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Critiques / Opéra & Classique

Aida de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

Du trompe l’oeil qui trompe l’oeil

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Les seize représentations de Aida (1871) que propose le Liceu -avec 3 distributions différentes- témoignent de la fidélité du théâtre à l’œuvre populaire de Giuseppe Verdi. Elles viennent enrichir la longue série des 443 levées de rideau que Barcelone a consacré à cet opéra depuis le 16 avril 1876.

Le public actuel de l’élégante salle rouge et dorée de la Rambla barcelonaise a pu entendre d’illustres et vaillants Radamès comme Mario del Monaco ou Plácido Domingo, des Aida amoureuses et lyriques comme Renata Tebaldi et Montserrat Caballé, des Amneris jalouses et violentes comme Fedora Barbieri ou Fiorenza Cossotto, ou encore -de Cornell McNeil et Dino Dondi a Manuel Ausensi et Joan Pons-, les Amonasro les plus ténébreux.

Pour la troisième fois depuis l’année 2001 le Liceu a mis à l’honneur les décors de Josep Mestres Cabanes (1898-1989) dont l’artiste catalan dessina les maquettes entre 1936 et 1937, en pleine guerre d’Espagne, avant de se consacrer à illustrer l’œuvre de Richard Wagner, l’auteur fétiche de la Barcelone de la première moitié du XXème siècle. Or les sept décors originaux de Aida n’existent plus. Ils ont donc été refaits par Jordi Castells en 2001 non sans difficultés techniques, notamment à cause des exigences des puissants éclairages actuels. Certes le style pompier et la réalisation en carton-pâte sont aujourd’hui totalement dépassés et aucun décorateur actuel n’aurait l’idée de travailler dans cette direction, mais il faut bien reconnaître que le travail de Josep Mestres Cabanes produit encore tout son effet. Lorsque, à la faveur d’un changement de décor à rideau levé, le spectateur s’aperçoit, que les solides colonnes décorées de mille hiéroglyphes, et la profondeur de champ des temples égyptiens, qu’il a pourtant eu sous les yeux l’espace d’un acte entier, ne sont en réalité que des dessins en trompe-l’œil faits tout bonnement sur de simples planches de papier, la surprise est totale. Il faut dire que Josep Mestres Cabanes – qui occupait la chaire de perspective des Beaux Arts de Barcelone- avait une maîtrise parfaite des volumes et des perspectives.

Le 29 novembre dernier, la troisième distribution assura la représentation sans grand succès. Sous la direction de Danielle Callegari, Piero Giuliacci –Radamès- fit une introduction décevante qui lui valut une petite bronca –« Fora !! » (« Dehors !! ») hurlait avec force un spectateur du 1er étage- ce qui ne l’empêcha pas le ténor de poursuivre sa prestation –plutôt médiocre –en vrai professionnel, comme si de rien n’était. En revanche cette irruption du public a quelque peu désarçonné Larissa Diadkova –Amneris- qui venant tout juste de faire son entrée en scène rata totalement sa première intervention. Le reste des solistes firent de leur mieux mais les difficultés du ténor, l’émission gutturale d’Alberto Mastromarino –Amonasro- et les rigidités vocales de Larissa Diadkova, une fois remise de sa surprise, ont terni leurs interventions en « solo » et ont déséquilibré leurs dialogues avec Hasmik Papian –Aida- la seule qui, très à l’aise dans le « medium » et un beau timbre, a fait par moments une bonne impression d’ensemble malgré le durcissement de l’émission dans le registre aigu.

Finalement ce sont les chœurs, grandioses, équilibrés et justes –bien préparés par José Luis Basso- qui ont vraiment tiré leur épingle du jeu, ce qui s’agissant de Aida n’a pas été une faible consolation pour le public.

« Aida » de G. Verdi, livret de Antonio Ghislanzoni. Production Gran Teatre del Liceu et Festival Internacional de Música de Santander. Mise en scène de José Antonio Gutiérrez. Décors de Josep Mestres Cabanes, restaurés par Jordi Castells. Direction musicale de Danielle Callegari. Chanteurs : Hasmik Papian, Larissa Diadkova, Piero Giuliacci, Alberto Mastromarino et autres. Gran Teatre del Liceu les 19, 22, 23, 25, 26, 27, 28, 29 novembre, les 1, 2, décembre 2007, et les 9, 10, 12, 15, 16, 19 janvier 2008.

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