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Critiques / Théâtre

29 degrés à l’ombre et Embrassons-nous, Folleville d’Eugène Labiche

par Jean Chollet

Egocentrisme et hypocrisies bourgeoises

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Directeur du C.D.N. de Limoges, Pierre Pradinas a choisi de réunir deux pièces en un acte d’Eugène Labiche, qui poussa avec humour la critique sociale du Second Empire aux lisières de l’absurde dans ses comédies de mœurs. Dans 29° degrés à l’ombre (1873) des invités sont conviés par le couple Pomadour à partager un dimanche d’été dans leur maison de campagne. Il fait chaud et, pour se distraire, les hommes jouent au tonneau – jeu de grenouille -, une partie intéressée dans le jardin dont la recette sera utilisée pour la construction d’une maison école locale qui répond aux objectifs politiques du propriétaire des lieux. Mais, la révélation d’un baiser, plus ou moins volé, à Madame Pomadour par un hôte de passage fait scandale et déclenche une situation qui dévoile l’hypocrisie et la suffisance, la lâcheté et la couardise de son époux. Il passe du fier à bras voulant laver l’outrage à travers un duel réparateur, pour finalement accepter une indemnisation de 200 francs à titre de “réparation”. A la grande déception de son épouse qui évalue sa valeur, mais dont on imagine que cette situation lui ouvre d’autres horizons pour l’avenir. Malgré l’excellent Gérard Chaillou (Mr Pomadour) et la pétillante Romane Bohringer (Mme Pomadour), la mise en scène de Pradinas manque de caractère et sa volonté de transposer la pièce dans l’époque actuelle ne semble pas relever d’une évidente nécessité, compte tenu des situations et du contexte évoqués.

Changement de décor au propre comme au figuré avec Embrassons-nous Folleville !. L’astucieux décor d’Ozarito Trotta se transforme à vue dans un seul mouvement, passant du jardin à un intérieur et la tonalité du spectacle prend une toute autre ampleur. Dans une ambiance Louis XV, Le Marquis de Manicamp (Thierry Gimenez) veut marier sa fille Berthe (Romane Bohringer) au Chevalier de Folleville (Mathieu Rozé) qu’il couvre d’effusions pour la convaincre, alors que celui-ci en aime une autre. De son côté, Berthe aime, malgré sa maladresse à danser le menuet, le Vicomte de Chatenay (Gabor Rassov) qui partage un amour réciproque. Un joyeux imbroglio ouvrant sur la satire des conventions bourgeoises du mariage. A partir de ces conjonctures tous les protagonistes, flanqué du Chambellan du prince de Conti (Gérard Chaillou), s’engagent un tourbillon échevelé aux lisières du burlesque. Dans une mise en scène bien orchestrée, l’ensemble des comédiens fait preuve ici d’une unité et d’une dynamique savoureuses, intégrant avec bonheur les ponctuations de chansons en playback et de musiques aux accents pop de Dom Farkas, qui, avec les costumes colorés de Danik Hernandez, offrent une dimension réjouissante et adaptée à l’univers de Labiche.

© Marion Stalens

Labiche, 29° à l’ombre et Embrassons-nous Folleville ! d’Eugène Labiche, mise en scène Pierre Pradinas, avec Romane Bohringer, Gérard Chaillou, Thierry Gimenez, Gabor Rassov, Mathieu Rozé. Musique Dom Farkas et Thierry Payen, scénographie Orazio Trotta et Pierre Pradinas, lumière Ozario Trotta, costumes Danik Hernandez. Durée : 1 h 35.

Théâtre de la Tempête jusqu’au 10 avril 2011.

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