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Critiques / Opéra & Classique

Fortunio d’André Messager

par Caroline Alexander

De Musset à Messager, un transfert "mélan-comique" labellisé qualité française

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Né le 5 juin 1907 à l’Opéra Comique, Fortunio, comédie lyrique que le compositeur André Messager tira du Chandelier d’Alfred de Musset revient au bercail dans une production imprégnée de sage élégance mais à laquelle il manque le petit grain de folie qui fait mousser le champagne.

Messager (1853-1929), pianiste, chef d’orchestre, compositeur, directeur d’opéra fut le génial touche à tout de la musique française du tournant des 19ème et 20ème siècle. Élève de Fauré et de Saint-Saëns, ami de Debussy, de Puccini dont il créa Pelléas et Mélisande, et Tosca, il fut celui qui donna ses lettres de noblesse au répertoire subtil de l’opérette. Il en composa une tripotée qui furent de jolis succès en feux de paille, hélas souvent vite éteints. Il reste évidemment dans toutes les oreilles l’incontournable escarpolette que pousse sa Véronique dont le Châtelet refit voltiger la balançoire il y a près d’un an dans une fort jolie mise en scène de Fanny Ardant (voir webthea du 25 janvier 2008).

Fortunio est de la même veine souriante et romantique avec un peu moins d’airs à faire chalouper les tailles et claquer les talons mais riche d’une ironie facétieuse qui le rend tellement « mélan-comique ». C’est Musset qui accoucha de ce naïf patapouf qui tient la chandelle des amants adultères pour détourner les soupçons du mari jaloux. Maître André notaire de son état se méfie à juste titre des hommes qui approchent de trop près Jacqueline, sa jeune et jolie épouse, et Jacqueline devenue la maîtresse du fringant capitaine Clavaroche cherche un subterfuge pour détourner l’attention de son barbon de mari. Ce sera Fortunio, jeune clerc de notaire fraîchement embauché, un peu benêt, tombé raide d’amour au premier regard porté sur la femme de son nouveau patron. Il sera le chandelier idéal pense le capitaine. Pas si idéal que ça en définitive, car le pataud cache un cœur, une sensibilité, un charme, bref un homme qui fera la conquête de la volage… L’amour, le vrai, l’emporte…

La mélancolie domine dans des paysages de blancheur et d’ombres

Denis Podalydès, sociétaire vedette de la Comédie Française, n’avait jamais encore mis en scène un opéra. Fortunio, son baptême du feu lyrique, l’a-t-il un peu intimidé ? Respectueux des mots de l’intrigue et des notes qui les accompagnent, il se paie comme seule fantaisie de reculer les événements du printemps à l’hiver, une fin d’hiver où les désirs frémissent en attente des premiers bourgeons. La mélancolie domine dans les paysages de blancheur et d’ombres des décors de Eric Ruf, autre sociétaire du Français, on s’y chauffe au vin sur les places publiques près de l’Eglise ou bien autour des poêles à bois des chambres, les costumes de Christian Lacroix arborent les mêmes camaïeux gris pâle et noirs de nuit que viennent trouer les éclats rouges des uniformes militaires. Tout est juste et beau, il manque seulement ce petit air de fête un rien coquin qui sous-tend ce chef d’œuvre de légèreté enfin revisité.

Joseph Kaiser porte parole idéal de Fortunio

Élégance et raffinement sont en osmose avec la délicatesse en demi-teinte de la musique de Messager. Autant de subtilités familières à Louis Langrée qui commença sa carrière avec ce même Fortunio en 1967 à l’Opéra de Lyon. Mais enfoncé dans une fosse trop profonde à l’acoustique trop éclatante pour lui, l’Orchestre de Paris peine à trouver l’équilibre sonore des élans en fine dentelle de Messager. Bref il est souvent trop bruyant et Langrée, malgré son savoir-faire ne réussit pas à le brider, notamment dans toutes les scènes d’intimité.

Fortunio, le timide révélé par l’amour, a trouvé en Joseph Kaiser, jeune ténor venu du Canada, un porte-parole idéal, timbre à la fois clair et émouvant, projection et diction impeccable, il fait passer en subtilité toutes les facettes du personnage. Virginie Pochon, campe sa coquette bien aimée avec une jolie désinvolture, une belle clarté de chant et de parole. Jean-Sébastien Bou fanfaronne en Clavaroche, Don Juan d’opérette galonné par l’armée française, Jean-Marie Frémeau, toujours en forme, endosse avec humour le pardessus du barbon cocu. Tous les rôles secondaires et le chœur affichent le même label de bonne qualité française.

Soirée de charme donc où la nostalgie prend le pas sur la frivolité. On ne s’en plaindra pas.

A ne pas manquer les habituelles « rumeurs » que Jérôme Deschamps, patron de l’Opéra Comique fait bruisser autour de son spectacle locomotive, La Chanson de Fortunio d’Offenbach par l’Orchestre OstinatO de Jean-Luc Tingaud (le 17 décembre), le récital de Dame Felicity Lott (le 21 décembre) et celui de Salomé Haller à l’heure du déjeuner 16, 18 & 20 décembre).

Fortunio d’André Messager d’après Le Chandelier d’Alfred de Musset, livret de Gaston de Caillavet et Robert de Flers. Orchestre de Paris, chœur de chambre les éléments, direction Louis Langrée. Mise en scène Denis Podalydès, Décors Eric Ruf ; costumes Christian Lacroix, lumières Stéphanie Daniel, direction du chœur Joël Suhubiette. Avec Joseph Kaiser, Virginie Pochon, Jean-Marie Frémeau, Jean-Sébastien Bou, Jean-François Lapointe, Philippe Talbot, Jean Teitgen, Sarah Jouffroy, Jérôme Varnier, Eric Martin-Bonnet, Clémentine Margaine.

Opéra Comique, les 10, 12, 14, 16, 18 décembre à 20h, le 20 à 15h.

+33 (0)825 01 01 23 – www.opera-comique.com

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