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Critiques / Théâtre

Vincent River

par Marie-Laure Atinault

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Vincent River, un nom qui sonne comme le titre d’une ballade. Un blues mélancolique au refrain lancinant qui frappe au cœur. Anita River est une petite bonne femme ordinaire que la vie n’a pas gâtée. Elle pénètre dans son nouvel appartement. Elle range ses courses. Des cartons traînent sur la moquette à fleurs. Un canapé au tissu incertain, un lampadaire aveugle constituent le mobilier du nouveau refuge d’Anita. Elle a fui son ancien quartier, lasse de la curiosité malsaine du voisinage. Elle est brisée. Vincent, son fils, est mort assassiné, victime d’un crime homophobe. Pourquoi ? Par qui ? Un jeune homme la suit et l’observe depuis plusieurs jours. Elle l’invite à entrer. Il n’est pas comme les autres, ceux qui jugeaient son Vincent. David est en deuil lui aussi. Il veut savoir qui était Vincent. Anita et David vont découvrir pas à pas, mot à mot, le secret de la mort atroce de Vincent.

Un spectacle puissant

Aller au théâtre est, de nos jours, un acte citoyen, la démarche du spectateur dénotant un engagement : affronter les transports, braver les intempéries, éviter les contraventions, tout cela pour découvrir d’autres univers... Il sera amplement récompensé avec Vincent River qui est l’un des spectacles les plus puissants que nous ayons vus depuis le début de la saison. La symbiose parfaite d’un réseau de talents. L’auteur, Philippe Ridley, inconnu en France, écrit des scénarii, des pièces de théâtre et des contes pour enfants très grinçants. Au vu de l’écriture forte de Vincent River on est impatient de découvrir le reste de son œuvre. Jean-Luc Revol a découvert la pièce dans son courrier. Il a été séduit par l’écriture vive, très actuelle, proche du langage cinématographique. Ce huis-clos est construit comme un thriller psychologique. La confrontation d’Anita et de David, faite de fascination, de crainte et de curiosité permet de dévoiler petit à petit le terrible secret.

Délicatesse et précision

Jean-Luc Revol aime aussi les comédiens. Sa direction d’acteurs, faite de délicatesse et de précision, permet de donner le meilleur d’eux-mêmes. Il a confié à la merveilleuse Marianne Epin le rôle d’Anita. Elle a une silhouette fragile mais sa force et son charisme magnétisent tous les rôles qu’elle interprète. D’un regard, d’un souffle, d’un geste ébauché, elle plante son personnage. Si beaucoup de comédiens ont des tics, elle insuffle à chaque composition un air original, un ton, une voix qui sont propres à ses personnages. Anita est ainsi une femme que la vie n’a pas épargnée mais elle s’est battue pour son fils, sa raison sociale, sa raison de vivre. Telle que l’interprète Marianne Epin, Anita est si authentique, si proche de nous que l’on ressent le désir embarrassé de la prendre dans nos bras pour la consoler.
Il faut dire que le Théâtre du Marais, par sa petite taille, favorise une intimité, une proximité entre spectateurs et comédiens, accrues par le formidable décor réaliste de Sophie Jacob, précis dans ses moindres accessoires.
Cyrille Thouvenin joue le rôle ambigu de David. Sa présence de félin blessé, son regard intense sont inoubliables. Il habite le plateau avec ce plus que l’on remarque immédiatement chez les comédiens qui marquent de façon indélébile leur rôle. Il est la révélation de ce spectacle émouvant, poignant, qui bouleverse les spectateurs comme un maelström.

Vincent River, de Philip Ridley. Mise en scène de Jean-Luc Revol. Avec Marianne Epin, Cyrille Thouvenin. Théâtre du Marais (Paris 3e). 01.44.78.98.90. Jusqu’au 23 décembre.

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