Festival Berlioz 2026, du 25 au 29 août
Fin d’une époque (1)
Cette édition 2026 du Festival Berlioz sera la dernière de son directeur Bruno Messina.

APPELÉ À LA DIRECTION ARTISTIQUE DES CHORÉGIES D’ORANGE, Bruno Messina quitte donc la direction du Festival Berlioz, pour lequel il avait œuvré depuis 2009, avec succès, mais aussi des hauts et des bas. Car pour ses trois précédentes éditions (dont celle-ci), le Festival ne présentait plus guère les grandes pages de Berlioz ni ses grands interprètes. En raison des circonstances (la disparition de chefs prestigieux, comme John Nelson, et la mise sur la touche d’autres chefs comme John Eliot Gardiner, François-Xavier Roth et Valery Gergiev) mais aussi de difficultés de subventions. On ne sait donc ce qu’il en sera de l’avenir du festival…
C’est ainsi que pour cette édition 2026, peu d’œuvres de Berlioz ont figuré. Nous nous en sommes donc tenu pour notre part aux cinq derniers jours (du 25 au 29 août) avec quelques pages du compositeur, les jours précédents (à partir du 19) ne lui en laissant quasiment aucune.
L’œuvre phare de cette édition était La Damnation de Faust, seule très grande œuvre de Berlioz au programme. L’ensemble orchestral Appassionato est à la tâche, complété de plusieurs chœurs (Chœur Spirito, chœurs amateurs régionaux de Lyon et d’Auvergne), de chanteurs solistes, le tout sous la direction de Mathieu Herzog. Dans l’auditorium provisoire sis dans la cour du château de La Côte-Saint-André (lieu du festival et bourgade de naissance de Berlioz), l’acoustique de ce semi plein-air favorise l’écoute générale et moins le chant en solitaire. Les chœurs, fournis, bien préparés, résonnent ainsi d’une belle présence. De même que l’orchestre, d’une bonne tenue et d’une réelle affirmation y compris dans les nombreux détails instrumentaux. Les chanteurs solistes sont moins à leur affaire en raison d’émissions parfois restreintes. Commencé d’une voix oscillante presque chevrotante par son vibrato, le ténor Jérémie Schütz (Faust) s’affirme par la suite d’un franc élan, jusqu’à quelques aigus lancés de tête. Le baryton Alexander Roslavets (Méphistophélès) possède l’ardeur vocale qui convient (en dépit de quelques défauts de prononciation chez ce chanteur d’origine russe). Quant à Ambroisine Bré (Marguerite), elle s’épanche valeureusement mais souffre d’une émission par trop restreinte. Alors que Arthur Dougha (pour l’épisodique Brander) ne possède qu’un filet de voix qu’il livre courageusement. C’est ainsi que la part des chanteurs solistes constitue le point quelque peu en retrait de l’exécution.
L’ensemble, avec chœur et orchestre, n’en est pas moins bien mené jusqu’à un final éclatant. Petite réserve toutefois pour certains partis pris de la direction, non forcément respectueux des indications de la partition, comme cette « Marche hongroise » prise dans un tempo trop rapide et pourvue d’un malencontreux accelerando final. Une Damnation de Faust de bon aloi sans bouleverser la donne des interprétations de l’œuvre.
Autres concerts du soir
Parmi les autres concerts symphoniques du soir (les concerts de musique de chambre d’après-midi sont ici détaillés et commentés par Christian Wasselin), toujours dans l’auditorium du château, relevons deux concerts comportant des pages de Berlioz.
Le concert intitulé « Fantastique Ophélie » laisse place à des pièces inspirées de l’héroïne de Shakespeare conclues par la Symphonie fantastique. À la charge de l’Orchestre philharmonique de Radio France, sous la direction de Louis Langrée, avec la participation de la soprano Sabine Devieilhe. L’Ouverture des Francs-Juges ouvre le ban, ouverture d’un des tout premiers opéras de Berlioz (qu’il devait par la suite abandonner, et dont ne reste que des fragments – et non pas « un opéra resté inachevé » comme le commente imprudemment le rédacteur du programme du festival). Son interprétation se fait très bien enlevée. S’ensuivent airs et pages inspirées du thème d’Ophélie (air tiré d’Hamlet d’Ambroise Thomas, La Mort d’Ophélie et Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet de Berlioz, air tiré de Lucie de Lammermoor de Donizetti). Sabine Devieilhe délivre une ardente colorature dans les airs de Thomas et Donizetti, ainsi qu’une pertinente expressivité pour La Mort d’Ophélie. La Marche funèbre, quant à elle dépourvue du chant de la soprano, s’expose grandement comme il se doit (et ponctuée d’un discret « Ah » à l’unisson lancé par la voix des instrumentistes, comme il se doit également). La Symphonie fantastique (que l’orchestre possède à son répertoire, mais ici peu routinière) s’expose pour sa part vivement animée sous la direction vigoureuse et agitée de larges mouvements de Langrée. On regrette seulement certains détails parfois non conformes aux indications de la partition (comme le solo du cor anglais de la « Scène aux champs », joué legato au rebours du staccato prescrit).
Le concert intitulé « Les Nuits d’été » livre le cycle mélodique de Berlioz, introduit par l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn et achevé par la Symphonie n° 8 de Dvořák. Les mélodies de Berlioz sont interprétées par la mezzo Eva Zaïcik (alors que la version orchestrée du cycle est prévue pour deux chanteurs, dont un ténor) d’une voix un peu faible mais bien sentie, soutenue par l’orchestre avec la subtilité nécessaire. Le même Orchestre de chambre de Paris se fait emporté pour l’ouverture de Mendelssohn et lance avec une belle énergie la symphonie de Dvořák sous la direction ferme de Thomas Hengelbrock.
Un autre concert présente les Symphonies n° 6 et n° 7 de Beethoven, par l’Orchestre de chambre de Lausanne. Excellente transmission, d’un beau sentiment sous la direction ardente comme sa gestique de Renaud Capuçon.
Enfin, autre concert dépourvu de Berlioz : La Belle au bois dormant, ballet de Ferdinand Hérold. Selon Hervé Niquet, qui y dirige l’Orchestre Lamoureux, c’est une œuvre à l’orchestre « brillant ». Nous serions plutôt tentés de trouver cette musique bruyante et rantanplan (tout du moins dans la version, écourtée, telle qu’elle fut transmise). La compagnie espagnole de danse Chicos Mambo l’accompagne d’un ballet, comme de juste, dans des chorégraphies cocasses et guignolesques (mises en scène par Corinne et Gilles Benizio). Peu captivant !
Illustrations : La Damnation de Faust, Sabine Devieilhe et Louis Langrée, Eva Zaïcik et Thomas Hengelbrock
Notons aussi l’exposition, qui se tient comme chaque année au Musée Hector-Berlioz (dans la maison natale du compositeur). Cette fois-ci : « Hector prend les eaux », ou l’évocation, à travers différents documents et illustrations d’époque, des villes thermales que Berlioz avait fréquentées et où il avait séjourné à différentes reprises. Et en particulier, Plombières (dans les Vosges) et Bade (ou Baden Baden, en Allemagne) où fut notamment créé son opéra-comique Béatrice et Bénédict. Attachante exposition (jusqu’au 31 décembre).
Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, 25, 26, 27, 28 et 29 août 2026.



