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Critiques / Opéra & Classique

Il trovatore de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

Le Trouvère revient au Liceu après une longue absence

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Giuseppe Verdi a utilisé bien des œuvres d’auteurs consacrés, de William Shakespeare à Victor Hugo en passant par Alexandre Dumas, comme matériau de base pour ses opéras. Cela facilitait le travail de ses librettistes et assurait le succès de la pièce. Au dramaturge espagnol Antonio García Gutiérrez (1813-1884), auteur aujourd’hui oublié mais très joué en son temps, il emprunta deux sujets majeurs, riches de coïncidences et de situations abracadabrantesques, typiquement romantiques : El trobador (Il trovatore soit Le trouvère) en 1853 et Simon Boccanegra en 1857.

L’action du Trouvère se situe dans le Haut Aragon espagnol au XVème siècle pendant la répression que Jean II, le père du futur Roi Catholique Ferdinand, mena contre des nobles de la région. Manrico, chef de guerre, aime Leonora qui l’aime en retour, voyant en lui un simple troubadour. Il croit être le fils de la gitane Azucena mais en réalité il est le fils de l’ancien Comte de Luna : bien des années auparavant, la mère d’Azucena, accusée de sorcellerie, fut jetée dans un bûcher par le père de l’actuel Comte. Azucena, témoin de l’action, vola par vengeance un des fils du Comte et le jeta dans le feu. Mais, elle se trompa d’enfant et jeta au feu son propre fils. Désespérée, elle éleva Manrico, le fils du Comte comme son fils. Manrico est donc en réalité le frère de l’actuel Comte de Luna, son rival sur le champ de bataille, mais aussi en amour, car le Comte aime passionnément Leonora. Les sbires du Comte emprisonnent Azucena qu’ils accusent d’être une sorcière. Dans une action désespérée pour la libérer, Manrico tombe aux mains du Comte de Luna. Alors que ce dernier le supplicie par le feu, Azucena lui révèle qu’il était son propre frère : sa mère est finalement vengée.

La soirée commence avec un air de fête

La représentation du 30 décembre, dernière d’une longue série de dix-neuf représentations avec trois distributions différentes, commença dans un certain laisser aller, sur un air de fête de fin d’année : le tempo de l’introduction orchestrale, dirigée par Marco Armiliato, fut très lent, l’intervention de Paata Burchuladze -Ferrando- très approximative, la première chanson du trouvère, chantée hors scène, peu audible, et l’erreur dramatique de Leonora confondant son aimé avec son ennemi à la faveur de la nuit, passa totalement inaperçue. Cette première partie culmina avec un trio hors tempo, vocalement déséquilibré et mal agencé. Il fallut attendre l’arrivée d’Azucena – Luciana d’Intino dans une nuit très inspirée- pour que les choses se mettent définitivement en place, et que les solistes, l’orchestre et le chœur donnent le meilleur d’eux-mêmes avec toutefois certaines restrictions.

Une distribution inégale où tout finit par s’arranger

Marco Berti –Manrico- généreux, brillant et héroïque, a forcé les aigus et n’a chanté que la première partie de sa célèbre cabalette (« di quella pira. »). Vittorio Vitelli – qui remplaçait le baryton de la première distribution, souffrant, dans le rôle du Comte de Luna-, gâcha bon nombre de ses mélodieuses cavatines et de ses entraînantes cabalettes et ne brilla qu’à la fin de la quatrième partie de l’œuvre à côté de Fiorenza Cedolins. Celle-ci dans le rôle de Leonora, a peaufiné avec soin son grand air devant la prison de son bien-aimé, mais sa colorature a manqué de clarté et elle n’a pas réussi à maîtriser son émission gutturale dans le registre médium. A en juger par les applaudissements, la représentation a comblé cependant toutes les espérances du public barcelonais, toujours gourmand de Giuseppe Verdi et longtemps privé du Trovatore en particulier, qui n’avait pas été donné au Liceu depuis quatorze ans.

Une mise en scène misérable

La mise en scène indigente de Gilbert Deflo mérite une mention particulière. Excessivement statique, son décor était réduit à deux voilures où l’on devinait le soleil et la lune, qui se succédaient au gré des situations dramatiques. On pouvait se demander si le metteur en scène avait pris cette option comme il avait déclaré, pour rendre intemporelle la question de l’identité, sujet central de la pièce, ou bien pour vendre une simple « mise en espace » au prix d’une « mise en scène », ou encore pour faire oublier que son somptueux décor de L’Orfeo de Claudio Monteverdi avait été la cause indirecte de l’incendie du Liceu en 1994.

Il trovatore de Giuseppe Verdi, livret de Salvatore Cammarano. Production du Gran Teatre del Liceu et du Capitole de Toulouse. Mise en scène de Gilbert Deflo. Décors de William Orlandi. Direction musicale de Marco Armiliato. Chanteurs : Fiorenza Cedolins, Luciana d’Intino, Marco Berti, Vittorio Vitelli, Paata Burchuladze etc...

Gran Teatre del Liceu les 2, 4, 5, 6, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 16, 18, 19, 20, 22, 23, 27, 29, 30 Décembre 2009.

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