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Deux spectacles, deux époques « Un Cœur mangé » et « Gilles »

par Marie-Laure Atinault

Le Théâtre du Peuple de Bussang répond parfaitement à son cahier des charges cette année en faisant la part belle aux amateurs et au théâtre engagé !

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Un Cœur mangé

A 15 heures, « Un Cœur mangé » nous transporte bien loin avec une épopée chevaleresque qui nous plonge dans le monde impitoyable des croisades, plus sauvage que chevaleresque. Pierre Guillois et Guy Benisti ont coécrit un texte plein de bruit et de fureur. Ils se sont appuyés sur de solides références historiques pour écrire la croisade de Philippe, chevalier qui part avec ses vassaux pour libérer la terre Sainte des Sarrazins, qui sont par ailleurs chez eux. Cependant, cette objection mettra des siècles à être entendue et acceptée par les occidentaux. Le texte se débarrasse des clichés où les chevaliers sont les « gentils » qui trucident allégrement les infidèles, au nom de Dieu. Lorsqu’il part, Philippe laisse dans son château la belle Isabelle, sa farouche épouse qui lui fait un terrible serment, s’il ne revient pas avant le mercredi des Cendres elle le trompera !

« Un Cœur mangé » est une épopée loin des livres qui ont bercés notre enfance, les auteurs osent abattre les légendes. Ils parlent de la cruauté, de l’obscurantisme et de la bêtise qui n’est jamais très loin.
Pierre Guillois et Guy Benisti parlent de ce cortège de gueux qui suivent les nobles étendards, du jugement de Dieu, des ordalies. Bien sûr, si vous voulez persister dans la croyance que Saint Louis, notre bon roi Louis IX était un enfant de chœur, la pièce vous dérangera. Pierre Guillois signe sa première mise en scène spectaculaire. Depuis « Le ravissement d’Adèle », présentée l’année dernière, nous savions qu’il savait admirablement posséder tout le plateau, il semble qu’il ait le pouvoir de pousser les murs, et nous ne parlons pas du moment chéri des spectateurs où les portes du fond de scène sont ouvertes. Cette année, cet effet obligatoire prend une dimension magique. Certaines images resteront gravées dans la mémoire des spectateurs enthousiastes comme la procession des bannières, le désert, les chevaux qui caracolent, le dromadaire Gitane et le terrible banquet. Pierre Guillois et son équipe ont fait des miracles.
La place des amateurs ou des comédiens non professionnels est prépondérante, il y a carrément des dynasties de comédiens amateurs qui viennent travailler d’arrache pied pour faire partie de cette belle aventure. Mourrad Boudaoud révèle un beau talent et des dispositions étonnantes.
Christophe Reymond est Philippe le preux chevalier, il est de ces comédiens que l’on aime redécouvrir tant la variété de leur jeu est un plaisir. Eric Challier est un chevalier impressionnant, et nous sommes prêts à adopter sa religion. Christophe Garcia est un inénarrable brigand, quelle invention !
Le spectacle est une superbe épopée populaire, une brillante réussite. Quel dommage qu’un tel spectacle ne puisse partir en tournée ! Le public marche, applaudissant les tableaux et exprimant parfois tout haut ses impressions enthousiastes.

Pour nous remettre d’un final orgiaque, nous faisons quelques pas sous les frondaisons en dévorant le programme et le texte d’« Un Cœur mangé ». Le programme n’est pas une succession de publicités, mais il donne des indications fort intéressantes et étonnantes.

Gilles cabaret poétique

A 20H30, « Gilles cabaret poétique » nous transporte dans une autre dimension. David Bobee, jeune metteur en scène, recherchait d’autres territoires de théâtre. Ses rencontres avec la compagnie de l’Oiseau mouche, une troupe permanente de comédiens en situation d’handicap mental, puis avec celle du théâtre du peuple de Bussang, lieu de rencontre s’il en est, ont permis de créer « Gilles cabaret poétique ».
Le spectacle est à la fois généreux et en décalage. Le titre porte en lui le décalage, car ce que nous voyons n’a rien d’un cabaret. Gilles est un vieux clown qui revoit dans un délire ou dans un rêve les étapes de sa vie. Des moments choisis qu’il n’a pas choisi de revoir. Il revoit cela à travers un miroir déformant. Un monsieur Loyal raconte les morts de Gilles, ses bonheurs, ses malheurs. Les personnages qui peuplent ses souvenirs, vrais ou faux, viennent dans un tour de piste faire leur numéro de souvenir. Etonnant, pas totalement convaincant, le spectacle a une générosité à toutes épreuves. L’onirisme est parfois cauchemardesque et en une pirouette devient parfaitement loufoque. Gilles Defacques est Gilles le clown sénile qui ressemble comme un frère aux personnages de Beckett. Eliza Davidson est étonnante, cette comédienne de la compagnie de l’Oiseau mouche est pétulante, débordant d’une joie de vie communicative. C’est un diamant brut. Dommage que certains spectateurs restent à quai.

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Un cœur mangé, une épopée chevaleresque de Pierre Guillois et Guy Benisti, mise en scène de Pierre Guillois, avec seize comédiens dont Elsa Bouchain, Eric Challier, Christophe Garcia, Christophe Reymond, Mourrad Boudaoud, et quatre chevaux , un dromadaire et un chien.

Gilles cabaret poétique,
Texte de Cédric Orain, mise en scène de David Bobee, avec Gilles Defacques, David Amelot, Pierre Cartonnet, Eliza Davidson, Clément Delliaux, Eric Fouchet , Stéphane Hainaut, Caroline Leman, Tanguy Simonneaux
Spectacle en tournée à partir du 13 novembre
Jusqu’au 29 Août www.theatredupeuple.com

Crédit photo : Victor Tonelli/Artcomart

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