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Portraits / Théâtre

En attendant les Molières 2019 : Isabelle Andréani

par Marie-Laure Atinault

Un cœur simple qui bat pour le théâtre

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Le 13 mai, la grande messe du théâtre aura lieu au théâtre des Folies Bergère, nous avons choisi de vous présenter une sélection des heureux nommés !

La pétulante comédienne est nommée pour la première fois aux Molières pour son seul en scène Un Cœur Simple d’après Gustave Flaubert. Un spectacle que vous pouvez voir au théâtre Poche Montparnasse, et qui est prolongé de date en date, car le public est de plus en plus nombreux pour battre à l’unisson de ce superbe spectacle.
Nous avons rencontré cette comédienne dont le nom est associé à la Compagnie des Larrons dont elle est « sociétaire à part entière », dirigée par Xavier Lemaire. Ce dernier est cité par l’intermédiaire de ses interprètes Isabelle Andréani et Grégori Baquet dans Hamlet, mis en scène par Xavier Lemaire. Nous regrettons vivement que le comédien, Xavier Lemaire, ne soit pas nommé pour sa truculente interprétation dans Signé Dumas !

WTT : Qu’avez-vous ressentie lorsque vous avez appris que vous étiez nommée aux Molières ?

Isabelle Andréani : J’étais bouleversée. Je n’y croyais pas. Je n’ai jamais pensé que mon seule en scène puisse être nommé parce c’était trop classique !
Je suis folle de joie car je suis une fan des Molières. J’aime cette soirée et je trouve que c’est une façon de parler du théâtre à la télé. Je suis très flattée !

WTT : Nous avons envie de vous présenter au public. Comment le théâtre est-il entré dans votre vie ?

Isabelle Andréani : C’est une rencontre avec un texte de Molière, puis après avec un professeur.

WTT : Vos parents vous emmenaient au théâtre ?

Isabelle Andréani : Le théâtre était aux antipodes de mes parents corses, installés en Picardie, et qui travaillaient comme des fous. Je leur dois beaucoup.
En CM2, je passe une scène du Malade imaginaire. Le texte est limpide, et j’aime ce contact avec cette pièce. J’ai toujours beaucoup lu. Ce fut comme une évidence, le théâtre est pour moi ! En 4ème un professeur monte Caligula en entier, je n’hésite pas à me couper les cheveux pour jouer. J’ai vraiment attrapé le virus au collège. Je prenais un plaisir évident à répéter, à découvrir d’autres textes. Le virus ne me quitte pas.
De 15 à 17 ans je fais le conservatoire de région. Après le BAC, au lycée Molière de Paris, j’entre en Fac de lettres Modernes à la Sorbonne Paris IV et je continue en suivant le conservatoire d’arrondissement du XIII. Je trouvais formidable de pouvoir avoir des cours de théâtre tous les jours. En 1991, j’entre à l’École Supérieur d’Art Dramatique de la Ville de Paris, l’ESAD dirigé par Jean Darnel ! J’ai rencontré des professeurs formidables comme Françoise Seigner, Laurence Bourdil, Régis Santon, Roland Bertin... J’adorais pouvoir étudier des pièces entières avec ces professeurs. J’ai joué Turcaret avec Michel Galabru ! C’est à l’ESAD où j’ai rencontré mon parrain de théâtre Jacques Seiler, à qui je dois mes premières expériences professionnelles : La peau des autres de Jordan Plevnes en 1993 au théâtre Silvia Montfort, Les folies concertantes d’après Jarry, Radiguet, Vian en 1998 au Déjazet. Je serai son assistante et l’une de ses comédiennes. Avec Jacques, j’ai abordé le théâtre de Dubillard, Robert Pinget.
Je suis une comédienne fidèle. J’aime être désarçonnée par des gens en qui j’ai confiance. J’adore travailler longtemps pour aller plus loin.
J’ai travaillé avec Clément Poirée et Carole Thibaut. J’ai travaillé le clown et la Commedia dell’Arte dans les rues.

WTT : Comment s’est fait la rencontre avec Xavier Lemaire ?

Isabelle Andréani : Par hasard ! Je suis allé voir Claude Wolf. Cet homme nous manque beaucoup. Il était agent, il avait créé un fichier électronique avec les comédiens. Il allait tout voir. Il était attentif, très gentil, de bons conseils. Je passe voir Claude, et là je rencontre Xavier ! Il venait voir Claude, car il voulait avoir une liste de comédiens pour l’un de ses spectacles.

WTT : Quel fut le premier spectacle avec Xavier Lemaire ?

Isabelle Andréani : Adam et Eve et descendances de Pascal Bancou.

WTT : Que vous avez crée pendant le festival d’Avignon.

Isabelle Andréani : Oui et ce fut un grand plaisir !

WTT : Après, vous avez participé à presque tous les spectacles mis en scène par Xavier Lemaire ?

Isabelle Andréani : Presque tous. Par exemple pour Les Coquelicots des Tranchées, il n’y avait pas de rôle pour moi. Lorsque Xavier fait sa distribution, il faut que chaque rôle corresponde bien à chaque comédien. Il faut que chacun soit à sa place.

WTT : Nous apprécions particulièrement votre diversité, vous jonglez entre la comédie, la tragédie. Votre répertoire va de Claudel à Goldoni en passant par la création moderne entre autres avec Qui es-tu Fritz Haber de Claude Cohen.

Isabelle Andréani  : Je dois dire que j‘ai beaucoup de chance. Xavier sait débusquer chez ses comédiens des énergies cachées. C’est vrai que Marivaux avec le Jeu de l’Amour et du Hasard ou L’Échange de Claudel ont été de grandes joies. Pour cette pièce, j’ai joué avec Grégori Baquet, qui est nommé pour Hamlet mis en scène par Xavier. C’était amusant de se retrouver pour le Claudel car nous étions ensemble au lycée Molière à Paris. Marthe de L’Échange est l’un de mes grands souvenirs de théâtre. C’est un plaisir de travailler avec Xavier. Sans lui, je n’aurai jamais joué cette pièce. Mais pour lui, c’était moi qu’il voulait pour jouer Marthe. Un vrai cadeau !

WTT : Racontez nous comment est né ce superbe spectacle pour lequel vous êtes (enfin) nommée aux Molières.

Isabelle Andréani : On cherchait un seul en scène. Je suis tombée sur cette nouvelle et j’ai eu envie de la dire à haute voix. C’est une langue magnifique. Je l’adapte. Ce n’était pas la première fois. J’avais adapté une pièce peu connue de Goldoni en 1996, La Pétillante Soubrette. J’avais fait un monologue sur la Goulue sous l’œil complice de Jacques Seiler. Lorsque nous avons monté avec Xavier Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, j’ai écrit une sorte de « lever de rideau » La clef du Grenier d’Alfred, qui était comme une introduction. Xavier m’a fait une confiance absolue ! Nous avons joué tous les deux ce spectacle pendant 470 représentations.
Xavier me dit : je vais jouer Signé Dumas, il est temps que tu fasses un monologue !
Et puis je tombe sur Un cœur simple. C’est comme une évidence. Je fais un premier jet de 10 pages que je lis à Xavier. Et là, il me dit banco. Xavier savait exactement ce qu’il voulait faire et surtout il m’a apporté son soutien à 110%.
Quand on fait un seul en scène, on a peur d’ennuyer les spectateurs avec l’histoire de cette femme en 1870. Mais la langue de Flaubert décrit l’univers de cette femme simple, Félicité. Elle nous semble familière. Elle a un beau cœur. On pense avoir croisé son regard bienveillant.

WTT : En venant revoir le spectacle au Poche Montparnasse, nous avons été frappés par le nombre d’enfants et surtout par l’écoute du public.

Isabelle Andréani : Félicité a un fan club entre les 8/13 ans qui m’offrent leurs questions à la fin du spectacle. Ils s’identifient avec cette nourrice. Une petite fille m’a dit : « Félicité, elle aime les enfants de sa patronne comme ses propres enfants, elle est douce. »

WTT : Le spectacle a été crée à la Luna pendant le festival d’Avignon, et tout de suite le public était présent !

Isabelle Andréani : J’ai eu la chance que Charlotte Rondelez, qui codirige le théâtre du Poche Montparnasse, vienne me voir et me propose de venir pour 25 dates…..Et qui seront prolongées jusqu’au 30 juin ! Puis le spectacle sera repris de nouveau au festival d’Avignon, toujours au théâtre de La Luna.

WTT : Cela fait plus de 16 ans que vous faites partie de la Compagnie des Larrons dirigée par Xavier Lemaire. Ce qui n’empêche pas que vous alliez sur d’autres aventures comme celle d’Anna Karénina mis en scène par Cerise Guy-Sachs ou encore Zorba le Grec où vous campez une étonnante Bouboulina.

Isabelle Andréani : J’aime beaucoup la vie de la compagnie, mais quand il n’y a pas de rôle pour moi ou que je ne ressens rien, je préfère m’abstenir et ne pas le faire.
C’est un plaisir de travailler avec Xavier. Quand on travaille avec d’autres comédiens je suis comme de la pate à modeler.
Quand il commence à répéter, il a sa mise en scène en tête, mais il écoute. C’est le comédien qui est sur scène et Xavier veut que le comédien soit bien.

WTT : Question traditionnelle, avez-vous pensé à votre discours et à votre tenue ?

Isabelle Andréani : Pour le discours, j’y ai pensé ! Je remercierai l’amour de ma vie qui m’offre de si beaux rôles depuis 16 ans ! Pour ma tenue, je cherche encore !

WTT  : Isabelle nous quitte dans un tourbillon de rire. Xavier Lemaire a eu le Molière du meilleur spectacle du Théâtre Privé pour Les Coquelicots des Tranchées en 2015.

  • Grégori Baquet dans Hamlet dans la catégorie Meilleur Acteur du Théâtre Public
  • Isabelle Andréani dans Un Cœur Simple dans la catégorie Meilleur Seul(e) en Scène

© photo : Chantal Dépagne

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