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Critiques / Théâtre

Je meurs comme un pays de Dimitris Dimitriadis

par Jean Chollet

Mots brûlants

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“ Cette année-là, aucune femme ne conçut d’enfant. Cela continua les années suivantes, au point qu’une génération s’écoula sans que vienne au monde une seule génération nouvelle (…). Ainsi s’ouvre ce texte
singulier écrit en 1978 par Dimitris Dimitriadis , écrivain et auteur dramatique grec, dont la première pièce, Le Prix de la révolte au marché noir, fut mise en scène en 1968 par Patrice Chéreau à Sartrouville.
Il ne s’agit pas cette fois d’un texte théâtral, mais d’un monologue haletant et furieux qui évoque la destruction et la mort d’un pays. Il s’exprime dans une forme lyrique brutale, où les mots s’entrechoquent et rebondissent pour produire une matière vivante qui nourrit ce saisissant constat de la sauvagerie humaine et des échecs du monde et des civilisations. Un récit ponctué d’épisodes empreints de fureur, dont les différents registres – parfois grotesques ou macabres – sont en mesure de faire ressentir une décomposition morale, en exaltant sensibilité et imagination. Si l’auteur a semble-t-il puisé une bonne part de son aversion dans la Grèce placée sous la dictature des Colonels (1967 – 1974), son propos ouvre aussi sur dimension à la fois universelle à travers l’Histoire et prémonitoire au regard du monde d’aujourd’hui. En portant avec finesse et rigueur ce texte à la scène, Anne Dimitriadis fait entendre ce chant de révolte magnifiquement porté par Anne Alvaro. Dans un no man’s land ouvert (Noëlle Ginefri) - parfois habité par quelques silhouettes - la comédienne transmet avec nuances la densité explosive et la musicalité du langage. Elle rend vivace et émouvante la teneur et les respirations d’une écriture qui trouve toute sa force expressive à travers la voix humaine. Entre un cri de désespoir et un rituel de purification pour continuer le combat, une partition tragique que le théâtre se devait de continuer à faire entendre.

Je meurs comme un pays de Dimitris Dimitriadis, traduction Michel Volkovitch, mise en scène Anne Dimitriadis, avec Anne Alvaro, Kimon Dimitriadis, Guy Faucher, Guy Folcarelli, Jacques Lewitz, scénographie et costumes Noëlle Ginefri, lumières Pierre Setbon. MC 93 Bobigny jusqu’au 7 avril 2009. Durée 1 heure 15.

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