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Critiques / Théâtre

Yaacobi et Leidental de Hanokh Levin

par Jacky Viallon

Restons éveillés

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Un jour Leidental, ami de longue date de Yaacobi, veut rompre une fréquentation devenue trop astreignante par sa régularité. Il se rend donc à son domicile pour y jouer la répétitive partie de dominos et annonce à Leidental qu’il ne veut plus de contrainte, désire vivre libre et qu’en conséquence il ne viendra plus lui rendre visite. Sachant que vivre pour lui c’est être occupé et disponible pour différentes rencontres. Bref s’activer pour échapper à la mort idée qui apparaît de manière récurrente dans l’oeuvre de Hanokh Levin.

Mais l’auteur tentera de nous démontrer, notamment dans cette pièce, qu’il est difficile dans son propre combat existentiel de sortir de la piste. On pense ainsi sur le plan formel à une sorte de ritournelle, de manège étourdissant qui vous happe également par le fond pour vous renvoyer un peu plus tard plus qu’averti sur la vie.
Bien sûr toute cette dynamique, cette vélocité ambiante est le fruit de la plantureuse apparition de Mademoiselle Ruth Chahach qui va dévier, conduire et détourner parcours et intentions des deux compères dont la vision est troublée par une sorte d’euphorie hystérique leur permettant de supporter l’outrecuidance du présent.
Cette pièce datant de 1972 fait penser à une sorte de carrousel, de manège étourdissant qui va troubler la vision du réel par une sorte d’euphorie commune aux trois personnages. Ils sont bien « euphoriques » au sens étymologique du mot ; ils trouvent la force de supporter les ennuis quotidiens par une attitude « hystérique » par rapport au monde.
Il y a également, au-delà d’une agréable comédie, une confrontation des individus face à leur abime. De fait pour échapper à la triste réalité il ne reste plus qu’à se jeter corps et âme dans une sorte d’engrenage où cette irrémédiable fatalité les rassure quelque part et leur permet de traverser la vie sans trop y laisser de plumes.

Pour la transposition sur scène et rendre apparentes toutes ces subtilités les trois comédiens usent d’une étonnante dextérité. À savoir que les personnages s’évadent dans une apparente euphorie et qu’ils nous font comprendre que la longueur de laisse n’est pas encore au taquet. Le spectateur, alors en attente de ce dépassement reste dans le doute et le déséquilibre…Alain Bastis, le metteur en scène a très bien compris cette nécessité de laisser aussi le comédien sur le fil du rasoir. Ainsi, malgré la légèreté ambiante du plateau, la direction d’acteur est probablement sous haute surveillance !

Cette ambiance est magnifiquement servie par les trois comédiens : Raphaël Almosni, Jean-Yves Duparc et Emmanuelle Rozes qui non seulement savent jouer de toutes ces finesses mais qui sont aussi capables d’abonder volontairement dans un burlesque excessif à l’aspect chaotique et syncopé qui n’est pas sans nous rappeler ses petits fascicules que l’on animait en faisant défiler très rapidement les pages du gras du pouce.
Chaque tableau est ponctué par des chansons portées par nos mêmes acteurs qui font des prouesses. Et ne parlons pas non plus de la discrète mais ô combien présente participation des trois musiciens qui accompagnent les acteurs-chanteurs dans cette aventure de plateau : Louise Chirinian, violoncelliste. Alain Karpati, clarinettiste, Marc-Henri Lamande, pianiste. Comme on l’a esquissé quelques lignes plus haut : on doit bien sûr cette belle orchestration d’ensemble à Alain Batis qui n‘en n’ait pas à sa première « délinquance scénique » et qui a su tirer parti et utiliser le potentiel criminellement comique et compétent de cette sympathique équipe.
Bien sûr pour retomber sur nos pattes et donner l’impression de se soumettre à une réflexion sérieuse on pourrait se cacher derrière une citation de Hanokh « Vais-je me leurrer encore longtemps, faire semblant de dormir et me raconter que je rêve que je suis éveillé. Assumons la réalité : Je suis éveillé ! »

Oui, nous aussi, nous sommes bien éveillés et sans vouloir dénoncer un secret de « polochon » on peut dire que notre théâtre n’est pas encore prêt de s’endormir !

« Yaacobi et Leidental » de Hanokh Levin Salle Georges Brassens 94350 Villiers sur Marne 94 350 le27 mars 14 h 30 et le 29 mars à 20 h 30
par la compagnie La Mandarine Blanche ( Alain Batis) Rens.01 48 32 47 06
la.madarineblanche free.fr

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