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Critiques / Opéra & Classique

Die Meistersinger von Nürnberg de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

Quand l’art lyrique devient l’expression la plus aboutie d’un peuple

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Richard Wagner a retracé dans son oeuvre l’évolution des peuples de langue germanique pour que reste gravée dans les esprits l’inévitable naissance de l’Allemagne. En classant ses opéras dans l’ordre chronologique des « faits », on comprend que ces peuples émergent à un âge ancien, mythique et mystérieux, obsédés par la possession de la terre – dont le dieu Wotan aura ses filles, les Walkyries- et par la maîtrise de l’agriculture – comme en témoignent les pommes miraculeuses cultivées par Freia, belle sœur du dieu.

L’approche romantique que Richard Wagner avait de l’Histoire l’a amené à imaginer un Moyen Âge héroïque, si solide et si convainquant que beaucoup le confondent encore aujourd’hui avec le vrai. Ce Moyen Âge s’organise autour de la noblesse d’épée qui défend la veuve et l’orphelin, et il s’enracine dans la spiritualité chrétienne qui, elle, se méfie des poètes : Tristan, Lohengrin, Parsifal et Tannhäuser sont les champions de ces valeurs.

A la sortie du Moyen Âge, le peuple, devenu protagoniste de l’Histoire après les dieux et les rois, consacre ses talents à l’artisanat et au commerce, - le Rhin offrant une voie navigable idéale- et investit la richesse acquise dans la culture des Arts et, en particulier les Arts lyriques : le meilleur des Maîtres artisans –qu’il soit boulanger ou cordonnier- sera celui qui écrira le plus beau poème et qui l’ornera de la plus belle mélodie. Le monde des “Meistersinger” est donc le fils de celui des chevaliers du Moyen Âge et le petit fils des dieux des âges plus reculés. C’est pourquoi Die Meistersinger von Nürnberg (1868), dernier maillon de la chaîne, est une pièce indispensable du puzzle pseudo historique wagnérien.

Une interprétation mémorable

A Barcelone, lors de la représentation du 3 avril dernier, Sebastian Weigle et l’Orchestre du Liceu ont donné de la pièce de Richard Wagner une interprétation mémorable. Dès le prélude, solennel mais posé, certes envolé par moments mais toujours bien contrôlé, la fosse a accompagné la scène pendant plus de quatre heures, avec régularité, sans recherche de protagonisme, soucieuse de contribuer au succès de la soirée. Sebastian Weigle, présent sur tous les fronts, a maintenu l’ordre dans ses troupes, leur marquant sans défaut entrées et vitesses d’exécution au plus juste et, en même temps il a offert sans défaillance les conditions idéales d’exécution aux artistes sur la scène.

Robert Dean Smith a interprété le rôle de Walter von Stolzing, le poète inconnu à Nuremberg, avec grande générosité, sans se ménager, dans la ligne de chant traditionnelle, et donc sans concessions italianisantes dont les licéistes sont si friands. Si Albert Dohmen a reçu des applaudissements justifiés pour sa grande interprétation de Hans Sachs, pleine de fougue et de vérité, le public a été agréablement surpris par l’interprétation rigoureuse, puissante et lyrique de Véronique Gens, - Eva inespérée que le Liceu connaissait déjà par sa Dona Elvira mozartienne-, mais surtout, par la création vocalement parfaite de Bo Skobus dramatiquement au sommet de son art, du personnage de Sixtus Beckmesser.

A leurs côtés ont rayonné Reinhard Hagen, - en Veit Pogner convaincant, très déterminé à offrir sa fille en récompense-, le sympathique couple Norbert Ernst et Stella Grigorian –David et Magdalene- ainsi que le reste de leurs nombreux comprimaires. Les interventions des chœurs, bien préparés par José Luis Basso, ont couronné le succès de la nuit barcelonaise.

Allusions shakespeariennes tirées par les cheveux

L’espace fermé proposé par le décorateur Christian Schmidt a rendu par moments l’atmosphère irrespirable, et la mise en scène de Claus Guth a manqué d’originalité. Ses allusions shakespeariennes tirées par les cheveux à la fin du second acte ainsi que son acharnement contre le pauvre Sixtus Beckmesser que le peuple châtre –fictivement- lors de cette nuit de cauchemar, étaient excessives à la lecture du livret et totalement incompréhensibles pour quelque public que ce fût. Si Claus Guth avait des comptes à régler avec Sixtus Beckmesser, personnage certes pas très sympathique, il aurait mieux valut qu’il les réglât en famille.

Die Meistersinger von Nürnberg Drame musical en trois actes, livret de Richard Wagner. Production du Sächsische Staatoper Dresden. Mise en scène de Claus Guth. Décors de Christian Schmidt. Direction musicale de Sebastian Weigle. Chanteurs : Albert Dohmen, Bo Skovhus , Robert Dean Smith, Véronique Gens, Reinhard Hagen, Kurt Gysen, Norbert Ernst, Yves Saelens, Josep Miquel Ribot et autres.

Gran Teatre del Liceu les 17, 23 et 29 mars, et les 3, 8, 14 et 18 avril 2009.

Crédit photos : ® Copyright Antonio Bofill

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