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Critiques / Théâtre

BARBELO, à propos de chiens et d’enfants, de Biljana Srbrljanovic

par Jean Chollet

“ Comment peut-on savoir à l’avance ce qu’on va mettre au monde ? Un homme ou une bête ? ” B. S.

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A la fois énigmatique et évocateur, l’intitulé de la dernière pièce de Biljana Srbljanovic se révèle très adapté. Barbelo à la fois matrice et révélation est pour l’auteure serbe “un endroit protégé et chaud … l’endroit d’où nous venons et où beaucoup voudraient retourner et se cacher.” Une localisation symbolique et métaphorique qui fait écho à une histoire familiale centrée autour d’un couple recomposé et d’un enfant. Une jeune femme Milena, nouvelle épouse de Marko, homme politique inquiétant et volage, veuf et père d’un garçon de huit ans boulimique, Zoran. A travers leurs trajectoires, composées de l’enchainement d’une succession de séquences amorcées dans un cimetière, leurs destins croisent un voisin policier amateur de joints, la réapparition parmi les vivants de Milica - la mère de Zoran morte suicidée -, une femme sublimant ses chiens après la disparition de ses fils tués par un obus, ou encore l’accouchement insolite - qui touche au fantastique - de Milena et ses échanges avec sa mère. Une fable qui introduit un parallèle entre l’homme et la bête dans le contexte d’un quotidien ordinaire issu des désordres et des conflits du monde et questionne aussi la maternité et la condition de la femme à travers les générations. Ce n’est pas pour rien si la pièce s’ouvre sur une dédicace “A mes amies : celles qui se sont suicidées et les autres.” Dramaturge reconnue et appréciée depuis ses premiers écrits, les pièces de Biljana Srbljanovic sont représentées sur bon nombre de scènes européennes ( En France : Supermaket et L’Amérique, suite, par Christian Benedetti, Sauterelles par Dominique Pitoiset) et son écriture singulière et concrète associe diverses tonalités pour parler du monde d’aujourd’hui. En particulier de la Serbie dont elle a traversé les épreuves – elle avait vingt ans lors de la réélection de Milosevic – et pour laquelle elle s’est engagée politiquement. Si Barbelo s’inscrit dans ce prolongement, il le fait en élargissant les références à ceux et celles victimes de toutes les barbaries dont les incidences pèsent sur les êtres - et parfois même sur les chiens. Sans manichéisme ni moralisation, mais avec un humour parfois burlesque et une ironie grinçante, la pièce, sous son étrangeté, tend des chausses trappes aux conclusions hâtives, rebondit, interpelle, jusque dans ses interrogations métaphysiques. Dans cette première version en langue française, Anne Bissang – par ailleurs directrice de la Comédie de Genève depuis 1999 –, restitue avec bonheur dans sa mise en scène les colorations, le rythme, nuances poétiques et burlesques de cette écriture. Elle confère à la représentation une tonalité ludique à même d’introduire une théâtralité adaptée qui fort justement tient à distance le naturalisme pour introduire les transgressions de la représentation. Celle-ci est confortée par l’interprétation et la vitalité des huit excellents comédiens – mention spéciale à Lise Wittamer (Mélina), Gabriel Bonnefoy, (Zoran) Céline Bolomey (Milica) et Yvette Théraulaz, (la Femme à chiens) – qui donnent vie à cette parabole dans la scénographie épurée, symbolique et remarquable d’Anna Popek . Quant aux deux chiens qui participent au spectacle ils ne sont jamais cabots.

BARBELO, à propos de chiens et d’enfants, de Biljana Srbljanovic, mise en scène Anne Bisang, avec Fabrice Adde, Céline Bolomey, Gabriel Bonnefoy, Nicole Colchat, Armen Godet, Yvette Théraulaz, Jean-Benoît Ugeux, Lise Wittamer, scénographie Anna Popek, costumes Solo-Mâtine, lumière Laurent Junod, vidéo Alexandre Boechler. Durée : 2 heures.

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