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Interviews / Théâtre

Johan Leysen est le roi Lear dans la dernière mise en scène de Ludovic Lagarde, Lear is in town.

par Marie-Laure Atinault

Rencontre avec ce comédien né en Belgique et qui n’a pas de frontière.

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Nous rencontrons Johan Leysen, au lendemain de la première de Lear is in town. Ce n’est pas son premier In. Il fut l’extraordinaire Gilles de Rais dans de Sang et de Roses, le chant de Jeanne et de Gilles de son ami Guy Cassiers dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

Webthea : Johan Leysen le public français vous connaît sans connaître votre nom. Vous avez tourné des séries pour la télévision et pour le cinéma. Avant d’aborder votre interprétation de Lear, il est temps de faire un point sur Johan Leysen, sa vie, son œuvre !

Johan Leysen : Oui vous avez raison il est temps ! Je suis flamand. J’ai fait des études d’Art dramatique à Anvers. Je suis parti à Amsterdam, à l’époque il se passait beaucoup de choses du côté du théâtre Néerlandais. Je suis très attiré par le nouveau répertoire du théâtre Allemand. Thomas Bernard, Handke, Botho Strauss. Puis je vais à Bruxelles, il y avait un petit cercle de compagnie, et j’ai travaillé avec Jan Lauwers. Le travail avec lui et la Needcompany était complètement différent. Avec les néerlandais, on prend tout au sérieux !

Webthea : Votre expérience française est venue avec La Mouette dans la mise en scène de Philippe Calvario.

Johan Leysen : J’étais venu avant avec Hans Peter Cloos pour Lulu. Oui, La Mouette c’était très important aux Bouffes du Nord. Après j’ai travaillé avec Christian Schiaretti.

Webthea : Vous parlez quatre langues ce qui fait de vous un comédien européen !

Johan Leysen : Enfin je parle une langue bien, ma langue maternelle et l’anglais, le français et l’allemand avec un accent.

Webthea : Quel regard avez-vous sur le théâtre français ?

Johan Leysen : En France c’est un théâtre de parole, très littéraire. Le texte prévaut. Dans le Nord c’est la prise de position du personnage qui fait émerger le texte. Le texte n’est pas si important, nous parlons du chien qui aboie ! Ce qui est important ce sont les motifs du pourquoi on le dit. Pourquoi tel personnage ne quitte pas le plateau. Il y a peut-être un manque d’auteur. Je crois que c’est pour cela que j’aime des nouveaux auteurs comme Schwab ou Anja Hilling.

Webthea : Vous jouez en Allemagne, également...

Johan Leysen : Il se passe beaucoup de choses en Allemagne. Le théâtre est très vif et les nouveaux auteurs sont joués. J’ai également joué avec Heiner Goebbels, j’apprécie la mesure et le goût, et son savoir faire. Dernièrement j’ai joué à Düsseldorf une pièce sur Heiner Muller de Kriss Verdonck. Un moment très fort.

Webthea : Un autre moment fut votre interprétation de Gilles de Rais sous la houlette de votre vieux complice Guy Cassiers.

Johan Leysen : Vous avez parfaitement raison. Jouer dans la Cour d’Honneur, c’était une aventure. Et avec Guy Cassiers, nous nous connaissons depuis longtemps mais nous n’avons pas beaucoup travaillé ensemble.

Webthea : Et dans la carrière de Boulbon ?

Johan Leysen : Déconcertant. Le lieu est magique. Mais on ne sent pas toujours le public.

Webthea : Comment s’est fait la rencontre avec Ludovic Lagarde ?

Johan Leysen : A vrai dire je ne sais pas trop comment ! J’ai reçu le texte et j’ai été séduit par l’audace du projet. J’ai aimé les équivalences entre la langue française parlée et l’anglais. Ce travail au cœur de la phrase anglaise est vraiment passionnant.

Webthea : Il faut expliquer à ceux qui n’ont pas vu le spectacle qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle représentation du Roi Lear mais d’un travail basé sur une nouvelle traduction de la pièce de Shakespeare de Frédéric Boyer.

Johan Leysen : Absolument. Olivier Cadiot et Frédéric Boyer ont fait une adaptation. Attention, toutes les phrases sont de Shakespeare.

Webthea : Comment avez-vous abordé le personnage de Lear ? Vous composez un Lear très impressionnant. Vêtu d’un costume gris clair, vous ressemblez à un homme d’affaire, à un grand patron.

Johan Leysen : Le pouvoir. Lear est un homme de pouvoir absolu. Un despote. Il ne veut pas lâcher prise. On voit ça en politique et dans la culture ! (rires)
Les cents chevaliers qu’il veut pour sa garde privée représentent bien qu’il veut, quoi qu’il dise, garder le pouvoir et le respect. Quand on lui supprime sa garde le grain de folie qu’il a, devient très fort.

Webthea : Comment avez-vous travaillé avec Ludovic Lagarde ?

Johan Leysen : Je suis arrivé en retard car j’avais d’autres engagements. Mes partenaires Clothilde Hesme et Laurent Poitrenaux avaient commencés, mais je n’ai pas eu de mal à m’inscrire dans cette dynamique. Nous avons travaillé sur la lecture en premier lieu. C’est un vrai travail d’équipe : Les trois comédiens et Frédéric Boyer, Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde avons fait ce travail ensemble. Une véritable écoute de l’autre. Ce qui était très agréable, était cette capacité d’écouter les autres et de pouvoir adapter le texte selon l’expérience du plateau.

Webthea : Lorsque nous sommes arrivés dans l’enceinte de jeu de la carrière de Boulbon, nous avons été frappés par la simplicité scénique. En plein milieu, il y a une énorme structure noire. Cette boîte noire nous a évoqué le monolithe que l’on voit au début de 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick.

Johan Leysen  : Effectivement, j’aime bien votre référence. Cette caisse noire ce sont les archives des personnages.

Webthea : Trois personnages pour Lear, deux fous le roi et Edgar et le fou du Roi, qui n’est pas fou du tout et qui lui restera fidèle.

Johan Leysen : Le fou du roi est son psychothérapeute. C’est l’observateur lucide de ce drame et du bouleversement des consciences. Ludovic a essayé de canaliser toute cette violence pour que l’on comprenne bien cette liberté que les personnages trouvent dans leur folie. La folie du fou libère sa parole et lui permet de dire leurs vérités aux autres.

Webthea : Trois fous dans la tempête et la tourmente. C’est une mise en scène très physique...

Johan Leysen
 : Clothilde Hesme est impressionnante et elle n’a pas peur d’y aller !

Webthea : Mais au fait où se trouve Lear ?

Johan Leysen : Lear est en ville !

Entretien réalisé par Marie Laure Atinault au cloître Saint Louis Avignon

Lear is in town, d’après Le Roi Lear de Shakespeare
Traduction et adaptation Frédéric Boyer et Olivier Cadiot, mise en scène Ludovic Lagarde, avec Clothilde Hesme, Johan Leysen et Laurent Poitrenaux
Création au Festival d’Avignon jusqu’au 26 juillet 2013
22 heures Carrière de Boulbon
www.festival-avignon.com

Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage - Festival d’Avignon

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