ténor français Gilles Ragon qui s’est bien acquitté d’un rôle très lourd. Mais qui sait comment aurait chanté le fameux Nourrit, ténor des ténors de l’époque ?

Pour les Huguenots, Meyerbeer a su utiliser les trois grandes voix de sopranos. Annick Massis (Marguerite de Valois) est belle, altière. Elle est une colorature au timbre étincelant mais qui ne fait pas oublier la merveilleuse Sutherland.
Barbara Ducret (Valentine) est la Falcon de service, on aimera l’écouter dans de nouveaux emplois. Marie-Belle Sandis joue malicieusement et chante très joliment le rôle de travesti du page Urbain.
Seule note décevante, Marcel du Serbo-croate Branislav Jatic ,le fanatique prédicateur aurait pu être mieux servi.
Gérard Mortier, directeur de l’Opéra National de Paris, qui est belge et, comme chacun sait, grand amateur de productions originales, pourrait bien s’inspirer de l’Opéra de Liège pour replonger dans le grand répertoire du bel canto français.


Théâtre Royal de Liège (Belgique), du 17 au 25 juin 2005
Opéra en cinq actes
Musique de Giacomo MEYERBEER - Livret d’Eugène SCRIBE, d’après DESCHAMPS
Créé à Paris, Opéra Salle Le Pelletier, le 29 février 1836. Editions Mario BOIS
Direction musicale : Jacques LACOMBE , Orchestre et Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie,
Chef des chœurs Edouard RASQUIN - Mise en scène : Robert FORTUNE assisté de Irène FRIDRICI - Décors : Christophe VALLAUX, Costumes : Rosalie VARDA - Lumières : Jean-Michel BAUER
avec Annick MASSIS, Barbara DUCRET, Marie-Belle SANDIS, Gilles RAGON, Philippe ROUILLON, Didier HENRY, Branislav JATIC,
Nouvelle production Opéra Royal de Wallonie

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