’Fusées’ de Jeanne Cancel

En apesanteur co(s)mique

'Fusées' de Jeanne Cancel

Lancement du spectacle via un prologue revendiqué comme début sans être cependant la pièce elle-même. Coïncidence avec «  Nôt » de Freitas qui, la même semaine, est présenté dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, avec précisément un prologue clairement affirmé comme étranger à l’œuvre mais néanmoins repris en son final. Une manière, pour deux autrices sans points communs, d’affirmer auprès de leurs publics respectifs qu’il s’agit bien de théâtre, donc d’une fiction, même si derrière la représentation se trouve une réalité véritable.

Chez Cancel, dans la mesure où « Fusées  » est d’abord créé pour un jeune public, il s’agit de faire la démonstration que le parti pris de la troupe est de pratiquer un théâtre de l’essentiel et non de l’esbroufe. C’est-à-dire dans lequel les objets, notamment, sont les métaphores ou les métonymies de ce qui est représenté sur scène. Contrairement au cinéma qui requiert le réalisme le plus minutieux ou vraisemblable possible, le théâtre suggère, stimule l’imagination sans avoir besoin d’effets spéciaux spectaculaires et onéreux. C’est là, la poésie du spectacle vivant.

Donc, avant d’en arriver au vif du sujet (un duo cosmonaute perdu dans l’espace infini de l’univers), les interprètes, après avoir commenté le faux accident de leur prétendu retard d’arrivée sur le plateau et avoir donné une brève leçon de vocabulaire sur le vocable « prologue », installent eux-mêmes un castelet. Mettre un théâtre dans le théâtre, vous voilà doublement prévenus : il s’agit bien de fiction.

Mais celle qu’ils jouent est le résumé d’une réalité universelle, celle de l’apparition du monde après le big bang et ce qui s’ensuivit. Avec entrain, bagout et manipulations multiples d’objets, de décors, le trio comédien traverse le temps avant d’aboutir au présent.

C’est dynamique, drôle, parfois un peu brouillon mais illustre bien la démarche théâtrale du groupe, démarche que complète l’insolite d’un piano éventré et mobile parcourant le plateau, tel un satellite, en compagnie de sa pianiste (Claudine Simon) tantôt jouant pour de vrai, tantôt en play back.

La vraie histoire peut commencer. Elle raconte le huis clos de deux cosmonautes apprenant, le jour du réveillon, qu’ils ne seront pas rapatriés sur notre planète suite à des problèmes techniques. Ils devront par conséquent, s’adapter à la promiscuité prolongée, à la confrontation entre le dépressif et l’optimiste (Vladislav Galard et Jan Peters) et accepter de dialoguer avec une terrestre intelligence artificielle (Sarah le Picard).

Cette partie, la plus théâtralement aboutie, permet aux voyageurs de l’espace d’évoquer les conditions du vol spatial en se servant avec brio de leurs ressources corporelles. Installés sur de banals tabourets de bureau à roulettes, ils visualisent pour nous l’apesanteur, la claustrophobie, le faux vide sidéral et nous transmettent le ressenti soit d’une liberté particulière, soit de la peur d’une mort possible. Une des trouvailles liées aux objets, la plus étonnante, étant la métamorphose d’une table de camping métallique en satellite. Un mélange de clownesque, d’infos historiques ou scientifiques, de portraits humains sensibles, d’hommage à la faculté humaine de créer et explorer.

Avignon In 2025
06>08.07.2025 11h & 17h
Théâtre Benoit XII
Durée : 55’
Dès 4 ans

En tournée :
4-5.11.2025 Le Manège Maubeuge
13-14.11.2025 Comédie Valence
02>12.12.2025 Comédie Saint-Etienne
17> 21.12.2025 Les Célestins Lyon

Mise en scène, scénographie : Jeanne Candel ; distribution : (au Théâtre de l’Aquarium) : Vladislav Galard, Sarah Le Picard, Jan Peters, Claudine Simon ; (en tournée) : Margot Alexandre, Jan Peters, Marc Plas, Claudine Simon ; régie générale, construction petit théâtre : Sarah Jacquemot-Fiumani ; peinture toiles : Marine Dillard, Blandine Leloup ; peinture petit théâtre : Marie Maresca ; lumières, régie générale : Vincent Perhirin ; costumes : Constant Chiassai-Polin, Sarah Barzic ;ssistanat mise en scène : Marion Bois ; regard extérieur en tournée : Juliette Navis ; Production : la vie brève - Théâtre de l’Aquarium ; coproduction : TJP, CDN de Strasbourg – Grand Est ; Bonlieu, Scène nationale d’Annecy ; Malraux (Chambéry) ; Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence ; soutien : Centre National de la Musique, SPEDIDAM

A propos de l'auteur
Michel Voiturier
Michel Voiturier

Converti au théâtre à l’âge de 10 ans en découvrant des marionnettes patoisantes. Journaliste chroniqueur culturel (théâtre – expos – livres) au quotidien « Le Courrier de l’Escaut » (1967-2011). Critique sur le site « Rue du Théâtre »...

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