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Critiques / Opéra & Classique

LA CLEMENZA DI TITO de W.A. Mozart

par Jaime Estapà i Argemí

Un poker de Dames

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Mozart composa La clemenza di Tito - Praga 1791- à l’occasion du couronnement de Léopold II roi de Bohème. Comme cela avait été le cas pour Il re pastore, composé en 1775 à l’occasion de la visite de l’Archiduc Maximilien de Habsbourg à Salzbourg, il fallait que l’œuvre mette en relief quelques valeurs intrinsèques aux dirigeants politiques. Ceci a obligé Mozart à revenir à « l’opera seria », seule forme d’opéra possible pour la circonstance. Il choisit un texte de Metastasio (1734) qui fut raccourci et remanié par Caterino Mazzolà. Malgré ce retour formel vers un passé conventionnel, La clemenza met en scène un fait violent - une tentative de régicide - vite pardonné par la grâce d’un gouvernant au grand cœur, ainsi que l’incendie du Capitole romain qui pouvait rappeler la récente prise de la Bastille en France et donc le glas de l’Ancien Régime.

L’histoire centrale de La clemenza, que d’autres histoires annexes viennent compléter, voire complexifier à la mode baroque, peut se résumer ainsi : L’empereur Tito pardonne la trahison de son fidèle ami Sesto qui a tenté de l’assassiner pour assouvir la vengeance de sa bien-aimée Vitellia, fille de l’empereur Vitellius dont Vespasien, le père de Tito, avait volé le trône.

Une lecture originale et intéressante

Sebastian Weigle dans la fosse et Francisco Negrín sur la scène ont réussi ensemble à donner une lecture originale et intéressante de cette œuvre. A la base du succès, l’excellent décor de Es Devlin, très structuré au premier acte : une belle réalisation en trois dimensions qui rend cependant difficile la communication entre les personnages. Le second acte a lieu dans un espace certes désolé mais ouvert - le Capitole après l’incendie - qui devient un facteur déterminant de la réconciliation finale, puisqu’il facilite les rencontres et les dialogues. L’orchestre du Liceu s’est montré peu souvent aussi présent, et à la fois discret, comme dans ce cas. L’équilibre des pupitres, et la qualité du son, au service de tempi justes - sauf ici ou là quelques concessions faites aux vocalises des chanteurs - a permis un développement serein et lisible de l’histoire violente et contrastée de Metastasio.

Véronique Gens en Vittellia coquette et capricieuse

Vesselina Kasarova chante Sesto avec beaucoup de pathos. C’est son choix et elle l’assume avec l’autorité et la présence sur la scène qui sont les siennes depuis toujours. Ceci contraint les autres personnages - ce ne fut pas le cas pour Ofèlia Sala en Servilia parfaitement tranquille et appliquée - a en faire autant et donne à la représentation une dimension tragique qu’elle ne devrait pas avoir, car l’assassinat manqué d’un empereur pour l’amour d’une femme n’a rien d’une tragédie. Véronique Gens n’entra pas dans le jeu de Kasarova pendant le premier acte où elle fut une Vitellia coquette et capricieuse (comble des caprices : elle se baigne en deux pièces dans sa baignoire) mais au second acte elle adopta l’expression tragique de la repentance et du désespoir. Marianna Pizzolato combla par la perfection de son chant, et par son autorité aussi, son manque de présence physique face à Kasarova, et ses arguments arrivèrent à faire mouche et dans la tête de Sesto - cela était prévu dans le livret - et dans celle des spectateurs. Michael Schadde - Tito - et Umberto Chiummo - Publio - se sont limités à tenir leurs rôles face aux quatre dames, et rien que cela était déjà une bonne performance.


La clemenza di Tito, opéra en deux actes, livret de Pietro Metastasio adapté par Caterino Mazzolà. Nouvelle coproduction du Gran Teatre del Liceu et du Oper Leipzig. Mise en scène de Francisco Negrín. Décors de Es Devlin. Direction musicale de Sebastian Weigle. Chanteurs : Michael Schade, Vessselina Kasarova, Véronique Gens, Ofèlia Sala, Marianna Pizzolato, Umberto Chiummo. Gran Teatre del Liceu les 2,4,6,8,11,14,17 et 19 octobre 2006.

Copyright photo Antonio Bofill

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